Djamel Sahli, chirurgien-dentiste : «La CNAS ne joue pas le jeu»

Le Dr Djamel Sahli, chirurgien-dentiste à Alger, estime qu’il existe une variabilité des prix, précisant que s’agissant des prothèses, les tarifs sont en fonction du produit souhaité par le patient.

Entretien réalisé par Fatma-Zohra Hakem

Les pathologies dentaires sont-elles fréquentes dans notre pays ?
Oui, elles sont fréquentes. C’est la carie dentaire qui est la plus répandue, surtout chez les enfants. Il y a aussi la pathologie gingivale dont essentiellement les gingivites ou les parodontites. Ces deux pathologies surviennent chez ceux qui ne se brossent pas les dents, ce qui, par conséquent, induit des dépôts de plaques bactériennes. Ce sont des bactéries qui se nourrissent de la gencive, laquelle va s’enflammer et s’œdématier et qui va évoluer secondairement vers une parondontopathie. Aussi la carie, quand elle est négligée, va évoluer vers l’abcès avec des atteintes radiculaires et la constitution de granulomes et de kystes.

Comment peut-on expliquer la cherté des soins dentaires ?
On ne peut pas dire que les soins dentaires sont chers. C’est relatif. Pour une carie, quant elle est prise à temps, elle est traitée rapidement en une séance et cela ne coûte entre 2.000 à 3.000DA. Il ne faut pas oublier, dans ce cadre, que le chirurgien-dentiste prodigue non seulement des soins mais achète aussi ses produits, c’est pour cela que ça coûte relativement cher. Mais si la carie a évolué, il ne s’agit plus de la traiter en une séance mais en 3 à 4 séances, ce qui se répercute bien sûr sur le prix.

Quid des prothèses ?
Il y a plusieurs types de prothèses. Les prothèses amovibles ne sont pas chères. Le dentiste prend un certain nombre de paramètres pour fixer un prix. Il faut savoir à ce propos que le dentiste achète la matière première et en plus il travaille et confectionne les dents chez le prothésiste. En ce sens qu’il y a lieu de prendre compte tous ces paramètres dans l’établissement du prix. Maintenant, je pense que le tort n’incombe pas au dentiste et ce n’est pas pour défendre la corporation. Le souci est que c’est la Cnas qui ne joue pas le jeu. Je vous donne juste un exemple : vous prenez une extraction dentaire, il y a le geste de l’extraction et aussi le produit anesthésique. Et quand la personne va se faire rembourser à la Cnas, on lui dit que c’est un D4. Que veut dire D4 ? C’est la codification qui fixe les tarifs et ce, en fonction des soins prodigués. Mais le code n’est pas aux normes puisqu’il date des années 60.

Cela veut-il dire que le remboursement n’est pas proportionnel au geste et aux soins ?
On fonctionne encore avec le code des années 1960. Le kg de viande qu’on achetait avant à 200 DA est actuellement à 2.000DA. Mais pour nous les dentistes, la codification est toujours la même. Il faut qu’elle change parce que les prix des matières premières et des produits ont augmenté. La boîte d’anesthésie qui valait 600 DA il y a 10 ans, coûte actuellement entre 4.000 et 5.000 DA. C’est pour cela que les gens disent que c’est cher chez le dentiste alors que ce n’est pas vrai. Idem pour les prothèses dont les prix sont fixés en fonction des produits utilisés et de la nature de la prothèse. Vous avez des prothèses mobiles ou fixes, à la résine ou en céramique…Le prix varie donc en fonction du geste et le tarif des prothèses est fixé en rapport avec le produit souhaité par le patient
F.-Z. H.