Entre l’impératif d’élargir les superficies irriguées pour accroître la production agricole et le volume faible des précipitations constaté ces dernières années, le secteur de l’hydraulique est devant dilemme : Comment assurer l’accompagnement de l’agriculture et des agriculteurs en matière d’approvisionnement en eau d’irrigation ? Des experts hydrauliques livrent leurs solutions.
Directeur du laboratoire des eaux à l’Université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, Malik Abdeslam a estimé que le problème n’est pas celui de l’absence de la ressource, mais d’une véritable stratégie permettant de mieux gérer et mobiliser celle-ci. Autrement dit, il a estimé qu’avant de parler de «sécheresse», il faut, de prime abord, souligner le manque d’initiatives pour mobiliser et optimiser l’exploitation des ressources disponibles. «On reçoit beaucoup d’eau sur le littoral en hiver. Dire que le nord de l’Algérie est aride, cela relève de la non-maîtrise de la ressource. Nous avons un climat méditerranéen avec une très longue période sèche. Il faut bannir le mot sécheresse. L’année dernière, le nord du pays a connu durant les mois de mai et juin des pluies exceptionnelles, dont le volume était largement supérieur à la moyenne», a-t-il argué.
En outre, il a rappelé que le sud du pays, dispose d’une ressource souterraine très importante offrant un potentiel d’approvisionnement important aux activités socioéconomiques. De ce fait, il a estimé que l’élargissement des périmètres irrigués n’est pas un souci pour peu de trouver les compétences à même de gérer tout ça ainsi que les financements. «Deux choses existent qu’il suffit juste de les réunir», a-t-il dit. Pour le Nord, le professeur en hydrologie a expliqué que cette région est tributaire des apports pluviaux «pas aussi faibles que ça». Et de noter que ces précipitations sont concentrées dans le temps sur une période entre quatre et six mois de l’année où il y a «même des inondations ». La solution, selon lui, est de chercher à canaliser ces pluies et ensuite les stocker aussi bien dans les oueds, les barrages ou en souterrain.
«La ressource existe il suffit juste d’intervenir au bon moment», a-t-il précisé, rappelant que si l’année dernière a été la troisième la plus sèche depuis un siècle, l’oued Sebaou a déversé dans la mer, à titre d’exemple, plus de 300 millions de mètres cubes, soit deux fois le barrage de Taksebt. Justement évoquant le transfert des eaux de l’oued Sebaou vers le barrage de Taksebt, l’expert a fait savoir qu’il aurait été possible de pomper cette année de quoi remplir à 100% le barrage, soutenant que cela ne demande pas une haute technicité ni des moyens financiers colossaux. « Il y a trop d’eau qui finit dans la mer, d’où l’importance et l’urgence de procéder à l’installation des digues pour freiner le mouvement de déversement vers la mer », préconise-t-il.
Encourager l’épuration des eaux usées
Autre élément : encourager l’épuration des eaux usées. L’expert a souligné la nécessité de développer la réutilisation des eaux usées traitées par les stations d’épuration grâce à des technologies modernes, avec l’introduction du traitement tertiaire qui garantit leur réutilisation à des fins agricoles. Il a indiqué que c’est une niche à exploiter, faisant savoir que les stations d’épuration existantes traitent environs 500 à 800 millions de mètres cubes par an. Il a expliqué que ces eaux usées traitées peuvent être injectées dans l’agriculture et pour économiser les ressources en eau dans le pays.
Expert et consultant international en matière de gestion de l’eau, Ahmed Kettab propose lui, le le dessalement de l’eau de mer pour faire face à la sécheresse accrue que «notre pays subit de plein fouet depuis 2018». Dans ce sillage, il a relevé qu’à l’Ouest, les précipitations avaient diminué de 35%, au Centre 25% et à l’Est 15%. Kettab recommande également un traitement des eaux usées beaucoup plus conséquent.
«Nous utilisons 4 milliards de m3, dont 80% sont finalement rejetés en eau usée. Nous avons les capacités d’augmenter les terres irriguées grâce à la réutilisation de ces eaux», a-t-il dit. Dans le Sud, il semble que le problème ne se pose même pas grâce à la nappe de l’albien qui contient 50.000 milliards de m3. De ce fait, l’expert recommande la réalisation de grands transferts vers les Hauts-Plateaux destinés à l’agriculture. In fin, Kettab rappelle la nécessité d’une stratégie dédiée à l’eau, insistant sur l’installation d’un Conseil national de sécurité hydrique rattaché à la présidence de la République ainsi que l’élaboration d’une réglementation adaptée en matière de politique de l’eau, celle en vigueur est devenue obsolète.
Rappelons que le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, a insisté dernièrement sur l’augmentation des superficies irriguées, notamment celles réservées à la culture céréalière. De son côté, le ministre de l’Hydraulique, Taha Derbal, a mis en avant, jeudi dernier, le rôle «pivot» de l’hydraulique dans l’accompagnement des agriculteurs, relevant que le secteur consacrait chaque année 70% des ressources en eau mobilisées aux activités agricoles.
Amokrane H.