La cause palestinienne dans la littérature arabe: Récits vécus et écrits romancés

Dans le cadre des rencontres littéraires du Salon international du livre d’Alger, l’espace Ghaza a abrité, dimanche dernier, un débat autour de la thématique «La résistance palestinienne dans la littérature arabe». La rencontre a été animée par Inchirah Saadi, maître-assistante à l’université d’Alger, Amina Bellaâla, professeure à l’université de Tizi Ouzou et la romancière Aïcha Bennour qui a ouvert la rencontre par la présentation de son ouvrage «Des femmes en enfer», paru en 2016, aux éditions «Al Hadhara». Selon elle, son œuvre a été traduite en anglais et en espagnol et «a fait l’objet de plusieurs études universitaires vu la pertinence des questionnements qu’elle soulève et sa précision dans la traduction de la lutte de la femme palestinienne à travers l’histoire». Il s’agit, a-t-elle poursuivi, «d’un cri à la face de l’humanité et de sa conscience où se révèlent les crises de l’homme moderne et la lutte des égos». Pour Bennour, «le lecteur pourrait penser que son auteur est Palestinien parce qu’émotions et ressentis ne différent en rien de ceux que peut ressentir un citoyen palestinien vis-à-vis de sa tragédie». Le rapprochement, renchérit-elle «s’explique par le fait que l’Algérien est tout à fait conscient de ce qu’est la colonisation, la répression, la prison et la torture de par sa propre expérience sous l’occupation française».
Pour sa part, Amina Bellaâla a abordé l’évolution de la littérature palestinienne et le regard des intellectuels palestiniens sur leur cause. «Dès le début du conflit, les intellectuels palestiniens avaient eux-mêmes pris part à la résistance comme on le voit dans les romans de Ghassan Kanafani ou Emile Habibi», a-t-elle relevé.
Leurs écrits, ajoute-t-elle, «s’apparentent à des chroniques de leurs vécus et la cause est restée plus importante que les écrits eux-mêmes». Avec le temps, souligne Bellaâla, le texte est devenu égal, voire plus important que la cause. Cela veut dire que les intellectuels produisent des œuvres où la cause est toujours présente, mais de manière plus romancée. «Ils peuvent évoquer la lutte sans en parler vraiment et la force de leur rhétorique donne plus d’émotion et suscite plus d’indignation vis-à-vis du vécu de leurs concitoyens», fait-elle remarquer. Ils inventent, dit-elle, «une cause et des faits équivalents à la réalité sans évoquer celle-ci directement».
Bellaâla fait le rapprochement avec la littérature algérienne qui dit-elle «a connu des périodes où la guerre d’Algérie n’a pas été relatée de manière directe, comme dans le cas de Tahar Ouettar qui a préféré inventer ses propres personnages et faits, sans pour autant s’éloigner de la véritable histoire».Bellaâla explique que dans le cas de Ouettar «il avait conscience que la révolution a été menée par tout un peuple et qu’il n’est pas nécessaire de nommer où de citer les noms connus de la résistance», soutient-elle.
Pour les auteurs arabes, explique Bellaâla «c’est à partir des années 1980 que la cause palestinienne commence à apparaitre dans leurs écrits qui abordent la résistance, les génocides, l’exode et les épurations». C’est une nouvelle approche avec des points de vue différents et parfois divergents», déclare-t-elle.
Les auteurs occidentaux se sont également inspirés du conflit israélo-palestinien, mais d’un point de vue totalement différent. «Pour eux, les deux parties du conflit sont dans leur droits», a rappelé l’intervenante Bellaâla.
Pour Inchirah Saâdi, «la cause palestinienne est beaucoup plus présente dans la poésie arabe que dans le roman». A l’en croire, «les romans qui parlent de la lutte et de la résistance du peuple palestinien se comptent sur les doigts d’une main». Toutefois, elle a cité des auteurs algériens comme Wassiny Laâradj ou Yasmina Khadra qui dans «L’attentat» ne traite pas directement du conflit, mais en fait une métaphore pour traiter de la problématique de la violence.«La littérature sur la cause palestinienne reste inachevée. Le sujet est toujours d’une brûlante actualité et il n’y a pas assez de recul pour pouvoir l’appréhender dans sa totalité», conclut-elle.
Hakim Metref