Le réalisateur-documentariste et journaliste Mohamed Yahiaoui, véritable globetrotter, connait l’Afrique comme pas un. Ses escapades dans le continent lui ont permis de découvrir, ses étendues, de côtoyer ses peuples et ses cultures et revenir, de chaque voyage avec des images pour la promotion d’un patrimoine millénaire.
Yahiaoui a animé durant plusieurs années l’émission «Coups de cœur» sur Canal Algérie de la Télévision algérienne, consacrée au patrimoine national sous tous ses aspects. Il a réalisé plus d’une centaine de documentaires sur le patrimoine national – Casbah d’Alger, Sud algérien et personnalités culturelles.
Depuis sa retraite, il exerce en free-lance et collabore avec des entreprises, médias et organismes internationaux. En 2002,il est missionné par la Banque Mondiale pour couvrir le Sommet mondial pour l’eau, à Johannesburg en Afrique du Sud. Il y rencontre beaucoup de personnalités, notamment Nelson Mandela et découvre une Afrique profonde et nouvelle.
C’est depuis, le coup de foudre pour l’Afrique son sujet de prédilection qu’il tente de faire connaître au mieux à travers des reportages et films documentaires. «Nous sommes plus familiers avec les pays subsahariens et francophones, mais moins avec les pays anglophones», souligne d’emblée Yahiaoui.«La nouvelle politique africaine de l’Algérie nous convie et nous encourage à nous intéresser davantage à notre continent, notamment avec la création de la chaîne Ifirkia-FM, avec laquelle je collabore», ajoute-t-il.
Il souligne au passage qu’il a été énormément influencé par les deux festivals panafricains d’Alger (1969 et 2009) où il a découvert une richesse culturelle et humaine qui nous interroge et interpelle. Depuis 2014, il multiplie les sorties africaines. Il s’est fixé comme objectif la promotion des pays, moins connus de l’Algérien, tels que l’Ethiopie, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et le Mozambique. Son intérêt se porte essentiellement sur le patrimoine matériel et immatériel. «En tant qu’Algériens, nous nous reconnaissons énormément dans ces cultures et ces traditions africaines très humaines et très accueillantes, malgré la pauvreté de ses peuples», confie-t-il. «J’essaie de faire découvrir des danses, l’artisanat, les savoir-faire culinaire, les arts plastiques… »,ajoute-t-il
Yahiaoui rappelle que «l’Algérie, dès son indépendance a investi dans la promotion et le développement de l’Afrique, notamment par le soutien matériel et politique de mouvements de libération en quête de liberté». Toutefois, tient-il à relever, «Notre culture est le prolongement de cette Afrique et notre héritage au Sud le démontre bien». «L’archéologie a démontré que l’Afrique n’a pas été un continent de sauvages comme le prétendent des théories coloniales.» Selon lui, «Les gravures rupestres du Tassili montrent des postures, des costumes, des techniques de chasse et agricoles qui existent encore chez des tribus comme les Chaggaau Kenya ou les Hadzabe en Tanzanie».
Projet en Tanzanie
Auteur de plusieurs documentaires dont «Ethiopie, terre de rêves» primé au Festival d’Addis-Abéba en 2017,Yahiaoui a réalisé un documentaire sur l’art culinaire en Ouganda, particulièrement sur le Matoké, un plat traditionnel. Dans «les Ruines de Gede»,au Kenya il aborde la culture Swahilie et à propos de ce pays évoque dans un autre travail la transformation des pneus en chaussures et la récupération des déchets.
Son dernier périple a eu lieu au Mozambique. «Un pays pas très connu, mais qui a un lien fort avec l’Algérie», dit-il. «Le premier président mozambicain, Samora Machel, est venu en Algérie, juste après l’indépendance, en octobre 1962.Il s’est formé militairement à Aïn Sefra, alors que son pays était colonisé par le Portugal», raconte-t-il. En 1975, à l’indépendance du Mozambique, l’Algérie fut le premier pays à offrir des aides financières et envoyé des spécialistes pour sa reconstruction et notamment pour la reconstitution des forêts qui ont beaucoup souffert de la guerre. Le Mozambique, ajoute-t-il, «est un pays qui a un potentiel touristique extraordinaire reste malheureusement l’un des pays les plus pauvres au monde». «C’est ce potentiel qui m’a attiré. J’ai séjourné un mois et demi, notamment à Mafalala, célèbre bidonville de Maputo, où sont nés de grandes personnalités mozambicaines comme le président Machel, le footballeur Eusébio et de grands poètes et hommes de lettres». «J’ai filmé durant une semaine toutes les activités culturelles qui s’y déroulent, pour préparer un documentaire de 13 minutes», renchérit notre interlocuteur.
Yahiaoui mène actuellement un projet, en Tanzanie, qui consiste à aider des jeunes à monter leurs propres projets, en faisant appel à des sponsors, dans le domaine touristique et à créer un centre touristique naturel pour les trekkeurs(randonneurs) au pied du Kilimandjaro. Il réalise également des documentaires promotionnels pour le compte du ministère tanzanien du tourisme et pour d’autres organismes.
Hakim Metref