Malmenée dans un passé récent et livrée à une mécanique bureaucratique dont l’impact n’a fait que creuser le fossé qui sépare l’administration de ses usagers, la gestion locale commence à se réinventer en dépit d’une panoplie d’enjeux qui inspirent une nouvelle réingénierie. Les collectivités locales veulent asseoir de nouvelles pratiques pour booster leur performance, notamment sur le plan économique où elles espèrent davantage de capacités à agir.
Pour s’assurer du fonctionnement effectif des services publics et de l’évolution sûre des opérations de développement, les exécutifs locaux multiplient les inspections et les visites inopinées. Sur le terrain, les walis ne procèdent pas seulement à l’évaluation des chantiers en cours, mais ils y émettent des instructions fermes pour renforcer les rythmes de travaux et régulariser les contraintes soulevées. La figure du wali-fonctionnaire aurait laissé place à celle du wali-entrepreneur. Il investit le terrain pour prendre le pouls de la population, établit des mesures, en corrige d’autres et fait son propre constat sur l’avancement des projets. Destinataires de nombreuses notes et instructions, les walis ont axé une bonne partie de leur temps à l’inspection des projets. Une démarche qui a réussi à faire sauter autant d’entorses au développement local.
Le soutien institutionnel que les autorités entendent généraliser au profit des investisseurs doit s’installer dans la durée, faute de quoi l’investissement productif risque de devenir un slogan creux. C’est à cette mission d’accompagnement que les walis s’engagent. Puisque seul un déclic économique serait en mesure de placer les collectivités au cœur de la relance socioéconomique dans le pays, les mesures de prise en charge des projets structurants à l’échelle locale se poursuivent de jour en jour. Aux défis de relance des secteurs agricole et touristique, notamment dans les wilayas du Sud, se greffe dans le même ordre l’objectif d’implanter de nouvelles stations de dessalement de l’eau de mer dans les wilayas côtières, de soutenir la roue du développement à travers l’accélération du rythme des plans complémentaires décidés par le Président au profit de quelques wilayas,de nouer des partenariats de qualité avec des opérateurs économiques nationaux et étrangers. Aussi, les initiatives de sensibilisation à l’entrepreneuriat local commencent à gagner du terrain à travers le pays. Faire adhérer les jeunes aux projets locaux, c’est aussi un facteur d’accroissement des investissements.
Les collectivités s’appliquent aussi dans la modernisation des outils de gestion en introduisant des solutions numériques dans le traitement de certains dossiers à l’instar de l’hygiène, les requêtes, la scolarisation, les finances. C’est dire qu’un nouveau mode de gouvernance est possible au niveau local, moins bureaucratique et plus inclusif.
Accélérer le tournant managérial
Le traitement des situations du quotidien est une priorité fondamentale des pouvoirs publics. Les derniers changements opérés par le chef de l’Etat dans les corps des walis, secrétaires généraux de wilaya et chefs de daïra en disent long sur cette préoccupation majeure de faire évoluer le rapport des responsables au citoyen et de donner un élan qualitatif à la vie locale. Il y a urgence non seulement à prendre en compte les nouveaux paramètres de la société, mais également à accélérer le tournant managérial de l’action publique locale.
A l’aune des transitions numérique et énergétique et du changement climatique, les collectivités sont invitées à ne pas centrer leurs efforts sur des problématiques accessoires, mais il leur est demandé d’être entreprenantes sur les défis de l’heure et plus regardantes sur les aspirations d’une société en mouvement, en passe d’atteindre dans les prochaines années la barre des 50 millions d’habitants. Impensé manifeste des politiques de développement post-indépendance, le territoire se pose désormais comme un levier d’attractivité et de développement durable.
Ces politiques de réponse aux défis du territoire, au mieux inadaptées et au pire morcelées, ne permettaient pas d’insuffler la dynamique économique attendue d’une sérieuse mise à profit de nos richesses locales. C’est vers ce paradigme que les exécutifs locaux souhaitent diriger leur énergie, en exécution des directives du président de la République. Cette ambition apparaît mue par une vision de transformation socioéconomique des collectivités locales plutôt que par une réforme conjoncturelle des mécanismes d’action publique. La multiplication des projets de révision des instruments de gestion en témoigne grandement.
En vue de juguler les risques du moment et de piloter des programmes de qualité pour les futures générations, la gouvernance locale doit s’appuyer sur l’innovation, le management stratégique et l’intelligence collective. Evaluée des années durant par l’angle des moyens alloués, la finalité de l’action publique ne devra pas être autre chose que le résultat. Et le ressenti du citoyen.
Hanny T.