«Juste une gifle» de NadjibStambouli: Un roman sur les violences faites aux femmes

Le nouvel opus de Nadjib Stambouli, «Juste une gifle», publié par Koukou Editions (octobre 2023), traite des violences faites aux femmes. A l’occasion de la célébration de la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, qui coïncide avec le 25 novembre de chaque année, l’auteur a présenté son livre à la librairie Tiers-monde (Alger).
Dans ce récit qui tient en haleine le lecteur, avec en même temps des scènes de violence et des moments de court bonheur, l’auteur met en scène un couple d’enseignants qui vit son histoire d’amour et le bonheur d’être ensemble. Mais tout s’ébranle après un geste regrettable. Dila, le personnage principal de ce roman, reçoit une gifle de la part de Douni, son mari. Dès lors, les relations entre les deux changent du tout au tout. «Je ne vois pas la main se lever, mais je sens la gifle sur mon visage», lit-on dans le texte. S’ensuit alors une multitude de sentiments entre humiliation, tristesse, déception que Dila tente de décrire et d’exprimer le long du récit.
Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à aborder ce phénomène qui ne cesse de prendre des proportions alarmantes dans notre société et aussi dans d’autres pays, Stambouli dit que Dila représente toutes les femmes battues ici ou ailleurs. «Dila constitue un cas parmi des milliers d’autres. Ce fléau qui se propage au sein de nos familles doit cesser. La violence est honnie partout. La violence conjugale, sujet de mon récit, n’est pas inspirée d’un cas d’une amie, une proche, une collègue. Il suffit de bien regarder autour de soi pour le constater», estime-t-il. Selon lui, c’est un condensé de tous les drames qui se produisent et qui causent la destruction de nombreuses familles.
Beaucoup de femmes en souffrent. Toutefois, elles n’osent pas en parler autour d’elles, de peur d’être stigmatisées. Il s’agit aussi de nourrir l’espoir que les choses vont changer et que ce n’est qu’un moment de colère. Dans un extrait, on lit : «Un être humain peut soit tout cacher, soit changer du tout au tout, soit les deux, mais cela n’aurait pas dû lui arriver à lui, pas à moi, pas à nous.» Ces quelques lignes en disent long sur la confusion qui règne dans l’esprit de la femme maltraitée par son conjoint. «Elle est déchirée par les sentiments d’humiliation, de honte vis-à-vis de sa personne mais aussi de son entourage. Mais au même moment, elle espère que cela cesse et que les relations conjugales reviennent à la normale sans violence aucune», soutient notre interlocuteur.
Dans le volet législatif, l’auteur met l’accent sur l’arsenal juridique qui est en vigueur en Algérie pour protéger et préserver les femmes et leur rôle dans la société. «Ce n’est pas une question de carences dans la législation. C’est au-delà. Ce livre est ma modeste contribution dans la lutte contre ce type de violences. Le mutisme des victimes est un obstacle qui n’aide pas à stopper ce fléau qui va crescendo. Nous ne pouvons les montrer du doigt et dire qu’elles se laissent faire.Elles sont condamnées à garder le silence sur leurs souffrances dans un espace réduit qu’est le foyer conjugal, loin du regard accusateur de la société», lance-t-il, en soulignant les peurs de ces victimes de se retrouver seules avec leurs enfants. «Je me sens faible, petite, insignifiante. La sensation n’est pas théorique mais réelle, ma joue pique et brûle. Il m’a frappée, sans raison ni même un prétexte. Par surprise, par déraison, par traîtrise», est-il écrit. Ce passage traduit la confusion mentale entre la douleur physique qui est certes passagère et la recherche de justifications ou de causes qui ont poussé le mari à la violenter. Justifier la violence qu’elle a subie.
Journaliste et écrivain, Nadjib Stambouli, avec «Juste une gifle», poursuit le diagnostic d’une société écartelée entre archaïsmes et pulsions de modernité, immersion entamée dans ses œuvres précédentes. Avec son talent apprécié dans la maîtrise de la langue et à restituer les tiraillements des personnages dans un environnement sclérosé, il est l’auteur de nombreux essais et romans aux thèmes pluriels, entre autres «Le mauvais génie», «La rancune», ou encore «Le comédien».
Karima Dehiles