Maltraitance et violence à l’égard des enfants : Créer un réseau national de prise en charge

La création d’un réseau national doté de références pour la prise en charge des enfants victimes de violence revêt un caractère urgent. La conviction a été soulignée par plusieurs spécialistes de la santé mentale lors de la tenue, jeudi dernier, à Alger, du 2e congrès de la Société algérienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et des professions associées (SAPEAPA).

Le Pr IdresTerranti, ex-chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Constantine et président de la SAPEAPA, a estimé que la démarche nécessite toutefois un dispositif intégré : législatif, judiciaire, social, médical et communautaire et une synergie des efforts.

La maltraitance et la violence sont considérées comme une priorité absolue à traiter et les deux phénomènes sont qualifiés d’«épidémie» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en raison de leur fréquence, prévalence et conséquences.

En Algérie, en l’absence d’un système de collecte de données et d’études de prévalence, les chiffres sont rares. Selon le réseau NADA, 20.917 cas de maltraitance physique, morale, agression sexuelle entre mai 2016 et juin 2017 ont été recensés.

L’Organe national de la protection et de promotion de l’enfance fait état de 22.000 appels et 2.000 cas avérés en 2018. L’enquête Multiple Indicator Cluster Survey (MICS) Algérie 2019 révèle par ailleurs que les agressions psychologiques représentent 77,7%, le châtiment corporel 66,4%, le châtiment corporel grave 16,8% et le travail des enfants 2,5%.

Les facteurs de risque sont directement liés aux traumatismes liés au terrorisme durant les années 90 et leurs effets sur les personnes, la société, les liens de solidarité. La violence s’est de plus en plus légitimée comme moyen de régulation sociale et la violence et la maltraitance dans les sociétés en transition et en crise envahissent les espaces publics et privés.

Le praticien a insisté sur le fait que celles affectant les enfants ont des effets dévastateurs sur leur santé mentale et physique. «Les traumatismes altèrent durablement le développement, les capacités de régulation émotionnelle et comportementale des victimes et constituent un risque majeur pour de nombreux troubles mentaux et des maladies somatiques chroniques», a-t-il alerté. «Les traumatismes vécus dans l’enfance continuent d’habiter l’adulte et altèrent ses capacités à être un parent protecteur», a-t-il ajouté. La protection de cette catégorie vulnérable est un impératif de santé publique et un devoir envers les futures générations et relève également de la responsabilité de la société.

A cet effet, l’intervenant a invité les professionnels de la santé, de l’éducation, de la solidarité nationale, la justice et de la sécurité publique, les associations de protection de l’enfant à développer une réflexion sur les différentes dimensions, cliniques, thérapeutiques, psychopathologiques, logiques et juridiques du phénomène. « Il est temps de prévenir, dépister et soigner », a-t-il enfin asséné.

Revoir la terminologie

Parlant de la situation en Tunisie, le Pr Yousr Moalla, pédopsychiatre au CHU de Sfax, a fait savoir que la courbe des actes violents est en augmentation – 12.3% entre 2020 et 2021 – et que les enfants âgés entre 5 et 12 ans sont les plus touchés.

Les violences physiques en tête de classement – 40 % – sont suivies par les violences sexuelles- 14,2 %. Selon elle, les mécanismes de protection doivent s’harmoniser autour d’un réseau composé de tous les intervenants pour assurer une meilleure prise en charge.

Pour le Pr Olivier Dulac, pédiatre à l’université Paris V, il faut revoir la terminologie utilisée pour désigner ces actes de violence. « On persiste, surtout dans les médias, à utiliser l’expression « abus » sexuel, traduction littérale de l’expression anglaise child abuse.

En français, le verbe « abuser peut laisser croire qu’on a un droit d’usage dont on ferait un usage excessif », a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « La loi interdit aux adultes toute relation sexuelle avec les enfants de moins de 15 ans.» Il est préférable dès lors de parler de violence sexuelle contre les enfants. « La violence ne s’exerce pas seulement par la force physique, mais aussi par l’influence et l’exploitation de la faiblesse ou de l’inexpérience de la victime », a-t-il conclu.

Samira Belabed

Bouton retour en haut de la page