L’Algérie est désormais membre de l’Initiative du commerce africain guidé (ICG). Cette annonce a été faite, ce samedi, par le ministre du Commerce, Tayeb Zitouni, à l’occasion d’une rencontre portant sur les échanges dans le cadre de la Zone du libre-échange continentale africaine (Zlecaf), en marge de la 31e Foire de la production algérienne qui se déroule au Palais des expositions de la Safex, à Alger.
En présence du secrétaire général de la Zlecaf, Wamkele Mene, des organisations patronales et des exportateurs algériens, le ministre a annoncé officiellement «la participation de l’Algérie et son adhésion à l’Initiative commerciale guidée, à travers laquelle seront initiées des opérations d’échanges commerciaux entre l’Algérie et ses partenaires dans cette Initiative sans restrictions douanières, dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine, dans laquelle nous sommes impliqués». Lancée le 7 octobre 2022 comme un moyen de donner un véritable dé part aux échanges commerciaux dans le cadre des préférences de la Zlecaf, lCG compte actuellement sept Etats-parties, sans compter l’Algérie, à savoir le Cameroun, l’Egypte, le Ghana, le Kenya, l’Ile Maurice, le Rwanda et la Tanzanie. L’Algérie a rempli toutes les cases d’exigences pour intégrer ces initiatives qui offrent, selon les explications des techniciens du ministère du Commerce, des opportunités importantes. Plusieurs pays exportent vers les pays membres dont la Chine premier pays exportateur vers les pays membres de l’Initiative, suivie des Emirats arabes unis et de l’Inde. Pour ce qui est des échanges interafricains dans le cadre de cette Initiative, la moyenne des importations se situe à hauteur de 7,88 milliards de dollars. L’objectif de cette Initiative est de renforcer l’implantation effective de la Zlecaf, laquelle permettra de consolider l’intégration économique et commerciale interafricaine.
«Il est attendu que l’Initiative du commerce guidé facilite le lancement effectif d’échanges commerciaux conformément aux avantages préférentiels stipulés dans l’accord créant la région, entre les Etats parties qui remplissaient les conditions minimales pour commencer ces échanges.» La réalisation de l’intégration continentale constitue, a précisé le ministre, «la priorité africaine la plus importante pour l’Algérie qui a contribué pendant des décennies à formuler et défendre des positions africaines communes, telles que les Objectifs de développement durable, le changement climatique et d’autres préoccupations majeures».
Pour Zitouni, l’Algérie souhaite développer de véritables partenariats intra-africains «bénéfiques et équilibrés à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique, au lieu de ceux qui ont longtemps perpétué la dépendance de l’Afrique à l’égard des autres ». Elle attache également une grande importance à la réalisation de l’un des principaux projets de l’Agenda 2063, qui est la Zone de libre-échange pour le continent africain comme cadre commun de croissance et le développement global et durable du continent au cours des cinq prochaines décennies». Il est impératif, a souligné le ministre, de renforcer les échanges interafricains qui, d’après lui, demeurent faibles car ne dépassant pas 15%, soit l’équivalent de 2% du commerce mondial. Raison pour laquelle Zitouni a appelé à créer des synergies entre pays africains, soulignant que la marge commerciale intra-africaine attendue est estimée à 35 milliards de dollars, soit l’équivalent d’un taux de croissance de 52% du commerce intra-africain.
Par ailleurs, comme fait saillant marquant les échanges au niveau de l’Initiative, il y a lieu de noter que plusieurs produits sont échangés par les pays membres, dont les pesticides bio, le lait en poudre, l’huile de poissons, les fertilisants… Parmi les résultats-clés, il a été annoncé la délivrance du premier certificat d’origine Zlecaf en Tunisie et en Tanzanie en mai 2023.
Démanteler les modèles commerciaux coloniaux


Le secrétaire général de la Zlecaf, Wamkele Mene, a salué l’adhésion de l’Algérie à cette l’initiative du commerce guidé qui ouvrira des perspectives, a-t-il dit, prometteuses pour l’extension du marché africain et sa diversification. «Je tiens à féliciter le président algérien et son gouvernement des initiatives prises pour renforcer la connectivité dans le continent, à travers l’ouverture de nouvelles lignes aériennes et l’installation de banques dans plusieurs pays africains.
Ces initiatives démontrent l’engagement de l’Algérie envers un marché continental intégré en mesure de démanteler les modèles commerciaux coloniaux qui sévirent depuis plusieurs décennies», a-t-il dit, tout en rappelant le rôle crucial de l’Algérie dans la constitution de l’Union africaine. «Parmi les leaders à cette époque, l’Algérie avait déjà exprimé un esprit de panafricanisme et plaidé à l’unité et à l’intégration de notre continent», a-t-il ajouté, avant d’enchaîner qu’il reste à atteindre l’objectif de réalisation de l’intégration économique interafricaine.
«Il nous incombe de nous assurer que le chemin envisagé soit complété pour renforcer le commerce interafricain», a-t-il dit précisant que si les niveaux des échanges sont faibles, c’est parce que les pays africains ont beaucoup d’échanges avec les autres pays, notamment de l’Europe qu’avec l’Afrique. «Nous avons beaucoup de commerce avec les autres pays du monde et nous exportons nos minerais et matières premières. Ce qui signifie que nous demeurons piégés dans le modèle économique colonial. Il est temps de changer la tendance», a-t-il dit, tout en appelant à développer la production locale. «C’est là où l’Initiative du commerce guidé devient plus pertinente. L’inclusion de l’Algérie représente une opportunité très unique pour avancer vers un marché capable de créer de l’emploi africain, renforcer l’innovation et la créativité et assurer que notre continent devient plus compétitif.
Le SG de la Zlecaf a fait part de l’ambition de moderniser les moyens de paiement et de règlement en vue de réduire les coûts du commerce et de la convertibilité de la monnaie estimé à 5 millions de dollars annuellement. Avant de conclure, il a salué les mesures prises par l’Algérie à même de booster ses exportations hors hydrocarbures et la diversification de son économie.«Des pas de géant ont été accomplis par l’Algérie en créant un environnement favorable au commerce et au développement du secteur industriel», a-t-il insisté, tout en appelant au renforcement des PME et du secteur privé.
Wassila Ould Hamouda
Avis des exportateurs : Un gain en compétitivité

L’annonce faite par le ministre du Commerce inhérente à l’intégration de l’Algérie à l’initiative du commerce africain guidé a été fortement applaudie et saluée par les exportateurs, invités à prendre part à la rencontre organisée par le ministère du Commerce au niveau de la Safex.
Le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Tarek Boulmerka, a salué cette démarche prise par le gouvernement algérien qui, d’après lui, «est très avantageuse d’autant plus qu’elle permet aux exportateurs d’avoir accès aux marchés des pays membres sans aucune contrainte douanière». Il soutiendra que les retombées ne seront que positives pour l’économie algérienne. «Cette démarche permettra d’accélérer la promotion des exportations hors hydrocarbures et, par conséquent, générera des entrées en devises pour le pays», a-t-il indiqué souhaitant l’élargissement de ce réseau commercial à d’autres pays avec lesquels l’Algérie entreprend des partenariats bénéfiques, citant entre autres le Sénégal et la Mauritanie. De son côté, le directeur général de Faderco, Amor Habes, n’a pas manqué de souligner sa satisfaction précisant que cette intégration permettra de lever moult entraves à l’exportation vers les pays africains.
«Il faut savoir que nous exportons nos produits directement sur l’Afrique et que nous sommes soumis à une taxe jusqu’à 40%, voire 50% de droits de douane. Alors qu’entre les pays membres de cette initiative, il y a un libre-échange sans barrière tarifaire. Nous sommes donc pénalisés d’entrée. C’est ce qui nous pousse parfois à réduire les fiches techniques des produits pour réduire leur coût. Ce qui fait que ces marchés ne sont plus des marchés prometteurs pour nous. Cependant avec ces barrières tarifaires levées, nous allons être très compétitifs par rapport aux produits européens et asiatiques et même des produits des sous-régions qui entrent dans ces pays sans droit de douane», a-t-il indiqué soulignant que l’effort devra être accompagné en améliorant la logistique et le marketing sur place pour promouvoir le made in Algeria.
«Nous avons des produits de très bonne qualité que nous devons placer sur le marché africain», a-t-il ajouté faisant savoir que Faderco a réalisé 43 millions de dollars en exportation en 2022 dont 40% dans le marché africain. L’expert en économie Kamal Kheffache, a indiqué que la démarche de l’Algérie revêt une importance capitale dans la mesure où elle permet aux entreprises algériennes de mieux se positionner sur le marché africain et de gagner en compétitivité soulignant tout l’intérêt de gagner la bataille de la qualité pour faire face, a-t-il insisté, à la concurrence qui se veut de plus en plus rude.
W.O.H
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