Commentaire : Un même destin

 Ce n’est certainement pas le seul fruit du hasard si la 1re session de la Commission bilatérale pour le développement et la promotion des régions frontalières algéro-tunisiennes, dont les travaux ont été clôturés mardi par l’adoption d’une feuille de route, s’est tenue une semaine avant la commémoration des évènements de Sakiet Sidi Youcef, ce village frontalier entre l’Algérie et la Tunisie qui a fait l’objet d’un bombardement par l’aviation coloniale française un certain 8 février 1958.

En retenant sur leur agenda les 29 et 30 janvier pour la tenue de cette rencontre, les deux ministres de l’Intérieur ne pouvaient pas avoir en tête cette date. Et c’est pourquoi il est permis de dire qu’en se réunissant à Alger à une semaine près, ils ont, à n’en pas douter, tenu à envoyer un message dont la portée va au-delà des populations des régions frontalières de ces deux pays. Et pour cause, en ces temps où le néo-souverainisme est à la mode et où les intérêts nationaux priment sur toute autre considération et constituent le seul critère sur lequel travaillent les politiques, l’Algérie et la Tunisie donnent une nouvelle fois l’exemple et la preuve qu’il est possible d’agir autrement.

La réunion de la commission, créée au mois d’octobre 2023, tend à démontrer qu’il est possible de faire de la politique autrement. Une politique qui tient compte avant tout de la profondeur des relations fraternelles qui lient les deux pays voisins et dont le sang de leurs populations s’est entremêlé. Certes, il ne s’agit pas, tant pour l’Algérie que pour la Tunisie, de sacrifier leurs intérêts, mais du point de vue de leurs dirigeants, il s’agit avant tout d’œuvrer à ce que chaque partie puisse trouver son compte, tout en solidifiant les liens de fraternité et de solidarité qui les unissent pour toujours.

C’est du reste pourquoi les événements douloureux de 1958 sont commémorés chaque année, car outre le fait qu’ils ont concrétisé le sens de la solidarité et de l’unité entre les deux peuples, ils ont aussi édifié ce pont de cohésion et de fraternité que les dirigeants des deux pays empruntent. Les événements de Sakiet Sidi Youcef ont cimenté les liens par le passé et sont ce socle sur lequel leur devenir a été édifié. Aussi, si en s’attaquant à la population de Sakiet Sidi Youcef, l’armée française recherchait la rupture entre les peuples algérien et tunisien à travers cette agression barbare, elle a, au contraire, donné aux populations de ce village frontalier les raisons de se sentir unies contre l’ennemi colonial. Un sentiment que les générations post-indépendance ont nourri pour au final n’en faire qu’une unie et solidaire, partageant les mêmes aspirations d’un avenir meilleur que la volonté politique de leurs dirigeants a décidé de traduire en actes concrets.

Nadia Kerraz

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