«De glace et de feu» de Suzanne El Kenz : La Palestine en filigrane

La couverture du roman de Suzanne El Kenz où est représentée une femme dans un linceul blanc est parlante et glaçante. L’auteure, d’origine palestinienne, est venue, samedi dernier, à la librairie L’Arbre à dires de Hydra, pour présenter «De glace et de feu» paru, récemment, chez Barzakh. Elle y explore des questions lancinantes comme l’exil et le rapport à la terre d’origine.

Devant une assistance nombreuse où prirent place des écrivains, Amine Zaoui, Wassila Tamzali, Labter Lazhari,Alima Abdat… la femme native de Ghaza dix ans après La Nakba de 1948, a parlé de son personnage principal, Hind Ghalyani, qui ressuscite le nom de sa grand-mère. Gisant dans un lit d’hôpital en France, Hind, confrontée à l’adversité d’une maladie supposée incurable, se laisse aller, s’abandonne à son propre sort et se met à divaguer.

Son corps et sa mémoire se réfugient dans les glaciers de l’Antarctique, oubliant le feu de sa terre d’origine, jamais nommée mais que rappelle des fioles d’huile d’olive, de thym et de collines brûlées. Hind devenue Mathilde Leben par sa propre volonté s’est naturalisée pour s’intégrer dans son pays d’accueil et ne plus subir de questions gênantes sur son origine. Lamour, licencié en chômage, avait rencontré Mathilde, un an plutôt, dans un concours de langue. Il a été conquis par son éloquence et ses capacités oratoires en langue arabe. La sachant condamnée, il lui rend visite chaque jour à l’hôpital. Refusant cet amour, l’homme revient avec des poèmes et des cadeaux. Pour l’auteure, « Lamour n’éprouvait pas réellement de sentiments amoureux. Il était envouté et aimanté par sa diversité et ses multiples nationalités». Anti-héros, fils d’une femme raciste ayant grandi dans les banlieues, il se cherchait en fait et s’identifiait à ses amis, eux-mêmes souvent discriminés.

Hind, qui se laissait happer par la maladie, voulait mourir dans les glaces mais se fait rattraper par son passé et son envie de se battre. «La maladie de Hind qui doit subir une greffe de moelle osseuse, une intervention compliquée, peut être comparée à l’exil où l’on se fait accepter ou rejeter», explique la romancière. La maladie, ajoute-t-elle, se veut le symbole du peuple de Palestine qui se bat pour vivre librement sur sa terre. Le texte de177 pages écrit avec une plume cinglante, crue et sans filtre est pour elle «une broderie de faits réels». Pour Selma Hellal, l’éditrice du livre, celui-ci chemine sur une île de crêtes entre esthétique, poésie, auxquelles se mêlent idéologie et militantisme.

 El Kenz, professeure de langue arabe dans un lycée à Nantes (France), a vécu dans plusieurs pays, Égypte, Arabie saoudite, Algérie, Tunisie, avant de s’installer en France en 1996, avec son mari, le sociologue Ali El Kenz.
En février 2010, elle est lauréate du Grand Prix Yambo-Ouologuem, pour son premier roman «La Maison du Néguev», édité par Apic. Son deuxième roman «L’Escargot, ma mère et moi» est paru aux Editions de l’Aube.

Souha Bahamid 

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