Le livre que vient de publier Dalila Arezki s’adresse, en premier lieu, aux étudiants en littérature. Toutefois, il peut tout aussi susciter de l’intérêt chez ceux qui veulent (re)découvrir ou connaître davantage les auteurs algériens d’expression française.
Peu d’entre eux manquent à l’appel. Les pionniers Kateb Yacine, Mammeri, Boudjedra ou Assia Djebar côtoient ceux, qui comme Malika Mokeddem, Chawki Amari, Kamel Daoud ou Fatéma Bakhaï sont arrivés beaucoup plus tard sur la scène littéraire tant en Algérie qu’à l’étranger.
L’empreinte de l’universitaire qui a déjà publié, en 2005, en France, ce livre qu’elle a, écrit-elle, «approfondi et actualisé», est manifeste. Il y a un souci d’aligner et de définir des concepts et de multiples renvois aux travaux de professeurs et critiques.
Il est vrai que cette littérature, née dans un contexte colonial, a très vite posé la problématique de l’usage des langues, et les romanciers ont questionné la nature et les contours de l’identité individuelle ou collective. Tous les auteurs n’ont pas la même relation avec le français et n’assignent pas la même valeur aux traditions et aux langues maternelles. Ainsi, pour Kateb Yacine, la langue de Molière est «un butin de guerre», et pour Malek Haddad, un «exil».
Les indépendances n’ont pas réglé tous les problèmes. D’autres ont même surgi. De la contestation de l’ordre colonial chez Dib, on est passé au rejet fracassant du patriarcat chez Boudjedra. Djaout, Mimouni ont posé un regard peu complaisant sur le réel et le rapport à l’histoire. Le contact avec les territoires de l’émigration a fait surgir des modalités d’écriture différentes chez Taos Amrouche, Sebbar ou Nina Bouraoui.
Ce sont toutes ces évolutions dont rend compte le livre par un choix de textes, d’interviews et d’études sur les œuvres qui sont le reflet, sur une période de près d’un siècle, de sociétés refaçonnées par la colonisation, le développement qui a bouleversé les structures familiales puis par le contact avec l’extérieur et, plus récemment, par le vent de la mondialisation. Dès les premières pages, l’auteure qui est docteur d’Etat en psychologie clinique rappelle que les récits sont une perception du réel social, des valeurs qui le structurent. Elle s’emploie dès lors à traquer ces signes et comment dans les œuvres s’expriment ces changements dans les écrits et interventions des auteurs. En accordant plus de place aux femmes, Dalila Arezki a montré que chez elle, les questions sont à la fois de l’ordre du social et de l’intime.
Samira Belabed
* Langues, cultures et identités, leurs fluctuations au travers d’un panorama d’auteurs algériens d’expression française 340 pages l’odyssée éditions 1300 da