L’enseignement privé en Algérie a connu une croissance significative, ces dernières années. Avec un nombre croissant de familles optant pour cette alternative à l’enseignement public, les écoles privées jouent un rôle de plus en plus important dans la formation.
Les parents recherchent souvent un enseignement plus individualisé, des approches pédagogiques différentes et des infrastructures de meilleure qualité pour leurs enfants. Ce secteur nécessite, toutefois, un encadrement afin d’assurer que tous les élèves bénéficient des mêmes opportunités de réussite et accèdent au même programme que celui offert dans les écoles publiques. C’est dans cette perspective que le ministère de l’Éducation nationale a récemment annoncé l’élaboration d’un nouveau cahier des charges pour encadrer l’ouverture et le fonctionnement des écoles privées. Cette initiative vise à garantir que ces établissements éducatifs répondent aux critères exigés et se conforment à la législation en vigueur. Abdelhakim Belaabed a souligné que l’enseignement privé et public sont complémentaires et visent les mêmes objectifs : assurer un meilleur enseignement pour tous les élèves scolarisés.
Cette approche met en avant l’idée que la diversité des options éducatives disponibles en Algérie contribue à répondre aux besoins variés des élèves et de leurs familles. La régulation de l’enseignement privé est perçue, dès lors comme une étape cruciale pour garantir des normes élevées et une éducation de qualité pour tous les élèves tout en veillant à ce que cet essor ne compromette pas l’équité de l’éducation.
La conjonction de l’innovation pédagogique, d’une réglementation adaptée et de l’implication des familles inciterait ces établissements à jouer un rôle déterminant dans la transformation du paysage éducatif, offrant ainsi aux élèves des possibilités d’apprentissage diversifiées et de haute qualité. Selon Abdelkader Missoum, enseignant et formateur, «l’idée d’un double programme n’a pas de fondement et est entièrement prohibée par la loi». Il souligne que «cette notion est une invention de certaines écoles privées». Pour le coordinateur des écoles associées à l’Unesco, «ces écoles ont plutôt la possibilité d’intégrer des activités supplémentaires telles que l’apprentissage des langues, l’informatique ou des travaux pratiques, afin d’enrichir le cursus».
Cependant, il déplore le fait que «certaines écoles aient opté pour l’application stricte du programme français ou le double programme, ce qui est contraire à l’éthique éducative». Il souligne que «cela va à l’encontre du bon sens, car chaque pays devrait suivre son propre programme éducatif». Cette situation a été motivée, fait-il savoir, «par l’existence de parents intéressés par ce double programme, notamment ceux ayant des liens à la fois en Algérie et en France, et qui souhaitent offrir à leurs enfants une éducation biculturelle».
Cependant, selon Missoum, «enseigner les mathématiques en français n’est pas pertinent car il est tout à fait possible d’étudier cette matière en arabe tout en renforçant ses compétences en français». Il donne l’exemple des bacheliers algériens qui choisissent de poursuivre leurs études à l’étranger, notamment en Angleterre, au Canada ou aux États-Unis, et qui n’éprouvent aucune difficulté à s’adapter à la langue locale. Pour lui, «imposer un double programme serait contre-productif sur le plan pédagogique, car les élèves seraient surchargés et suivre le programme national en utilisant la langue officielle permettrait aux élèves de mieux réussir et d’obtenir leurs diplômes». Il rappelle que des «étudiants algériens ont réussi à suivre des études universitaires en Russie, ce qui démontre qu’il suffit de maîtriser la langue pour réussir dans l’enseignement supérieur». Il rejette catégoriquement l’idée d’une «chasse» visant une langue étrangère au détriment d’une autre, la qualifiant d’expression à connotation politique sans fondement réel.
Selon lui, «la principale mission de l’école privée, telle que définie par la loi en vigueur, est d’adopter les mêmes programmes que l’école publique, tout en offrant une meilleure prise en charge sur des aspects tels que la restauration et des activités facultatives, comme le renforcement des langues». Dans le cadre de l’enseignement privé, précise Missoum, «il est possible de compléter le programme officiel en proposant l’enseignement d’autres langues et des activités artistiques :le théâtre ou la musique». Il proclame, enfin, fermement que «la Constitution garantit à tous les Algériens des droits égaux en matière d’éducation», avant d’insister sur l’importance de ne pas faire de distinction entre les élèves s’agissant de l’accès à l’instruction.
Assia Boucetta