Prière de Tarawih à la grande mosquée d’Alger : Quand le sublime rejoint le spirituel

La prière de Tarawih à la Grande Mosquée d’Alger est une expérience très particulière. Ici, l’ambiance est tout autre. L’immensité des lieux, la beauté architecturale purement islamique, les décors somptueux, la foule nombreuse et très disciplinée, la voix claire et affirmée des récitateurs du Coran confèrent un apaisement incomparable. C’est comme un air de la Mecque. Grandiose.

Il n’était pas encore 20h00 dans la soirée de samedi dernier que déjà la circulation sur l’autoroute est dense. Le minaret de la Grande Mosquée d’Alger (Djamâa El-Djazaïr), se détachant d’un ciel presque noir, scintillant, tout en lumières, ne manque pas d’attirer les regards. Beaucoup de conducteurs d’automobile, d’ailleurs, semblent s’y orienter, se dirigeant vers l’immense parking de la Mosquée pour y effectuer la prière de Tarawih.

Les agents de sécurité sont déjà à pied d’œuvre. Un important dispositif sécuritaire est déployé tout au long de l’autoroute et jusqu’aux entrées principales de l’édifice religieux. Il veille non seulement à la sécurité des fidèles, mais assume également le rôle de guide auprès des automobilistes. Une fois au seuil du parking de la mosquée, c’est la grande surprise. Immense.

«Nous n’avons jamais vu un parking aussi étendu. Il paraît illimité», fait remarquer un sexagénaire, accompagné par des membres de sa famille. Ils ne sont pas visiblement des habitués des lieux.  Au parking, les agents de sécurité veillent aussi sur l’ordre. Ils sont positionnés de sorte à surveiller les lieux tout en indiquant aux nouveaux venus le chemin à prendre. Ce dernier conduit directement vers une passerelle très vaste, au décor majestueux, aboutissant à une sorte de terrasse où la vue sur la mer et sur les deux côtés de l’autoroute est imprenable. Un endroit idéal pour prendre quelques photos et même des vidéos. Ce que beaucoup n’ont pas manqué de faire.

Les fidèles, femmes, hommes et enfants, affluent en grand nombre avant de se diriger vers leurs salles de prière respectives. Les habitués des lieux traversent le très spacieux hall de la mosquée d’un pas sûr, tandis que les nouveaux venus prennent le temps d’admirer les alentours, la tête tournée dans tous les sens. Les enfants surtout semblent extasiés. Pour eux, il ne s’agit pas d’une simple prière, mais aussi d’une véritable promenade nocturne. D’autant que l’air de printemps est propice à la découverte.

Apaisement

Dans chaque coin de la grande place centrale, que les fidèles doivent traverser pour gagner les salles de prières et d’ablutions, un agent est mis en place pour diriger les nouveaux venus. Aucun risque que ces derniers se perdent en dépit de l’immensité des lieux. L’équipe des pompiers est aux aguets, prête à intervenir en cas d’incidents. «C’est le même dispositif sécuritaire, de surveillance et d’intervention que celui de la Mecque, qui est mis en place. Tout est mis en œuvre pour assurer la protection des lieux et des prieurs. D’ailleurs, ni les agents de sécurité ni ceux de la Protection civile n’ont le droit d’effectuer la prière. Ils sont carrément réquisitionnés», a signalé un agent de sécurité femme.

Trois fontaines occupent les angles de la grande place. Elles servent de fonds de toile dans la prise de photos souvenirs. Le bruit de l’eau qui en jaillit et le son de la voix du récitateur des versets coraniques s’éparpillent dans l’air, procurant réjouissance et apaisement. Au milieu de la place, de beaux tapis sont déroulés pour accueillir les fidèles qui préfèrent effectuer les Tarawih(Prières surérogatoires) en plein air.

«On a l’impression d’être des touristes tellement l’endroit est beau. Ce n’est pas juste un lieu de culte, mais un site touristique par excellence que tous les Algériens devraientvisiter», a soutenu une mère de famille, accompagnée de ses enfants. Elle a confié avoir loué les services d’un taxi pour arriver jusqu’ici, poussée par la curiosité. «Les vidéos et les images qui circulent sur les réseaux sociaux sur les Tarawih dans cette mosquée nous ont incité à y venir. C’est une véritable découverte !», a-t-elle confessé.

Pour atteindre la salle de prières réservée aux femmes, il faut emprunter des escaliers dont les rampes sont en bois sculpté. Et quelle salle ! Gigantesque ! Cette dernière est précédée par un hall ou plusieurs meubles porte-chaussures sont aménagés. Dans la salle, les femmes ont l’embarras du choix pour s’installer. Quelques-unes occupent déjà les lieux, très absorbées par la lecture du Coran. Ici, le décor est tout aussi somptueux, le tapis dans les nuances bleues est des plus moelleux. Les jeunes «mourchidates» répondent patiemment aux questions des fidèles, très curieuses. Ce sont des étudiantes pour la plupart qui assurent ce rôle bénévolement. «C’est un plaisir de travailler ici», a assuré une étudiante d’Aïn El Beïda.

De là, une vue en plongée sur la salle de prière des hommes, tout aussi impressionnante. La moitié est déjà remplie et les fidèles continuent d’affluer. Sur la tribune, le récitateur est toujours occupé à lire le Coran à voix haute. Les rangs des prieurs sont serrés, épaule contre épaule, comme le veut la tradition islamique. Tous semblent très attentifs aux versets coraniques.  «Les lieux me rappellent la Mecque. J’ai vraiment l’impression d’y être», se réjouit cette jeune femme. Une habituée des lieux, habitant tout prêt, avoue ne plus pouvoir se passer de cette mosquée.

«Celle de notre quartier nous paraît bien exigüe. Impossible d’y retourner. Et puis, ici, l’ambiance est tout autre. On se concentre mieux, on se sent davantage proche de Dieu», dit-elle. L’appel à la prière d’El Ichaa met fin au brouhara. Hommes, femmes et enfants se mettent en position pour suivre les directives religieuses de l’imam. La prière commence, précédant celle des Tarawih.

Des fidèles ravis

Deux récitateurs se relaient pour la prière, dont l’un est un imam de Constantine. «Mon mari est venu ici spécialement pour effectuer la prière de Tarawih à la Grande mosquée d’Alger. J’en ai profité pour l’accompagner. Je ne pouvais pas rater cette occasion pour visiter ce lieu de culte que nous avions vu à la télévision», a souligné l’épouse de l’imam. De loin, quelques pleurs d’enfant se font entendre, sans perturber pour autant le bon déroulement de la prière. La voix claire et affirmée des récitateurs remplit l’air. Deux ahzab sont récités avant que la prière ne soit clôturée par le pair et l’impair. Les Tarawih achevés, lesfidèlesse dirigent vers la place centrale pour prendre leur souffle auprès de fontaines après plus d’une heure dans une position debout. Ceux qui sont venus pour la première fois complètent leur visite en se rapprochant de plus près des différents édifices, du Minaret, surtout pour la prise de selfies.

Des milliers de personnes surgissent de partout. Selon la Protection civile, ils seraient plus de 10.000 fidèles au minimum, d’autres évoquent 20.000.  «Comme c’est un peu loin de chez moi, je ne peux pas me permettre de louer les services d’un taxi pour effectuer la prière chaque soir. Mais ce qui est sûr, c’est que je reviendrai et pas seule», a affirmé une fidèle.

Farida Bekhiri

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