Chaque année, le mois sacré de Ramadhan apporte avec lui un sentiment de spiritualité, de solidarité et de générosité. Cependant, malgré ces valeurs fondamentales, il est difficile d’ignorer le phénomène persistant du gaspillage alimentaire qui accompagne souvent cette période.
Des tonnes de nourriture finissent, chaque jour, à la poubelle, défiant ainsi l’éthique de modération et de partage promues par le mois de Ramadhan. Cette année encore, le défi est posé : comment réduire le gaspillage? Du point de vue sociologique, le comportement des consommateurs répond à plusieurs facteurs, notamment sociaux et culturels. D’après la sociologue Radia Saïfi, le gaspillage est un phénomène sociétal devenu monnaie courante durant le mois sacré.
«Force est de constater que ce comportement ne se présente pas avec la même ampleur des années précédentes, du moins pour cette première semaine deRamadhan durant laquelle nous n’avons pas remarqué de grande frénésie», a-t-elle fait observer, indiquant que cela peut être expliqué par le fait que la majorité des ménages se sont approvisionnés la semaine d’avant l’entame de Ramadhan. Selon elle, il y a deux catégories de consommateurs : ceux qui achètent en fonction de leur bourse et de leurs besoins et ceux qui cèdent à des envies pour fournir une variété de plats lors des repas de Ramadhan.
«Leur plaisir est de voir la table bien garnie», a-t-elle expliqué soulignant que chez cette catégorie cela est devenu des habitudes de consommation. Le comportement paradoxal des consommateurs, se plaignant de la cherté des produits d’un côté tout en participant au gaspillage de l’autre, peut résulter d’un manque de sensibilisation et de conscience quant à l’ampleur de ce phénomène et à ses conséquences sur les plans social, environnemental et économique. D’où l’importance, a-t-elle insisté, d’intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des ménages.
De son côté, l’expert en économie Souhil Meddah abonde dans le même sens soulignant que le comportement des consommateurs est lié aux aspects socioculturels. Les consommateurs, a-t-il indiqué, ont tendance à changer leur mode de consommation pendant certaines périodes de l’année, notamment durant les fêtes religieuses. «C’est là où la consommation devient au-dessus de toute autre considération économique et personnelle. La première semaine de ce mois est souvent marquée par une surconsommation. Après, il y a souvent un retour à des niveaux plus ou moins maîtrisables», note-t-il, soulignant qu’il va falloir tenir compte également des niveaux socioprofessionnels qui constituent un des facteurs influant la consommation des ménages. Il a fait savoir que l’impact du gaspillage sur le plan économique est aussi rattaché aux conditions socioculturelles.
«La classe moyenne est la véritable locomotive de ce changement. Soit elle oriente vers un gaspillage de masse, forcé, soit elle revient vers une rationalité de la consommation. C’est la classe qui consomme le plus qui gaspille le plus», a-t-il poursuivi tout en faisant remarquer que «là où il y a une subvention, il y a une facilité de consommation qui peut être accompagnée par un gaspillage qui n’est pas ressenti ni par les consommateurs ni par les intermédiaires ni par les pouvoirs publics». Cette augmentation de la demande dope une partie, a-t-il expliqué, de l’inflation comme elle alimente la spéculation du fait que le marché obéit au principe de l’offre et de la demande. Il a fait remarquer qu’avec les subventions injectées, les dépenses de l’Etat seront de plus en plus importantes.
Pour endiguer le phénomène du gaspillage, Meddah préconise de revoir le modèle de consommation habituelle durant toute l’année, de mettre en place une campagne de sensibilisation offensive et d’éduquer les jeunes de demain sur un modèle de consommation plus rationnel.
Wassila Ould Hamouda