Marché de la viande : Plaidoyers pour une stratégie intégrée

Le marché de la viande blanche et rouge durant le Ramadhan connaît souvent des perturbations en raison d’un déficit persistant. Acteurs du marché et experts agricoles soulignent l’urgence d’une stratégie globale pour relancer une filière qui souffre de sécheresse et de difficultés d’accès aux ressources alimentaires pour le bétail.

La Cour des comptes avait récemment publié des chiffres concernant la production de viande rouge qui a atteint près de 537.000 tonnes (63% de viande ovine, 27% bovine, 7% caprine et 3% cameline), assurant une disponibilité moyenne de 12,04 kg/habitant/an. Ce chiffre reste très loin de la moyenne internationale établie à 34 kg/habitant/an. Une stratégie exhaustive et coordonnée intégrant des solutions à court terme pour atténuer les effets immédiats de la crise et des mesures à long terme visant à renforcer la résilience et la durabilité du secteur sont, dès lors, nécessaires.

Ali Daoudi, agroéconomiste et enseignant chercheur à l’Ecole nationale d’agronomie, reconnaît la difficulté de garantir l’approvisionnement du marché national en produits d’origine animale pendant des périodes telles que le Ramadhan. «Les autorités doivent assurer à la fois la disponibilité à des prix abordables pour préserver le pouvoir d’achat des consommateurs et sauvegarder l’appareil de production», a-t-il ajouté.

Pour lui, «l’importation, un outil commun à de nombreux pays pour réguler l’offre, ne devrait pas être une solution qui affaiblit la production nationale». Il recommande la mise en place d’une stratégie nationale qui s’inscrit dans une approche plus globale de renforcement des capacités de production de viande rouge, tout en régulant les crises par le biais de l’importation. Il identifie le principal point de fragilité de la filière comme étant principalement l’alimentation du bétail. «Il existe une marge de progression mais les ressources naturelles se raréfient en partie à cause des changements climatiques, notamment au niveau des steppes», rappelle-t-il.

Il met, également, en évidence «un déficit croissant en fourrages et en aliments de bétail qui nécessite souvent le recours à des importations».  Evoquant le secteur avicole, il explique que «celui-ci est largement industrialisé et dépend totalement d’intrants importés, avec une domination persistante de petits producteurs qui ne maîtrisent pas pleinement les techniques nécessaires». Il propose ainsi de «promouvoir l’émergence de filières distinctes, notamment industrielles, qui seront pilotées par de grands opérateurs privés et de convertir les petits aviculteurs vers des modèles semi-intensifs valorisant les produits locaux».

Des capacités de productions importantes

Pour sa part, Boukhalfa Laâla, expert agronome, appelle à «une planification pour exploiter pleinement les ressources agricoles du pays et répondre à ses besoins en viande de toutes catégories». Selon lui, l’Algérie possède des atouts majeurs, mais leur utilisation efficace nécessite une approche basée sur des données précises. «L’Algérie est un pays-continent qui a des capacités de produire et de ne pas importer de la viande de plusieurs pays pour répondre à ses besoins», souligne-t-il, précisant que «nos capacités en production bovine, ovine et avicole sont souvent ignorées en raison de pratiques archaïques persistantes».

La nécessité de planifier soigneusement l’avenir de l’industrie de la viande est soulignée avec insistance par l’agronome, qui pointe du doigt l’importation continue de viandes blanches, une filière qui, dit-il, «pourrait être développée localement pour générer de la richesse». Il note que l’Algérie possède d’importantes capacités de production avicole et devrait aspirer à devenir un exportateur.

«Les moyens disponibles en termes d’incubation, d’abattage et d’élevage permettraient d’atteindre l’objectif d’un million de tonnes si toutes les conditions sont réunies», assure-t-il. L’expert  tient à rappeler que «la filière est confrontée à de nombreux problèmes ces trois dernières décennies, notamment des excédents de production entraînant une chute des prix ou une offre insuffisante».

Il est impératif, renchérit-il, de «mettre en place une planification stratégique avec une approche à long terme qui dresse les problèmes structurels sous-jacents dans le secteur pour tirer pleinement parti des ressources agricoles du pays et garantir une sécurité alimentaire durable».

Assia Boucetta

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