Mustapha Abid, chercheur et historien : «Le 19 Mars est un exploit chèrement acquis»

Mustapha Abid revient dans cet entretien sur une importante halte historique marquant le 62e anniversaire du cessez-le-feu du 19 Mars 1962. Il a mis en avant le génie des négociateurs algériens qui ont obligé l’ennemi français à renoncer à son projet colonial, tout en évoquant au passage les multiples défis que l’Algérie avait affrontés juste après le recouvrement de son entière souveraineté.

 

Le 19 Mars incarne l’entame d’une nouvelle ère. Qui sont-ils les bâtisseurs de cet exploit historique et quelles sont les principales étapes ayant contribué au recouvrement de la souveraineté du pays ?

Depuis le déclenchement de la Révolution nationale, le 1er novembre 1954, l’Algérie s’est engagée sur divers fronts que ce soit politique, militaire ou diplomatique pour arracher son indépendance. Elle a affronté avec tous les moyens la politique française qui s’est caractérisée par la violence et l’oppression.

Les généraux français issus des plus vieilles écoles de guerre et l’Otan se sont ralliés pour mettre à genoux l’Algérie déterminée plus que jamais à en finir avec cette colonisation qui n’a que trop duré, mais l’Armée de libération nationale a su riposter par des actions bien planifiées au niveau de toutes les régions du pays dans le but d’anéantir, coûte que coûte, ce projet colonial. Elle a commencé d’abord par internationaliser la cause algérienne. L’occupant a été donc obligé de se soumettre aux négociations pour permettre à l’Algérie de se libérer définitivement du joug colonial. Dans une première étape, il a proposé des solutions utopiques que le FLN a rejetées en bloc. Il a compris que ce plan malsain a pour but de dissoudre la Révolution et la faire sortir de son contexte initial.

Les gouvernements français qui se sont succédé au pouvoir ont tenté de couper l’herbe sous les pieds des révolutionnaires algériens, à travers les propositions et les réformes qu’ils ont appelées «La paix des braves», «Le plan de Constantine» et tant d’autres initiatives visant à maintenir le colonialisme en Algérie sous d’autres facettes. Après cet échec cuisant, ils ont essayé aussi de porter atteinte à l’unité nationale en suggérant de séparer le Sud du reste de l’Algérie. Les Algériens se sont opposés à cette proposition et les manifestations du 17 octobre qui se sont déclenchées en France constituent une réponse à cette énième manœuvre de la politique coloniale. La France s’est vu contrainte de revenir aux négociations qui avaient commencé de 1956 à 1962 et qui ont été sanctionnées par les accords d’Evian, ayant consacré le cessez-le-feu le 19 mars.

Ainsi, une étape transitoire a commencé avec le gouvernement d’Abderrahmane Farès qui s’est engagé à bâtir un Etat moderne et à préparer le référendum du 1erjuillet 1962, dont les résultats ont été proclamés le 5 juillet, date de l’officialisation de l’indépendance algérienne. Les bâtisseurs de cet exploit historique sont les guides révolutionnaires du FLN et l’ensemble des Algériens qui ont lutté, vaille que vaille, pour que leur patrie soit libre et souveraine.

Il fallait replacer les accords d’Evian dans leur juste contexte. Ce n’était pas une mince affaire pour les négociateurs algériens…

En effet, ces négociations n’ont pas été une partie de plaisir. Les négociateurs algériens ont porté le souci de douze millions d’Algériens à l’époque. Ils ont porté le message de l’indépendance et de l’espoir, et ont tout fait pour retrouver la souveraineté complète et entière du territoire national. Grâce à leur détermination sans pareille, ils ont obligé la partie française à s’asseoir à la table des négociations et à accepter l’exigence de l’unité et de l’intégrité territoriales.

Ces hommes qui voulaient à tout prix l’indépendance de leur pays ont mené cette bataille jusqu’au bout, malgré toutes les pressions françaises, et concrétisé toutes les attentes des Algériens, à commencer par le fait d’avoir refusé l’attribution de la nationalité algérienne aux colons français.

Quels ont été les principaux défis de l’Algérie juste après le recouvrement de sa souveraineté ?

L’Algérie qui a perdu sa souveraineté depuis 132 ans a été confrontée à de nombreuses difficultés et son plus grand défi a été de retrouver tous les mécanismes de vie sur le plan diplomatique, économique et culturel. Il fallait rebâtir l’Etat et ses institutions sur des bases solides. D’où le recours à des solutions temporaires à l’époque, notamment dans le domaine de l’enseignement.

Sous la direction éclairée de ses dirigeants, l’Algérie s’est vite remise sur pied et a franchi des pas considérables qui se reflètent aujourd’hui sur le plan interne et externe. Nous devons faire comprendre à ces nouvelles générations que la souveraineté du pays a coûté cher et qu’elle a été retrouvée grâce aux révolutionnaires et aux martyrs qui se sont sacrifiés pour que leur patrie soit libre et indépendante. Les jeunes doivent préserver leur pays et le prémunir contre tous les dangers. Ils doivent s’inscrire dans la dynamique de développement national surtout que sous la conduite du président de la République, les jeunes ont une place de choix et beaucoup d’opportunités qu’ils doivent juste saisir.

L’Algérie d’aujourd’hui a fait des pas de géant et su se placer en pays leadership sur le plan international et ces acquis il faut les préserver. En ce jour commémoratif du retour de l’Algérie dans le concert des nations indépendantes, nous devons renouveler le serment aux valeureux martyrs et poursuivre la bataille de l’édification nationale.

Entretien réalisé par Aya Malak

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