Année universitaire 2023-2024 : Les réformes entreprises commencent à donner des résultats

À l’approche de la clôture de l’année universitaire 2023-2024, les établissements du secteur de l’enseignement supérieur s’apprêtent à dresser leurs bilans et à évaluer les réformes engagées. Les réformes ayant touché les activités pédagogiques commencent à donner des résultats positifs, mais elles demeurent perfectibles.
Le recteur de l’Université de Souk Ahras, le professeur Nora Moussa, fait état de plusieurs réalisations au niveau de cet établissement. «Pour la première fois, notre université a reçu trois chercheurs de notoriété mondiale dans le domaine de l’innovation. Cette rencontre a eu un impact très positif sur la mise en œuvre de l’arrêté ministériel du 27 septembre 2022 portant sur le mécanisme ‘un diplôme-une start-up», a-t-elle indiqué.
L’Université de Souk Ahras a œuvré à l’amélioration de sa visibilité et son attractivité en accueillant des étudiants étrangers dans le cadre du label ‘Study in Algeria’. «Nous avons accueilli des experts du comité régional ayant supervisé ce projet. Ainsi, notre établissement a pu décrocher une étoile. Il s’agit de faire denotre universitéune locomotive du développement économique et technologique local», soutient la responsable.Toujours sur le plan pédagogique, les différents départements de cette université ont veillé au prolongement des horaires de travail jusqu’à 22h. «Des réunions, des cours, des journées doctorales et des soutenances de thèses de doctorat ont été programmés le soir au niveau de toutes les facultés et instituts relevant de note université», signale-t-elle.
L’enseignement à distance en appoint à l’enseignement en présentiel
Pour ce qui de la consolidation de l’utilisation de la langue anglaise, le recteur souligne que l’université veille à la publication de la plupart des productions intellectuelles en anglais, outre l’ouverture de sessions de formation pour la maîtrise de cette langue au profit du corps enseignant. «Durant l’année 2023-2024, nous avons programmé cinq sessions au centre de l’enseignement intensif, en plus de la généralisation de l’utilisation de cette langue dans l’enseignement des différentes unités», poursuit-elle. Le professeur Moussa met également l’accent sur l’enseignement à distance, comme choix stratégique en appoint à l’enseignement en présentiel, saluant les efforts de la tutelle visant à renforcer les compétences des enseignants en matière d’inclusion numérique.
Du côté des représentants des étudiants, on est tout aussi optimiste. Le SG de l’Union nationale des étudiants algériens (UNEA), Abdelatif Boudiaf, juge les réformes entreprises par la tutelle de positives et tendant à améliorer la qualité de l’enseignement supérieur. «II est un peu tôt pour évaluer l’année universitaire, mais on peut dire que nous constatons, globalement, une amélioration suite à certaines décisions prises en rapport avec l’activité pédagogique», indique-t-il. Dans ce sens, le responsable précise que des modules ont été supprimés et d’autres ont été introduits par les comités pédagogiques et scientifiques.
Des cours interactifs
«Nous avons émis des propositions à ce propos pour demander la réintégration de certains modules au vu de leur importance dans la formation universitaire de l’étudiant. Nos propositions seront prises en considération dès la prochaine rentrée universitaire», fait-il savoir. Dans le même ordre d’idées, Boudiaf appelle à l’unification des programmes à travers des «cours modèles» mis en ligne. «Ces cours doivent comprendre les grands axes, et libre à l’enseignant de les dispenser selon sa propre méthode et en fonction des conditions et moyens disponibles», appuie-t-il. Aussi, l’UNEA estime nécessaire d’opter pour un enseignement hybride. «L’Etat veille à doter les établissements universitaires des moyens et équipements importants pour accueillir près de 1,8 million d’étudiants. D’où l’importance capitale de les rentabiliser et de les exploiter à bon escient en assurant un enseignement en présentiel», estime-t-il.
Pour lui, la meilleure méthode est de mettre des cours en ligne consultables par les étudiants avant de venir assister aux cours en présentiel. «Cela pourrait améliorer, significativement, la performance de l’enseignement et donner d’excellents résultats», ajoute-t-il. De même qu’il préconise d’organiser des cours interactifs en ligne, à même de permettre à l’étudiant n’ayant pas pu assister aux cours de se rattraper à travers cet espace.
Faire de l’étudiant un créateur de richesse
À propos de l’arrêté portant création de start-up, Boudiaf note un pas positif, car ce projet tend à faire de l’étudiant un créateur de richesse et d’emploi au lieu d’être un simple demandeur d’emploi. Cependant, ce projet devrait être adapté, à ses yeux, aux données socioéconomiques de chaque région du pays afin d’optimiser les possibilités de réussite des projets entrepris. «La sphère économique devrait être associée à ce projet de l’Etat afin que le tissu économique s’étende et puisse absorber le nombre considérable des diplômés. Ce qui nécessite un changement de vision pour les grandes entités économiques, qui doivent considérer les start-up comme de petites annexes pour leurs activités», suggère-t-il.
Concernant la révision du système LMD (licence-master-doctorat), le SG de l’UNEA relève que l’introduction prévue, dans certains domaines scientifiques, d’une année de tronc commun avant l’entame d’un cursus d’une licence de trois ans, vise à orienter l’étudiant de façon plus correcte. «On ajoute une année pour gagner tout un cursus universitaire et une carrière professionnelle. Je pense que c’est une proposition judicieuse», commente-t-il.
Revoir le système LMD
De son côté, le secrétaire général de l’Organisation nationale des étudiants algériens (ONEA), Farès Bendjaghlouli, estime que «le bilan de l’année universitaire en cours ne peut être dressé à 100%, puisqu’elle n’a pas été clôturée. Pour lui, le taux de réussite des étudiants sera un indicateur déterminant dans l’opération d’évaluation. Il reste que la révision du LMD s’impose, «car ce système a montré ses limites et ne pourrait répondre aux exigences de l’heure à même de placer l’Université algérienne au diapason de ses homologues de par le monde».
En ce sens, le SG de l’ONEA voit que la numérisation des activités pédagogiques a permis de faciliter la tâche des étudiants. Cependant, il signale que des défis restent à relever afin de faire des plateformes mises en service un outil numérique efficace. «Nous constatons que 90% des efforts de la tutelle sont focalisés sur les œuvres universitaires. On aimerait bien que l’on accorde autant d’intérêt à la formation pédagogique et l’encadrement des étudiants», estime-t-il.
A. Mehdid