AOM Invest ouvre la voie aux sukuk en Algérie

AOM Invest vient de franchir une étape historique dans le paysage financier algérien en ouvrant la voie aux sukuk en Algérie.
AOM Invest, déjà pionnier en tant que première PME cotée en Bourse en Algérie depuis 2018, continue d’innover sur le marché financier et la Commission d’organisation et de surveillance des opérations de Bourse (Cosob) lui a accordé son visa (référence 02-2024) pour le lancement d’une opération d’emprunt obligataire islamique, assimilée à des sukuk d’investissement. Cette initiative, une première en Algérie, a aussi reçu la validation du Haut-Conseil islamique (HCI) confirmant sa conformité aux principes de la Charia. Cette émission de titres participatifs islamiques ouvre de nouvelles perspectives pour les investisseurs intéressés par la finance islamique dans le pays.
Lever 200 millions de dinars sur une période de 5 ans
L’opération vise à lever 200 millions de dinars sur une période de cinq ans. Ces fonds seront destinés à financer le plan de développement du groupe, notamment sa filiale AOM Industry, spécialisée dans la production agroalimentaire. Les titres émis offriront une rémunération variable comprise entre 7 et 10%, indexée sur les résultats de la société. L’émission cible principalement les investisseurs professionnels, conformément à la réglementation boursière, et sera cotée en Bourse sur le marché dédié à cette catégorie d’investisseurs.
Contacté, Hichem Attar, PDG d’AOM, a indiqué que les fonds collectés «serviront à financer une usine de production de sucre bio, un produit alternatif au sucre blanc qui sera produit pour la première fois en Algérie». Il a souligné que le choix des sukuk, plutôt qu’un emprunt classique, répondait à l’engouement croissant pour la finance islamique chez les investisseurs algériens.
Suppression de l’intérêt
«Le succès de la finance islamique au niveau des banques a montré une certaine attirance des investisseurs algériens pour des produits conformes à la Charia. L’opération d’émission des titres participatifs s’inscrit dans cette tendance, d’autant qu’à ce jour, il n’y a eu aucune émission de titres conformes aux principes de la finance islamique sur le marché financier», a expliqué Attar.
Le PDG d’AOM a également mis en lumière la spécificité des titres participatifs islamiques, les décrivant comme «hybrides, à mi-chemin entre l’action, qui est un titre de capital, et l’obligation qui est un titre de créance». La nouveauté introduite par AOM consiste en «la suppression de l’intérêt, tout en gardant la partie variable de la rémunération». Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large visant à dynamiser le marché boursier algérien.
Diversification et modernisation du système financier
Attar a indiqué que le groupe envisageait déjà d’autres opérations d’émission de sukuk pour financer des projets en cours d’étude, dans l’attente de textes réglementaires spécifiques. L’obtention de ce visa est «le fruit d’un parcours de plus de sept mois, rendu possible grâce à la persévérance des dirigeants d’AOM Invest et au soutien continu du HCI, de la Banque nationale d’Algérie (BNA) et d’Al Salam Bank Algérie», a assuré Attar.
Il est important de noter qu’AOM Invest est le fruit d’un partenariat public-privé, avec 30% de son capital géré par la BNA au nom du Trésor public. Le groupe, fondé par Hichem Attar qui en est le principal actionnaire, est spécialisé dans les études, le développement et l’exploitation de projets touristiques. Cette émission de sukuk représente une avancée significative pour le marché financier algérien, offrant de nouvelles opportunités tant pour les émetteurs que pour les investisseurs. Elle pourrait ouvrir la voie à d’autres initiatives similaires, contribuant ainsi à la diversification et à la modernisation du système financier du pays.
Lyes Mechti