BRAHIM GUNEDOUZI ECONOMISTE

L'investissement dans les ressources humaines est un choix stratégique

Brahim Guendouzi économiste éclaire sur les raisons profondes ayant conduit à la création de ces nouvelles filières dans l’enseignement supérieur, dans cet entretien.

L’investissement dans les ressources humaines est un choix stratégique. C’est ce qui ressort des propos de Brahim Guendouzi pour explique, entre-autres, le choix des autorités en Algérie. En effet, de nouvelles filières et spécialités seront lancées dès la rentrée universitaire prochaine. Celle-ci sera marquée, en effet, par l’ouverture d’une École de cybersécurité à Sidi Abdellah, laquelle s’ajoutera aux prestigieuses écoles de l’intelligence artificielle, celle des mathématiques, des nanosciences et des systèmes autonomes lancés l’année précédente.

Propos recueillis par Wassila Ould Hamouda

Quelles sont, selon vous, les principales raisons qui ont poussé à la création de ces nouvelles filières dans des spécialités liées aux TIC et est-ce que ces filières répondent-elles aux besoins actuels et futurs du marché du travail en Algérie ?

La nouvelle approche de la formation supérieure en termes de spécialités et de profils s’inscrit tout d’abord dans le cadre d’une vision de long terme à laquelle l’université algérienne s’efforce d’imprimer son développement, en 1e lieu.

En 2e lieu, les évolutions majeures qui se déroulent à travers le monde tant sur les plans scientifiques et technologiques que, par rapport à diverses innovations touchant pratiquement tous les secteurs d’activités, ne laissent pas indifférents.

En 3e lieu, les besoins à satisfaire de l’appareil économique national en main d’œuvre hautement qualifiée dans des domaines d’activités liés à la digitalisation, l’intelligence artificielle, la sécurité informatique, les objets connectés, la robotique, le commerce électronique, les énergies renouvelables, etc.

Enfin, la formation de formateurs est primordiale lorsqu’on sait le manque qui caractérise certaines spécialités comme les mathématiques ou l’informatique. Aussi, la maîtrise du savoir et du savoir-faire en la matière ne pourra se faire qu’avec l’université, les grandes écoles et les centres de recherche.

Il est alors essentiel pour l’Algérie de mobiliser tout son potentiel scientifique et de recherche & développement dont elle dispose en vue de l’accompagnement des entreprises. De plus, il y a au niveau mondial un cours pour avoir les meilleurs éléments dans les spécialités recherchées que celles qui vont être créées par le ministère de l’enseignement supérieur.

 Quel impact prévoyez-vous pour les filières en économie quantitative et en informatique appliquée sur les secteurs économiques et sociaux ?

Il s’agit là de deux spécialités parmi d’autres dont le besoin des entreprises et des institutions se fait ressentir avec le développement de l’activité économique. Le processus de numérisation enclenché dans tous les secteurs nécessite efficacement une prise en charge technique et opérationnelle.

Les logiciels et autres applications informatiques ainsi que leur maîtrise sont aujourd’hui indispensables à une très grande échelle. Le développement du web et la communication à travers les divers canaux digitaux imposent le recours à une main d’œuvre de plus en plus spécialisée dans le domaine informatique.

Il en est de même pour l’économie quantitative avec l’utilisation de bases de données ainsi que les techniques statistiques, la modélisation, les simulations, les outils d’aide à la prise de décision dans l’entreprise, etc. Les impératifs de la généralisation du commerce et des paiements électroniques impose justement de nouveaux profils de formation aptes à développer et à mettre en œuvre ces activités.

Les opérateurs économiques ont été associés dans ce processus de lancement de ces nouvelles filières. Quel est l’intérêt et comment leurs collaborations peuvent-elles améliorer la qualité de la formation et l’employabilité des diplômés ?

L’ouverture de l’université sur l’environnement économique et le rapprochement des entreprises aux institutions universitaires sont aujourd’hui une condition à travers laquelle se concrétisera la réussite du développement technologique dans le pays et surtout la généralisation du processus de digitalisation dans la société.

Les nouvelles structures mises en place dans l’université et les grandes écoles comme par exemple le BLEU (Bureau de liaison entreprise-université), les incubateurs, les CDE (Centre de développement de l’entrepreneuriat), sont aujourd’hui l’interface avec les opérateurs économiques, en plus des conventions de partenariat qui sont signées, afin d’intensifier les échanges sur plusieurs aspects comme les contenus des programmes de formation, les stages, les recrutements, l’organisation de séminaires et colloques en commun, etc.

Jusqu’à une date récente, la question de l’adéquation formation-emploi a posé le problème du fait que les besoins des opérateurs économiques en termes de recrutement d’une main-d’œuvre qualifiée ne sont pas totalement satisfaits par l’appareil de formation, plus orienté vers la dimension académique.

La réforme de l’enseignement supérieur introduite par l’adoption du système LMD, censée régler cette question, ne s’est plus traduite par une amélioration de la situation. Les actions actuelles visant l’introduction de nouvelles spécialités et profils tels que l’informatique et la cybersécurité, l’économie numérique, l’intelligence artificielle, les nanosciences, … permettent justement de prendre en considération aussi bien les besoins de l’université en termes de recherches académiques que ceux des entreprises qui sont à la recherche de solutions opérationnelles.

Cette phase va certainement donner lieu à un approfondissement des liens entre les universitaires et les chefs d’entreprises, non seulement sur les profils de recrutement des diplômés, mais également dans la recherche et le développement où il y a énormément à faire en matière d’innovation et d’assimilation de nouvelles technologies.

Comment, justement, ces nouvelles filières s’intègrent-elles dans la stratégie globale de l’Algérie pour promouvoir l’innovation et la digitalisation ?

La digitalisation est devenue au centre des processus de création de valeur grâce à l’internet haut débit, le big data, la multiplication des objets connectés, la cybersécurité, etc. C’est une révolution industrielle qui est en train de se généraliser au niveau de la planète, touchant même le domaine monétaire avec les cryptomonnaies.

L’économie algérienne ne peut se permettre de rester en dehors de ce processus de digitalisation à l’échelle planétaire, au risque de se voir marginalisée dans les chaînes de valeur mondiales sources de création de richesses et d’emplois. D’où la nécessité d’aller rapidement vers l’économie de la connaissance et la mise en œuvre d’un écosystème favorable à l’innovation et au développement des start up.

Il est impératif de réaliser un saut qualitatif qui rendra les entreprises plus performantes et compétitives par rapport à la concurrence internationale. Ceci ne sera possible qu’avec l’apport décisif des compétences nationales et de l’élite en générale, pour réussir cette bataille autour de la digitalisation et ses contours nombreux et complexes. L’investissement dans les ressources humaines est à ce titre un choix stratégique.

Quelles opportunités offrent ces nouvelles filières pour les étudiants et pour l’économie nationale d’une manière générale ?

La formation supérieure est assurée pour de nouvelles spécialités qui donnent des opportunités aux nouveaux diplômés pour des recrutements immédiats ainsi que pour la progression dans leur carrière professionnelle. C’est également un aspect déterminant pour l’économie nationale que d’avoir une ressource humaine bien formée et qui répond aux besoins exprimés par le tissu économique à travers les différents secteurs et filières de la production nationale.

Les projections économiques sur le moyen et le long terme dépendront de la façon dont la formation des cadres de demain sera menée car elle est déterminante pour un pays de pouvoir assurer de lui-même son propre développement économique et social.

Comment voyez-vous donc l’évolution de l’enseignement supérieur dans les prochaines années ?

La formation de type académique reste déterminante pour le système d’enseignement supérieur, qui doit au demeurant offrir des débouchés aux diplômés. Il existe par ailleurs des institutions de formation supérieure dépendant des secteurs économiques comme l’énergie, l’industrie, la finance, l’agriculture, etc, qui contribuent à la spécialisation et au perfectionnement de leurs personnels.

La formation professionnelle apporte également les savoir-faire indispensables à l’activité économique. La mise en synergie de l’ensemble de ces formations doit constituer l’objectif principal vers lequel la convergence des acteurs est attendue pour atteindre la performance du tissu économique, lui permettant ainsi de faire face aux défis à moyen et long terme dans un monde en perpétuel changement. La contribution de la diaspora est à cet effet largement souhaitée dès lors que les contenus et profils de formation seront devenus mondialisés.

Quels autres domaines ou filières devraient être explorés pour continuer à aligner l’offre de formatrice avec les besoins économiques et technologiques du pays ?

Les profils sur lesquels il y a lieu d’orienter vers l’avenir tout le système de formation national ainsi qu’éducatif, ressortent à travers les connaissances fondamentales pour assurer notamment les mathématiques et les langues étrangères. Des spécialisations doivent ensuite être dispensées en fonction de la nature du tissu économique national.

À titre d’exemple, des besoins s’affirment dans l’industrie pharmaceutique, la mécanique, les énergies renouvelables, l’hydraulique, l’agroalimentaire et bien évidemment tout ce qui se rapporte au domaine informatique et numérique. Il en sera de même pour d’autres qualifications indispensables comme le management, les finances, le marketing digital ou encore la cybersécurité, car n’oubliant pas que les entreprises évoluent désormais dans un environnement ouvert et mondialisé.

Ouah

 

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