PR ALI KAHLANE EXPERT EN TIC
«Cette Dorsale est salvatrice à tout point de vue»

Pr Ali Kahlane expert en TIC (Technologies de l’information et de la communication) éclaire sur les enjeux du projet de la Dorsale transsaharienne à fibre optique.
Fort de son expérience à l’École militaire polytechnique (ex-ENITA), expert reconnu en transformation numérique, cybersécurité, intelligence artificielle (IA) et l’Internet des objets (IoT), Pr Kahlane analyse les défis techniques, les opportunités économiques et les perspectives futures de cette initiative ambitieuse. Le Pr Kahlane souligne l’importance cruciale de ce projet pour le développement numérique de l’Algérie et de ses voisins, tout en abordant les questions de maintenance et de sécurité dans l’environnement hostile du Sahara.
Entretien réalisé par Lyes Mechti
Comment la Dorsale transsaharienne à fibre optique bénéficiera-t-elle concrètement à l’Algérie et aux pays voisins en termes de connectivité et de développement économique ?
Le projet de la Dorsale transsaharienne à fibre optique, d’une envergure sans précédent, s’inscrit dans une dynamique de transformation numérique profonde pour l’Algérie et ses voisins sahariens. En effet, il a comme ambition de connecter des zones géographiques isolées, réduisant ainsi la fracture numérique qui pénalise le développement économique et social de la région.
Pour l’Algérie, cela signifie l’amélioration des infrastructures de télécommunications, essentielles pour soutenir les économies de l’Algérie et de la sous-région de plus en plus dépendante du numérique. Les avantages sont multiples : réduction des coûts de communication, facilitation des transactions économiques et sociales, promotion de l’innovation locale et l’essor de l’économie numérique de tous les pays couverts par cette Dorsale qui est salvatrice à tout point de vue.
Les pays voisins, comme le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Mali et la Mauritanie, bénéficieront ainsi de ces avancées, ce qui permettra une meilleure intégration régionale et une stimulation des échanges commerciaux intra-africains. Cette Dorsale constitue ainsi un pilier central pour la diversification économique, favorisant l’émergence de nouveaux secteurs d’activité, notamment dans le commerce électronique et les services financiers en ligne pour ne citer que les plus structurants.
Pouvez-vous nous décrire les principaux défis techniques associés au déploiement de ces 2.600 km de fibre optique dans l’environnement désertique du Sahara?
La réalisation de 2.600 km de fibre optique à travers le désert du Sahara représente un défi technique de taille. Les conditions climatiques extrêmes, avec des températures pouvant atteindre 50°C et des tempêtes de sable fréquentes, imposent l’utilisation de matériaux robustes et résistants. De plus, la logistique de transport et d’installation dans des régions éloignées et difficilement accessibles exige des moyens spécifiques, tels que des véhicules tout-terrain et des équipements adaptés aux terrains accidentés.
Pour minimiser les impacts environnementaux et maximiser l’efficacité opérationnelle, des technologies avancées de gestion des réseaux et de refroidissement des infrastructures devront être mises en place. La coordination avec les autorités locales est essentielle pour sécuriser les chantiers et garantir une progression fluide des travaux.
Dans quelle mesure ce projet s’intègre-t-il à la stratégie globale de développement des infrastructures numériques en Afrique?
Ce projet s’inscrit dans le cadre plus large de l’initiative du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), visant à renforcer les infrastructures numériques sur tout le continent. La Dorsale transsaharienne à fibre optique est conçue pour créer un réseau intégré de connectivité, afin de faciliter la coopération régionale et l’intégration économique.
En connectant des pays enclavés à des réseaux internationaux via nos câbles sous-marins, notamment ceux connectés à l’Espagne, cette Dorsale va améliorer l’accès à internet à très haut débit, qui est maintenant essentiel pour le développement économique et l’inclusion numérique des pays concernés. Cette initiative illustre parfaitement la capacité des pays africains à collaborer pour surmonter les défis communs et promouvoir le développement durable. Elle joue également un rôle-clé dans l’attraction des investissements étrangers et le soutien à l’innovation locale, en fournissant une infrastructure numérique moderne et fiable.
En matière de maintenance et de sécurité, quels enjeux majeurs pose une infrastructure de cette envergure dans un tel environnement?
La maintenance et la sécurité d’une telle infrastructure dans un environnement désertique posent des défis majeurs. Il est impératif de mettre en place des stratégies de maintenance préventive et curative pour garantir la pérennité de la Dorsale. Cela inclut des inspections régulières et des interventions rapides pour réparer les dommages causés par les conditions environnementales extrêmes ou d’autres facteurs.
Des technologies avancées de surveillance et de maintenance sont nécessaires pour gérer ces défis. Par exemple, des drones peuvent être utilisés pour effectuer des inspections visuelles et thermiques des lignes de fibre optique, détectant les points chauds et les zones endommagées sans nécessiter de déplacements humains dans des zones difficiles d’accès. Des capteurs IoT (internet des objets) peuvent être installés dans les stations de régénération (pour amplifier le signal), mais aussi le long de la Dorsale pour surveiller en temps réel l’intégrité de l’infrastructure et envoyer des alertes en cas de problèmes.
En matière de sécurité, des systèmes de surveillance vidéo et des alarmes sont essentiels pour prévenir le vol et le vandalisme. La collaboration avec les forces de sécurité locales est indispensable pour protéger les installations critiques. De plus, la formation des équipes locales à la maintenance et à la gestion de la sécurité de l’infrastructure est indispensable pour garantir une réponse rapide et efficace aux incidents. En outre, l’utilisation de logiciels avancés de gestion des actifs et de la maintenance permet d’optimiser les opérations et de minimiser les temps d’arrêt.
Une fois opérationnelle, quelles perspectives d’extension ou d’amélioration envisagez-vous pour cette Dorsale à l’avenir?
Une fois opérationnelle, la Dorsale transsaharienne à fibre optique offre de nombreuses perspectives d’extension et d’amélioration. A long terme, le réseau pourrait être étendu pour inclure d’autres pays africains, augmentant ainsi sa portée et son impact. Cela permettrait de créer un réseau de connectivité plus vaste, facilitant ainsi l’intégration économique et sociale pourquoi pas à l’échelle continentale.
Des améliorations technologiques sont également envisageables. Par exemple, l’augmentation de la capacité de la bande passante pour répondre à la demande croissante en services numériques et la mise à jour des technologies de transmission pour offrir des vitesses de connexion encore plus rapides. En outre, l’intégration de technologies de pointe comme la 5G et l’IoT peut améliorer la performance et l’efficacité du réseau.
Le projet peut également servir de modèle pour d’autres initiatives similaires à travers le continent, encourageant les investissements dans les infrastructures numériques et soutenant le développement d’une économie numérique en Afrique. La mise en place de centres de données régionaux (data centers) et de plateformes d’administration électronique est une autre perspective d’amélioration, facilitant la gestion des services publics et privés et soutenant l’innovation dans divers secteurs économiques.
L. M.