Tbal et ghaïta un genre musical maintenu en Algérie

Tbal et ghaïta est un genre musical qui se maintient en Algérie. Peu de travaux ont été réalisé sur cette musique traditionnelle mais la relève est assurée.
Avant l’apparition des chanteurs dans des cercles urbains et restreints et celle, plus récente, des DJ, ils étaient seuls à animer les fêtes. Leur présence était un signe de fortune pour ceux qui, une fête sans ces hommes, avaient moins de valeur et risquait d’être vite oubliée. Ce sont les joueurs de tbal et de ghaïta qui, en Kabylie et ailleurs à travers le pays égayent les fêtes de mariage et de circoncision.
Tbal et ghaïta dans différentes villes de l’Algérie
Les Rahabas dans les Aurés et les joueurs de zorna, à Alger ou à Constantine ou les Aïssaoua qui relèvent du même genre avec d’autres instruments, gestuelles et dénominations ont maintenu vivace une vieille expression musicale qui par endroits semble désormais renaître.
En ville et dans les villages ces hommes vivent parmi les autres. Ils peuvent être maçons, coiffeurs, chômeurs ou éboueurs. «Mais quand arrive l’été on ressort nos tenues d’apparat et on travaille sans relâche», raconte Saïd qui vit à Ighomrassen, pas loin de la localité des Issers réputée pour le nombre élevé de troupes qui ne chôment pas durant la saison estivale.
Aux origines de tbal et ghaïta
Peu de travaux de recherches en ethnomusicologie ont été consacrés à cette forme de musique traditionnelle. Hormis quelques écrits de M’hena Mahfoufi et des articles disséminés dans des journaux et revues, mais le tbal semble être lié à la présence ottomane. C’était une sorte de fanfare dont s’accompagnaient les militaires en campagne. Si le luth est fréquent dans les orchestres de musique arabo-andalouse l’usage de la guitare, du banjo, ou de l’accordéon est le produit du contact avec les Espagnols et plus tard les Français.
Dans la région de Kabylie où «Ithabelene» font partie du folklore, on s’accorde à dire qu’il existe principalement 2 styles. L’un «Tawassift» est très répandu dans sa partie occidentale et «Taâbasit» qui se réfère, de manière explicite, à la tribu des Ith Abbas établie sur la rive droite de la Soummam. Ce style qui se caractérise par l’utilisation d’un bendir est en vogue dans la partie de la Grande Kabylie (Azazga, Yakouren, Bouzeguene), jusqu’à Ath Ouartilane et Ath Yala dans la wilaya de Sétif.

Les figures du tbal et ghaïta
Si des noms comme celui de Kaci Abudrar à qui un documentaire fut consacré sont relativement connus d’autres ont un talent certain, mais une audience limitée. Le fameux Saïd Ulamara immortalisé par Idir dans son dernier album et Boualem Chaker en fait partie. C’était en tout cas une musique populaire par excellence. Il suffit pour cela d’écouter le célèbre «Allo tricité» de cheikh Nourredine popularisée par Mohamed Allaoua pour la découvrir. Enregistrée en 1939 on n’y entend que la voix de l’artiste et la ghaïta. Pour la petite histoire celui qui sera chanteur et comédien était surnommé «tambour» pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ali sexagénaires se souvient. «C’était presque l’unique distraction dans notre région de Boghni. Il y avait toujours avec les «tbabla» un homme qui s’occupait en fait de circoncision», raconte-t-il avant d’évoquer les pas de danse d’un membre de la troupe et sa déclamation de poèmes et de bénédictions à l’adresse de «Vav thmaghra» «Moulel aars» et de ses invités.
«La belle parole et la rhétorique étaient encore très appréciées par leurs adeptes», poursuit Ali qui n’a rien oublié de ces nuits à la belle étoile quand un tambourinaire acrobate jouait de son instrument avec habilité. De nos jours, il n’est pas rare de tomber aux abords d’une salle de fêtes sur une troupe entourée d’hommes ou d’ados qui dansent sans retenue.
Des cafés aux réseaux sociaux
Bilal qui s’intéresse de près au genre fait remarquer en riant que les troupes ne donnent plus rendez-vous dans des cafés où l’on venait les chercher pour réserver une date. «Ils sont maintenant sur les réseaux sociaux et s’ exposent», dit-il. Selon lui, les prix varient de 35.000 à 60.000 dinars en fonction de la notoriété de la troupe. «Cela dépend s’ils vont juste accompagner le cortège qui ramènera la mariée ou jouer en soirée», explique-t-il.
Une question fuse enfin d’elle-même. Y-a-t-il une relève? Dans beaucoup de localités des jeunes par goût, par passion ou pour maintenir une tradition familiale ont formé des troupes. On retrouve même parfois des reconversions insolites comme celle de cet enseignant qui a attendu sa retraite pour se découvrir une passion tardive pour le tbal, ou de cet infirmier qui joue, pendant ses jours de congé, la ghaïta. «Ne dit-on pas que la musique guérit aussi?»
Depuis le temps que les sons des tambours et les plaintes des ghaïta accompagnent les moments de joie et de relâchement, il est difficile de le contrarier. Le danger, confie Billal qui prépare un documentaire sur le sujet, «est dans la disparition de rites, d’airs et de rythmes». Il ne s’en alarme pas pour autant. Selon lui, en Turquie on a même introduit de nouveaux instruments dans les troupes pour s’adapter au vent de la modernité.
Samira Bélabed