Disponibilité des produits halieutiques

La disponibilité des produits halieutiques, en particulier la sardine, se réduit en période de repos. La pêche artisanale est une sources d’approvisionnement alternative.
Les produits halieutiques, en particulier la sardine, restent chers pour le commun des des citoyens. Des efforts sont consentis par les pouvoirs publics pour répondre aux besoins nationaux en matière de disponibilité et d’accès à ces produits mais les prix sont excessifs et souvent hors de portée des petites bourses.
La pêche sélective
Interrogé sur l’origine de ces petits pélagiques en cette période de repos biologique, le directeur de la Pêche et des Productions halieutiques de la wilaya de Boumerdès, Chérif Kader, indique que «ces produits sont frais et proviennent directement de l’activité de pêche. Il est évident que nous sommes toujours en période de repos biologique des espèces marines.
Toutefois, certaines embarcations sont autorisées à pêcher dans les zones concernées par la fermeture saisonnière. De fait, la pêche artisanale exercée par des centaines de pêcheurs dans les zones avoisinantes des ports est une source d’approvisionnement en produits de mer. C’est une pêche sélective et ne porte pas préjudice à la faune marine», explique-t-il.
Une baisse de production halieutique de 20% au 1e semestre 2024
À ce propos, Chérif Kader souligne la baisse de la production halieutique ces derniers temps due essentiellement au réchauffement climatique. «Une baisse de 20% est enregistrée au 1e semestre de cette année d’où la hausse des prix de la sardine et autres produits de la mer. L’ouverture, au mois d’octobre prochain de la période de pêche après le repos biologique, enregistrera peut-être une bonne production halieutique, notamment des petits pélagiques», explique-t-il.
Dans ce sillage, il fait savoir que la pêche à la «palangrotte» des petits métiers participe à augmenter les quantités de poissons mises sur le marché et leur disponibilité. «Durant le repos biologique, les grands chalutiers sont bloqués au port et d’autres activent hors de la zone identifiée, les pêcheurs artisanaux remplacent le manque tout en préservant d’autres espèces de fond qui se reproduisent. Les produits proviennent également de l’aquaculture continentale ou en mer», ajoute encore le responsable.
Zebdi propose l’importation des produits halieutiques
Pour sa part, le président de l’Association de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (APOCE), Mustapha Zebdi, fait savoir que les produits de la mer, qui sont commercialisés durant la période de repos biologique, sont issus de l’aquaculture et de la pêche artisanale. «Il n’existe pas un stock de produits halieutiques comme cela se fait par exemple pour le blé».
Cet été, poursuit Zebdi, «le kilo de la sardine n’est pas descendu de 1.000 DA, un prix excessif au vu de la météorologie clémente en été pour la pêche. Il faut noter que les professionnels de la pêche n’ont pas autant de frais que les éleveurs. Mais cette augmentation vertigineuse de la sardine en particulier est causée par la baisse de l’offre. Nos eaux sont pauvres en faune marine, ce qui fait augmenter les prix. La crevette atteint des prix record», relève.
S’agissant des alternatives pour réguler le marché et permettre ainsi aux consommateurs d’accéder à cet aliment riche en omégas 3 pour la santé, Zebdi propose le recours à l’importation de la sardine, dont les prix sont très bas sur le marché international. «Cette démarche a été déjà faite en mars dernier et durant le mois de Ramadhan. Ce serait essentiel pour augmenter l’offre et baisser les prix. La Mauritanie est un grand producteur des produits de mer. Pourquoi ne pas recourir à ce pays dans le cadre des échanges commerciaux surtout pour la population des wilayas du Sud», suggère-t-il.
Déception des vendeurs et des consommateurs
Pour en savoir plus sur le marché des produits halieutiques, une tournée dans les Pêcheries d’Alger et de Boumerdès s’impose. Après discussions avec des commerçants et des clients, un constat est vite fait, une baisse importante de l’offre et une demande encore plus insignifiante.
À la Pêcherie d’Alger, les clients se font rares. Les vendeurs scrutent l’horizon pour apercevoir un éventuel acheteur. Exposant une sardine fraîchement débarquée, Ali se plaint de la stagnation du marché. «La sardine est cédée à 1.000 DA le kilo, les anchois à 900 DA. Pour les autres pièces, les prix varient entre 1.500 et 2.000 DA. Sincèrement, nous n’y sommes pour rien dans cette flambée des prix, l’offre est réduite pour différentes raisons selon les pêcheurs», soutient-il.
Certains poissons et crustacés sont devenus vraiment des produits de luxe
Selon un père de famille, rencontré au marché de Réghaia, debout devant un étal, demandant les prix des crevettes, sardines, merlans, «avec mon salaire modeste, je ne risque même pas d’acheter un kilo de sardine. Certains poissons et crustacés sont devenus vraiment des produits de luxe. La sardine est proposée à 1.200 DA le kilo, la crevette à plus de 2.000 DA, le rouget entre 1.800 DA et 2.000 DA, sans citer les autres. Où va-t-on avec ces prix ?», s’interroge-t-il ? Face à une pareille situation, il repart bredouille.
Les causes de la flambée, selon un marin pêcheur au port de Zemmouri, wilaya de Boumerdès, sont multiples. «Je cite la désorganisation de la filière et le manque d’investissements. Notre flotte est dans sa majorité vieille. Il faut acquérir de nouvelles embarcations de gros tonnage avec un équipement moderne pour pouvoir pratiquer la pêche au large et dans les eaux internationales. Nous avons certes des propriétaires de bateaux modernes et équipés, mais ils ne sont pas nombreux», explique notre interlocuteur.
S’agissant de la période de repos biologique des espèces marines, il fait remarquer que cela n’influe en rien sur la production. «La mer est vaste. La zone de repos biologique est déterminée et bien connue des professionnels. Il ne faut pas s’y risquer parce qu’elle est surveillée et contrôlée par les garde-côtes. Mais d’autres alternatives s’offrent à nous, comme la pêche en dehors de cette partie. Il y va de la durabilité de la faune marine et de notre activité, notre gagne-pain», insiste-t-il.
Karima Dehiles