Mostaganem, ça laboure à plein régime

Mostaganem, ça laboure à plein régime la pomme de terre d’arrière-saison et de saison. Contrairement à la plupart des régions qui réalisent 2 récoltes par an, Mostaganem s’en distingue par 3.

Un atout vernaculaire chèrement et jalousement conservé par les agriculteurs des localités réputées par leur productivité élevée, à l’image de Hassi Mamèche, Aïn Nouissy Bouguirat, Sirat, avec un rendement moyen estimé entre 300 et 350 quintaux à l’hectare pour la production de saison et entre 200 et 250 pour la récolte d’arrière-saison.

Souaflia se lance dans la plantation de pomme de terre pour 2025

La commune de Souaflia est aussi une importance région de production. Ici, des ouvriers  agricoles, saisonniers et permanents, font corps…avec la terre. Ils sont arrivés aux champs bien avant le lever du soleil pour bien démarrer une bonne journée de travail. Il fait beau. Il ne fait ni froid ni chaud. Ils font leur travail avec une précision qui n’exclut nullement l’admiration et le respect. Qui pour enterrer les pommes de terre, qui pour déterrer le tubercule, et tout se fait dans une ambiance de travail harmonieuse et motivante.

En plus de la cueillette de la pomme de terre pour l’année agricole 2024 qui touche à sa fin, la commune se lance de plain-pied dans la plantation de pomme de terre de saison 2025. Cette dernière atteindra sa vitesse de croisière dans les jours qui viennent, à la réception des semences. Dans les champs, l’opération de semis s’accélère. Les ouvriers du sol entrent en pleine mobilisation.

Électricité, forage, pistes agricoles…

Mohammad Bendhahiba  exploite une exploitation de 10 ha. Il cultive surtout la pomme de terre spunta, une variété d’origine néerlandaise, aux tubercules à peau jaune de grande taille et de forme allongée, d’utilisation assez polyvalente en cuisine. Il a affirmé que son objectif est d’étendre à 25 ha la superficie cultivée et accroître la productivité. Sa production d’arrière-saison connaît des rendements variant entre 200 et 250 q à l’hectare.  Seulement, il a estimé indispensable de lever certaines entraves techniques et non techniques pour exploiter tout le potentiel productif de l’exploitation.

Quels sont les contraintes? L’agriculteur énumère surtout  l’impraticabilité des pistes agricoles, le non-raccordement au réseau électrique, le manque d’eau et d’accompagnement technique pour faire évoluer les pratiques agricoles, la cherté de la semence et  des traitements phytosanitaires de plus en plus coûteux. Il a estimé essentiel de réaliser plus de forages, condition sine qua non pour la survie de sa ferme.

Précision: la réalisation de forages ou de puits est réglementée afin de garantir la qualité et la quantité des ressources en eaux souterraines. L’agriculteur a besoin d’une autorisation de l’administration pour réaliser un forage lié à l’activité agricole. Sur ce, notre interlocuteur fait savoir qu’il a déjà sollicité les services compétents, en vain. «Toutes nos demandes dans ce sens sont restées lettre morte», dit-il. Selon les chiffres récents du ministère de l’Agriculture, la wilaya de Mostaganem a atteint  en matière de raccordement au réseau électrique, 90% de ses objectifs. Rappelons que 40.742 exploitations agricoles sont raccordées, 16.188 en cours de raccordement et 8.327 autres sont en phase de lancement.

Semence et engrais, les prix de la colère et de l’espoir

La semence et les engrais suscitent à la fois colère et espoir chez les agriculteurs. Ces derniers sont contrariés par la flambée des prix de la semence.  Ils gardent cependant espoir quant à la possibilité de voir ces derniers baisser à l’avenir. En attendant, nous entendons constamment dans la bouche des exploitants un seul mot : cherté. Ils estiment que malgré les aides multiples de l’État, la semence est «excessivement chère» avec des prix oscillant entre 230 et 470 DA/kg, selon la variété.

«Non seulement elles sont chères, mais parfois de qualité douteuse», alerte un producteur. Il en est de même pour les engrais. Qu’est-ce qui ne va pas? L’exploitant a évoqué le NPK, spécialement formulé pour les pommes de terre. Il reconnait que ce dernier est proposé cette année à un prix moins élevé que la saison dernière, mais
de «moins bonne qualité».

Ils expliqueront: «Le prix a baissé à 14.000 DA après avoir été de 23.000 DA l’année dernière. Or, la substance a perdu en qualité et d’autres facteurs sont entrés en jeu et certains composants manquaient. Cela  entraînera une baisse des rendements et donc des revenus agricoles», a-t-il expliqué. Il convient de préciser dans ce sens que le soutien accordé par l’État aux agriculteurs pour l’accroissement de la production est marqué, notamment, par la prise en charge, par le Trésor public, de 50% des charges relatives à l’acquisition des engrais et le soutien direct comprenant les semences et le stockage de la production dans les chambres de réfrigération et autres formes de mesures incitatives.

Des ouvriers en quête de régularisation

Abdellah Adjel cultive une exploitation de 16 ha relevant des services des forêts. Il emploie 6  ouvriers permanents et une dizaine de saisonniers. Il a fait état de ses «déboires interminables et qui s’accumulent». L’exploitant ne détient pas de papiers ni de carte d’agriculteur. Mais cela ne l’a pas empêché de labourer la terre, sa terre, «cette mère loyale qui ne déçoit jamais, qui ne fait jamais défaut», a-t-il dit.

«Concernant l’énergie électrique, mon exploitation est alimentée à partir d’une habitation voisine. Cela me coûte excessivement cher. Récemment, j’ai reçu une facture d’un montant de 33 millions de centimes», a-t-il regretté. Mais malgré ça, il ne compte pas courber l’échine. Au contraire, «j’assure également la rotation des cultures pour enrichir le sol. Il s’agit d’alterner avec des petits pois, entre autres», a-t-il souligné.

Selon lui, réussir la culture de pomme de terre nécessite un savoir-faire et une connaissance des pratiques hygiéniques. Il explique qu’il choisit des variétés en fonction de l’usage et des conditions climatiques, indiquant que la culture nécessite des sols bien drainés et une température adéquate. Il n’a pas manqué de souligner le nécessaire de vérifier l’état des tubercules et de procéder à un tri afin d’éliminer la semence malade.

Assurer un suivi permanent

L’agriculteur a ajouté qu’il faut prendre en ligne de compte la préparation du sol, connaître les techniques de la plantation, la gestion de l’irrigation avec l’application de la bonne quantité d’eau au bon moment en fonction des besoins des plantes. Il s’agit aussi d’assurer un suivi permanent afin de lutter contre les maladies et les ravageurs. Pour ce qui est de la récolte, il a indiqué qu’elle se fait quelques mois après la plantation et nécessite une main-d’œuvre importante.

Ghandez Baghdad est un autre exploitant. Il est surtout remonté contre les coûts élevés de la production, à la limite de l’insupportable. Il a évoqué, notamment, les intrants et la semence, mais aussi les prix de la location des terres agricoles. Le producteur a loué pour 100.000 DA par hectare son exploitation. Il compte lancer la production de pomme de terre saisonnière d’ici sous peu. Il attend juste l’arrivée de la semence qui ne saurait tarder et compte y cultiver entre 17 et 20 ha.

Le semoir, un outil de précision

Notre interlocuteur a rappelé qu’il a dû se passer de la production de la pomme de terre d’arrière-saison (cherté de la semence et des intrants). Selon lui, la semence fermière, une variété issue des mises en culture par un agriculteur, que celui-ci sélectionne et multiplie, dans le but d’ensemencer ses champs pour la mise en culture suivante, manque sur le marché.

À Bouguirat, plus précisément au niveau de l’exploitation, Bouiche Abdelarbi et Ziar Omar, les choses sérieuses commencent pour les semis pour la pomme de terre de saison. Un jeune agriculteur dépose la semence de pomme de terre. Il s’est équipé d’un semoir attelé au tracteur. Celui-ci joue un rôle essentiel dans le processus de semis des cultures dans le domaine de l’agriculture moderne. Cet outil de semis «permet aux agriculteurs de planter les graines avec précision et efficacité, garantissant ainsi une croissance optimale des cultures», nous a-t-on expliqué sur place.

La problématique de location 

Des agriculteurs louent, sans aucun contrat notarié, des exploitations pour produire. Un sérieux handicap, puisque cela les rend inéligibles aux  multiples aides de l’État. «Nous ne pouvons pas aider des gens qui ne possèdent pas de papiers. Mais le problème de la location sera résolu», a déclaré le directeur des services agricoles de la wilaya, Hadj Rachid Benassar. Aujourd’hui, les producteurs demandent à ce que l’État prenne en charge ce problème pour le bien de la production. El là, il faut souligner que dans le cadre de l’opération de recensement général de l’agriculture, ces derniers ont été bel et bien recensés.

Actuellement, le ministère de l’Agriculture s’emploie à préparer la mise en place d’une attestation  de recensement agricole  au profit des agriculteurs recensés. Ceux qui n’ont pas de carte d’agriculteur et qui travaillent par le biais de la location vont bénéficier d’une attestation de recensement. Celle-ci fera office  d’un document officiel prouvant les activités de chaque professionnel du secteur.

Ces derniers pourront bénéficier des avantages que leur confère la régularisation de leur situation auprès du ministère. Le président de la République a déclaré, mardi dernier à Alger que le dossier du foncier agricole sera définitivement clos avant la fin de l’année 2025. Le credo est clair: «La terre appartient à ceux qui la cultivent», de quoi rendre le sourire aux véritables producteurs.

Commercialisation en circuit court et reconversion professionnelle

Mohamedi Bendhabia  a expliqué que son plan commercial consiste à vendre en circuit court. «La commercialisation des pommes de terre se fait à travers 2 canaux. J’applique une vente directe à la ferme sans la présence d’intermédiaire ou bien  j’assure moi-même l’acheminement du produit vers les marchés de  gros»,
a-t-il indiqué. À la ferme, le tubercule est cédé  entre  55 et 60 DA. Il a soutenu que le prix couvre tout juste les coûts  de production devenus excessifs avec la cherté de la semence, les engrais et autres intrants. «La culture de la pomme de terre est une affaire complexe.  Les coûts de production sont en hausse. Pour les agriculteurs, les prix ne doivent pas se verser dans des proportions ruineuses», a-t-il souligné.

Le producteur  a regretté  que des agriculteurs, affaiblis par l’inflation et le manque à gagner, arrêtent leur  activité alors que d’autres exploitants s’apprêtent  à s’engager dans de nouvelles voies, plus rentables. «Le phénomène de l’abandon  inquiète tout le secteur et menace la production. Si ça continue, ça va être difficile d’ici quelques années», rapporte-t-il. Il fait savoir que «des agriculteurs, confrontés à l’effondrement de leurs revenus, auraient abandonné la pomme de terre l’année dernière alors que certains s’orientent vers d’autres productions, à l’image des petits pois, la tomate et les haricots verts», a-t-il constaté.

Responsable par intérim de la subdivision agricole de la daïra de Bouguirat, Bentayeb Charef insiste sur l’accompagnement de l’État pour aider ces agriculteurs à retrouver goût à cultiver la pomme de terre, soulignant l’importance  de les encourager et indemniser ceux ayant subi des pertes.

Amokrane H.

 

 

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