YAZID BENMOUHOUB DG DE LA BOURSE D’ALGER
Accompagnement des projets d'étudiants de l’incubation à la cotation

Yazid Benmouhoub, DG de la Bourse d’Alger, explique la vision de son institution dans l’accompagnement des projets d’étudiants de l’incubation à la cotation en collaboration avec l’ASF.
La Bourse d’Alger ouvre grand ses portes aux start up et aux jeunes entreprises innovantes. Dans cet entretien, Yazid Benmouhoub, Directeur général de la Bourse d’Alger, détaille les nouvelles mesures mises en place pour faciliter l’accès au financement boursier aux étudiants porteurs de projets. Depuis janvier 2024, le « marché de la croissance » (anciennement marché des PME) accueille les entreprises dont la capitalisation est inférieure à 5 milliards de dinars, avec un seuil minimal de financement fixé à 10 millions DA.
Un programme ambitieux d’accompagnement des startups issues des universités est également déployé, en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie globale visant à créer un écosystème favorable à l’innovation, où les projets technologiques prometteurs pourront trouver les financements nécessaires à leur développement. Benmouhoub souligne toutefois l’importance de la rentabilité et de la viabilité des projets comme critères essentiels pour séduire les investisseurs, la Bourse jouant son rôle de plateforme de mise en relation entre entrepreneurs et investisseurs.
Entretien réalisé par Lyes Mechti
Quels sont les mécanismes concrets de financement que la Bourse d’Alger compte mettre en place pour soutenir les projets étudiants?
Il est important de noter que depuis le début de l’année, les conditions d’accès à la Bourse ont été modifiées, particulièrement pour le segment anciennement appelé « marché des petits et moyennes d’entreprise« , créé en 2012, et désormais rebaptisé « marché de la croissance« . Les conditions d’accès ont été simplifiées, permettant aux entreprises, qu’il s’agisse de PME, de startups ou autres, d’accéder à ce segment si leur capitalisation boursière est inférieure à 5 milliards DA et que le projet à financer vaut plus de 10 millions DA, soit 1 milliard de centimes.
Pour les étudiants déjà incubés par les universités ou leurs incubateurs, la Bourse d’Alger prévoit, avec le soutien du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, de mettre en place un programme d’accompagnement et de formation. Ce programme vise à détecter les meilleures startups qui pourraient bénéficier d’un financement, initialement par l’intermédiaire de l’Algeria Start up Fund (ASF) ou d’autres fonds d’investissement.
Dans une seconde étape, lorsque le fonds arrivera à échéance, ces startups pourront être accueillies sur le marché boursier pour une cotation. Il est important de souligner que ces projets étudiants sont d’abord incubés au niveau des universités et peuvent bénéficier d’une labellisation par le ministère des startups, de l’économie de la connaissance et des petites entreprises, ce qui constitue une base solide pour ces idées et projets innovants.
Le processus d’incubation, suivi éventuellement par le passage dans des accélérateurs, permet aux étudiants de structurer professionnellement leur business, de développer leur business model, et de réaliser les études de marché nécessaires. Lorsque des financements importants seront requis ou souhaités par l’entreprise, la Bourse d’Alger interviendra soit pour les orienter vers la bourse, soit pour les accompagner en trouvant d’autres sources de financement, comme les fonds d’investissement ou le crowdfunding pour les sommes à lever ne dépassant pas 20 millions DA.
Quels sont les critères de sélection qui seront appliqués pour identifier les projets étudiants les plus prometteurs?
La sélection des projets s’effectuera selon un programme structuré dont les contours et les critères d’évaluation seront précisément définis pour identifier les projets les plus prometteurs. Au-delà des incubateurs universitaires, d’autres structures comme le FinLab, créé en partenariat avec les assureurs, contribueront également à l’identification des projets à fort potentiel. L’objectif est de mobiliser et de coordonner l’ensemble de l’écosystème start up pour offrir aux entreprises sélectionnées les moyens nécessaires à leur développement rapide et durable.
Quel volume d’introduction en bourse de start up universitaire visez-vous dans les cinq prochaines années?
Le marché accueille favorablement toutes les entreprises, et une participation nombreuse est considérée comme un atout majeur. L’enjeu principal réside dans l’identification des projets, entreprises ou startups susceptibles de répondre aux exigences du marché. Etant donné le taux de mortalité particulièrement élevé dans le secteur des startups, la lutte pour la survie représente un défi considérable pour les entrepreneurs innovants. Néanmoins, un accompagnement sera assuré, conformément au cadre réglementaire, que ce soit sous forme de formation ou de solutions de financement adaptées.
Quelles mesures spécifiques seront mises en place pour faciliter la transition des projets académiques vers le marché boursier?
La réponse à cette question se trouve probablement au sein des universités elles-mêmes, qui disposent désormais de centres d’incubation et de filières spécialisées, créant ainsi une véritable dynamique entrepreneuriale. Le ministère de l’Enseignement supérieur joue un rôle crucial en établissant les conditions nécessaires pour faciliter la transition des projets académiques vers l’entrepreneuriat, puis vers le financement.
Ce processus comporte plusieurs étapes, la première étant de rendre le projet viable et rentable, afin d’attirer l’intérêt des investisseurs. Il est important de souligner que la Bourse n’est pas une institution de crédit comme une banque ou un établissement financier. Elle fonctionne plutôt comme une plateforme, un marché qui met en relation les entreprises, qu’il s’agisse de start up ou d’autres types d’entreprises, ayant besoin de financement, avec des investisseurs potentiels. Ces derniers sont principalement motivés par l’aspect pécuniaire, cherchant à réaliser des gains financiers à travers leurs investissements en Bourse.
Ainsi, pour qu’une start up ou une entreprise ait de réelles chances de réussir son introduction en Bourse, il est essentiel que son projet démontre une rentabilité attractive et que ses indicateurs financiers soient prometteurs. Ce n’est qu’à ces conditions que les investisseurs seront enclins à soutenir le projet, permettant ainsi à l’entreprise de mener à bien son processus d’introduction boursière.
Quel secteur d’activité considérez-vous comme prioritaire pour les futures introductions en bourse de start up?
Une start up se caractérise avant tout par sa dimension technologique, qui peut s’appliquer à divers domaines spécialisés comme l’Agritech, la fintech, l’insurtech, ou autres. Aucun secteur n’est privilégié par rapport à un autre. L’élément déterminant réside dans la rentabilité et la viabilité du projet, ainsi que dans sa capacité à exploiter la technologie de manière innovante dans son secteur d’application.
Le projet doit être suffisamment disruptif pour permettre à la start up de se développer rapidement et potentiellement de s’étendre sur les marchés internationaux. La nature du secteur d’activité n’est donc pas un critère discriminant dans l’évaluation des projets.
Quels sont les objectifs chiffrés en termes de levée de fonds pour les start up universitaires?
Pour la Bourse d’Alger, il n’y a pas de distinction entre une start up issue de l’université et une start-up provenant d’ailleurs. L’essence même d’une start-up réside dans son utilisation de la technologie et dans l’innovation qu’elle apporte, indépendamment de son origine.
Concernant les objectifs chiffrés pour les levées de fonds, ils sont directement liés aux conditions d’accès au marché. Pour le marché de la croissance, qui est destiné à accueillir ces start up, le montant minimal à lever est fixé à 10 millions DA.
Il est important de noter qu’il n’y a pas de plafond imposé pour ces levées de fonds. Un avantage significatif de ce marché est qu’il n’exige pas de garanties particulières, telles que des sûretés réelles comme des hypothèques ou des cautions. La responsabilité incombe aux fondateurs de la start up de démontrer la viabilité de leur projet et d’illustrer le potentiel de croissance (scalabilité, ndlr) de leur entreprise dans son domaine d’activité spécifique.
Quelles adaptations réglementaires sont prévues pour faciliter l’accès des jeunes entreprises innovantes au marché boursier?
Les modifications réglementaires mises en place en décembre 2023, avec une application effective depuis janvier 2024, ont considérablement assoupli les conditions d’accès au marché boursier. Désormais, toute entreprise dont la capitalisation est inférieure à 5 milliards de dinars peut envisager une levée de fonds en Bourse, particulièrement pour les projets dépassant 10 millions DA.
Cette flexibilité réglementaire crée un environnement favorable permettant aux jeunes entreprises de tenter l’aventure boursière. Néanmoins, il convient d’adopter une approche réaliste : une start-up en phase de démarrage ne peut pas accéder directement au marché boursier, les investisseurs se montrant naturellement prudents face aux entreprises naissantes.
En revanche, une start up qui démontre déjà sa rentabilité, qui prouve l’existence d’un marché potentiel et qui présente un business plan et un modèle économique viables, pourra être évaluée par le marché pour déterminer sa capacité à lever des fonds.
Les autorités s’engagent à veiller à ce que les startups présentées sur le marché remplissent toutes les conditions nécessaires pour garantir le succès de leur opération d’ouverture de capital. Cette démarche vise à assurer la solidité et la crédibilité des entreprises qui se lancent en bourse.
L. M.