Ferme Benseghir, un succès au goût d’olive

La Ferme Benseghir est un succès au goût d’olive dans la wilaya de Mila, dans l’Est algérien. L’oléiculture est un héritage familial transmis de génération en génération.
Mohamed Benseghir incarne la réussite d’un entrepreneur algérien qui a su transformer sa passion familiale en une success-story internationale. Cet homme de 69 ans, originaire de Jijel, a bâti un véritable empire oléicole qui rayonne aujourd’hui jusqu’en Europe.
La production oscille entre 300 et 1.000 quintaux par an
Sur les hauteurs de Sidi Merouane, à une quinzaine de kilomètres de Mila, s’étend sa ferme de 20 hectares, créée en 2010, où prospèrent aujourd’hui 3.500 oliviers. Avant de se consacrer à l’oléiculture, Mohamed Benseghir dirigeait une entreprise de réalisation et une autre spécialisée dans le marbre. Mais comme il aime à le dire, « l’oléiculture est une activité qui existe dans ma famille de père en fils« .
Son exploitation se distingue par son engagement envers une production exclusivement biologique, évitant presque totalement l’usage d’engrais et de pesticides. La production annuelle oscille entre 300 et 1.000 quintaux, au gré des caprices climatiques. Fidèle aux traditions tout en embrassant la modernité, il a mécanisé la récolte des olives.
Le marché français conquis
La qualité exceptionnelle de son huile d’olive extra vierge lui a permis de conquérir le marché français, où il exporte pas moins de 10.000 litres par an. Cette réussite n’est pas le fruit du hasard: son huile affiche un taux d’acidité remarquablement bas de 0,16%. Sa marque « Kotama » s’est imposée non seulement en France, mais aussi en Belgique et en Angleterre.
Membre du Conseil interprofessionnel de l’oléiculture de Mila, Mohamed Benseghir reste profondément attaché aux variétés traditionnelles algériennes. Il défend avec passion la préservation du Chemlal et de la Sigoise, refusant d’introduire des variétés étrangères dans son exploitation. Sa ferme, qui a récemment accueilli le wali de Mila pour le lancement officiel de la saison de récolte 2024-2025, témoigne de son statut d’ambassadeur de l’oléiculture algérienne.
Pourtant, ses ambitions d’expansion se heurtent à des obstacles administratifs. Il se bat actuellement pour obtenir l’autorisation d’arracher certains arbres sur sa propriété afin d’étendre sa plantation d’oliviers, une demande jusqu’ici refusée par les services des forêts. «J’ai frappé à toutes les portes pour obtenir cette autorisation, mais en vain», regrette-t-il.
S’adapter aux aléas climatiques
Aussi, depuis 2021 l’exploitation agricole traverse une période particulièrement difficile, marquée par une sécheresse persistante aux conséquences dévastatrices. L’agriculteur témoigne avec inquiétude de cette situation critique qui affecte doublement sa ferme: non seulement les ressources en eau se raréfient de manière alarmante, mais la production oléicole s’en trouve également gravement compromise. «La production d’olives a reculé en raison du manque crucial d’eau pour l’irrigation», confie-t-il avec amertume.
Face à cette situation préoccupante, l’exploitant ne reste cependant pas les bras croisés. Il envisage de mettre en œuvre des solutions innovantes d’irrigation économe en eau, notamment des systèmes de goutte-à-goutte et des technologies de précision, pour optimiser l’utilisation des ressources hydriques disponibles. Cette démarche proactive témoigne de sa volonté de s’adapter aux défis climatiques actuels tout en pérennisant son activité. L’adoption de ces nouvelles méthodes d’irrigation représente un investissement crucial pour l’avenir de l’exploitation, permettant de mieux gérer les aléas climatiques qui risquent de s’intensifier dans les années à venir.
Ambitions de Benseghir, la certification Bio et la ferme intelligente
Malgré ces défis, Mohamed Benseghir ne compte pas s’arrêter là. Il nourrit 2 ambitions majeures: obtenir une certification officielle bio pour son huile d’olive et transformer son exploitation en une « ferme intelligente« . Pour ce faire, il prévoit d’intégrer les technologies les plus avancées pour améliorer l’utilisation de l’eau.
Son parcours illustre parfaitement la symbiose entre tradition familiale et innovation entrepreneuriale. « J’ai commencé l’oléiculture avec mes propres fonds« , explique-t-il, tout en reconnaissant le soutien des pouvoirs publics, notamment pour l’électrification de sa ferme. Cette alliance entre initiative privée et soutien public a permis l’émergence d’un modèle d’exploitation agricole moderne, respectueux de l’environnement et tourné vers l’international.
Lyes Mechti
