Une ferme agricole particulière à El Hamdania
L’intelligence artificielle au service de l’agriculture
Une ferme agricole particulière à El Hamdania, dans la wilaya de Tipasa, où l’intelligence artificielle est au service de l’agriculture.
El Hamdania, une paisible localité du littoral relevant de la commune de Cherchell, wilaya de Tipasa, abrite une ferme agricole unique en son genre en Algérie. Celle-ci se particularise non pas par la rareté ou le caractère exotique des produits qui y sont cultivés, mais par ses installations truffées de technologies qui, plus est, sont régies grâce à un micro-réseau commandé par l’intelligence artificielle.
S’adapter aux changements climatiques par l’agriculture 4.0
Une véritable prouesse technologique qui enracine les premiers jalons d’une agriculture 4.0, à plus forte raison à l’aune des changements climatiques, mais aussi dans la perspective que projette la stratégie nationale agricole sous-tendant, notamment, l’expansion des terres arables dans le Grand Sud pour garantir progressivement la sécurité alimentaire du pays.
Soumettre les TIC, et par implication l’intelligence artificielle au service de l’agriculture, a été pour ainsi dire la clef de base de la conception et de la concrétisation du projet de création d’une ferme expérimentale et intelligente fonctionnant à 100% à l’énergie solaire, dont les objectifs forment un Nexus alliant économie d’énergie et d’eau ainsi que des rendements optimaux.
En effet, au milieu d’une clôture en béton longeant sur quelques dizaines de mètres l’artère principale d’El Hamdania, un grand portail en fer donne accès à la Smart ferme. De l’extérieur, rien n’indique que le site, qui est une annexe de l’Unité de développement des équipements solaires (UDES) de Bou Ismail, relevant du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), abrite une ferme intelligente qu’on peut gérer à partir d’une application sur téléphone ou web depuis n’importe quel point du globe pour peu qu’on se connecte au réseau Internet. À l’intérieur, le calme règne en maître.

Des économies grâce à la technologie
Au coin d’une large allée on aperçoit un local technique peint en blanc et coiffé d’éléments d’une station météo connectée au serveur à l’intérieur. De là, l’on remarque à proximité 2 chapelles jumelées qui, de prime abord, ne divulguent rien de ses installations technologiques qui quadrillent et veillent chaque seconde sur «le confort des produits maraîchers cultivés à l’intérieur».
De la laitue, du chou-fleur, de la tomate, du poivron et des fraises y poussent dans des conditions climatiques des plus favorables. Ici rien ne se perd. Chaque spéculation reçoit la dose d’eau qui lui est vitale. Sur le sol, un système économiseur d’eau (goutte à goutte) abreuve chaque pousse, alors qu’un autre système d’irrigation (micro-aspersion) est suspendu au plafond de la serre.
La pérennité d’un microclimat optimal
Dans cette chapelle et par extension dans la Smart ferme, la gestion de l’eau s’effectue au millimètre cube près grâce à un système de programmation qui prend en compte plusieurs paramètres, dont le plus important est l’humidité du sol et de l’air. Mieux encore et afin de garantir la pérennité d’un microclimat optimal dans la serre, l’intelligence artificielle prend les commandes de la température via un système de ventilation qui maintient le niveau du mercure à des seuils favorables aux plantes. Juste à côté de la serre, une centrale solaire photovoltaïque de 17 KW assure à 100% les besoins en énergie de la ferme, de surcroît propre et renouvelable.
Les nouveautés dans cette ferme ne se limitent pas uniquement aux innovations technologiques, elles intègrent également des intrants de provenance naturelle, sans additif chimique. C’est le cas des engrais utilisés, constitués des matières organiques issus des déjections de poissons élevés dans le bassin en géo-membrane qui alimente les cultures en eau. De facto, l’eau utilisée pour l’irrigation est riche en éléments indispensables pour une croissance saine de la plantation.
À l’instar de la chapelle, le verger et les produits cultivés en plein champ sont irrigués au goutte à goutte. En prolongement du bassin et de la centrale solaire photovoltaïque, un champ arboricole constitué d’agrumes, d’oliviers, de néfliers et de figuiers pour ne citer que ces espèces, remonte jusqu’à la limite de la clôture donnant vers l’artère principale d’El Hamdania. Là où 2 réservoirs sont connectés par une conduite au bassin. Ce sont ces deux réservoirs qui alimentent le réseau d’irrigation de la ferme.
Un système d’irrigation intégralement automatisé
Selon Hocine Belmili, directeur de recherche au niveau de l’UDES et chef de projet de la création de la ferme intelligente d’El Hamdania, la commande du système d’irrigation est intégralement automatisée et son fonctionnement est corrélé à des paramètres que collectent des capteurs installés au sol, que ce soit en plein champ ou dans la serre. «D’abord, il faut savoir que l’eau est propulsée depuis le bassin en géomembrane d’une capacité de 300 m3 grâce à une pompe fonctionnant à 100% au solaire pour remplir les deux réservoirs installés en amont de la ferme. Par système gravitaire ou à l’aide d’un surpresseur solaire l’eau est diffusée dans le goutte à goutte et dans le système de la micro-aspersion», indique-t-il.
Grâce aux capteurs qui mesurent en temps réel l’humidité et les données relevées par la station météo, l’irrigation s’opère à la juste dose. «De même pour le seuil de remplissage des deux réservoirs qui s’effectue automatiquement depuis le bassin, dès que le volume baisse sous un niveau paramétré dans l’application. Automatiquement, la pompe solaire se déclenche et propulse l’eau jusqu’à ce que le niveau programmé soit atteint dans les réservoirs. En somme, c’est un micro-réseau qui fonctionne grâce à l’intelligence artificielle qu’on peut commander à distance via une application préprogrammée ou manuellement», résume le concepteur du projet.
Retour sur investissement en moins de 5 ans
Bien que la ferme intelligente ait vu le jour en 2023, elle a déjà donné ses premiers fruits et atteint largement ses objectifs en termes d’efficacité, dès lors que son alimentation électrique provient intégralement de l’énergie solaire et l’intelligence artificielle a notamment maximisé pleinement la gestion de l’irrigation. Dans cette ferme où l’on exploite 1,5 hectare, dont 160 m² sous-serre, on a récolté déjà des produits maraîchers au calibre impressionnant et la jeune plantation de 130 arbres a fourni ses premières récoltes.
Cela dit, la meilleure performance réalisée est l’applicabilité de ce système à plus grande échelle avec des coûts à la portée de l’exploitant agricole, dès lors que l’amortissement des investissements mobilisés sera atteint en moins de 5 ans. Par ailleurs, une convention de partenariat avec la chambre d’agriculture de Tipasa a été signée afin d’accompagner ce projet.
Amirouche Lebbal
