HOCINE BELMILI, CONCEPTEUR DU PROJET DE LA SMART FERME
«L’agriculture de la 4e génération est désormais accessible à tous»

Hocine Belmili, concepteur du projet de la Smart ferme, affirme que «l’agriculture de la 4e génération est désormais accessible à tous».
Hocine Belmili est directeur de recherche au niveau de l’Unité de développement des équipements solaires (UDES) et chef du projet de création d’une ferme intelligente fonctionnant intégralement à l’énergie solaire, située à El Hamdania, dans la wilaya de Tipasa. Dans cet entretien, il revient sur les raisons l’ayant conduit à donner corps à ce projet, les étapes de sa maturation ainsi que son utilité dans l’effort national visant d’atteindre la sécurité alimentaire.
Entretien réalisé par Amirouche Lebbal
Quelles sont les raisons qui ont présidé au choix de ce type de projet?
A vrai dire, les motifs sont multiples est leur origine repose d’abord sur le principe de la recherche scientifique utile, dont le résultat doit non seulement renforcer le lien entre le monde socioéconomique et notre sphère, mais surtout il faut que le projet puisse contribuer à l’essor économique du pays et, à plus forte raison, dans des domaines stratégiques, telle que l’agriculture. C’est de là que l’idée a germé.
C’était en 2020, en plein contexte pandémique que je me suis penché sur la question, au moment où l’économie mondiale a connu en conséquence un ralentissement. C’est dans cette conjoncture que le recours aux TIC et à l’intelligence artificielle dans de nombreux domaines s’est accéléré et s’est répandu au point de devenir des outils de pilotage alternatifs dans nombre de tâches avec des coûts de plus en plus réduits. Appliquer un modèle pareil dans l’agriculture dans notre pays a été l’objectif premier de mon projet.
Comment avez-vous réussi à transformer une idée en un projet?
A partir de cette idée, j’ai effectué une étude de faisabilité que ce soit sur le plan technique, socioéconomique ou bien en matière de l’ensemble des simulations requises. L’idée s’est transformée en un projet de recherche international dans le cadre du partenariat de l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE).
Il s’agissait, pour notre équipe, de réaliser un transfert de technologie que nous nous devions adapter aux exigences intrinsèques à notre pays, et ce, pour atteindre plusieurs objectifs relatifs à nombre de paramètres de performance, à savoir une économie en matière de l’eau et d’énergie, un rendement élevé de production, la possibilité de généraliser le système à travers tout le pays, des coûts d’installation raisonnables, mais aussi rendre la maîtrise de l’application des commandes et de la programmation à la portée de tous les exploitants agricoles. En 2023, la Smart ferme a vu le jour et les objectifs escomptés sont vérifiables sur le terrain.
Peut-on avoir un ordre de grandeur des coûts nécessaires pour équiper ce genre de ferme?
Les coûts représentent un ratio de 20% de l’investissement primaire de l’ensemble de l’exploitation, quelles que soient ses dimensions, avec un amortissement intégral ne dépassant pas les cinq ans. Autrement dit, tous les équipements solaires photovoltaïques seront amortis en 4 ans et demi en moyenne alors que leur exploitation s’étale sur 25 ans.
S’agissant des TIC et de l’intelligence artificielle, cette durée est ramenée à une année. Mieux encore, on réduit drastiquement la consommation de l’énergie par rapport à d’autres équipements, à l’instar des groupes électrogènes qui plus est sont exposés à des pannes souvent récurrentes ce qui augmente substantiellement les coûts de réparation et de maintenance.
L’autre avantage consiste en l’amélioration des rendements et la réduction drastique des erreurs en termes de gestion de l’eau, grâce justement à l’intelligence officielle qui s’acquitte de plusieurs tâches dévolues aux agriculteurs. Tout compte fait, en plus des délais très raisonnables en matière d’amortissement des coûts, l’exploitant agricole gagne en efficacité sur tous les plans.
Y a-t-il des opérateurs économiques intéressés par ce nouveau concept qui ouvre la voie à une agriculture 4.0?
Pour ne rien vous cacher, nous avons déjà des sollicitations et des prises de contacts en ce sens. Cela dit, il faut savoir que la ferme d’El Hamdania reçoit déjà des étudiants et des agriculteurs dans le cadre de formations et pour leur faire découvrir le fonctionnement d’une Smart ferme.
A. L.