KARIM OUAMANE, ANCIEN DG DE L’AND

«Un système hybride combinant un tri simplifié»

Karim Ouamane, ancien DG de l’AND et expert en gestion des déchets, recommande de «un système hybride combinant un tri simplifié avec des points de collecte volontaire».

La gestion des déchets ménagers passe inéluctablement par une vision globale et intégrée de tous les acteurs et opérateurs du domaine. Dans cet entretien, l’expert et ancien directeur de l’Agence nationale des déchets (AND), Karim Ouamane, nous renseigne sur l’utilité du tri sélectif, l’adhésion des citoyens, l’intégration et l’organisation des acteurs qui interviennent dans les différentes opérations de récupération des déchets ménagers et autres.

Entretien réalisé par Karima Dehiles

Le tri est une approche efficace pour une meilleure gestion des déchets. Qu’en est-il, aujourd’hui, de ce choix?

Les déchets ménagers sont variés et ils ne peuvent être traités de la même façon. De fait, leur collecte, leur recyclage ne peuvent se faire sans l’opération de tri qui est un préalable. Cette diversité appelle à une réflexion approfondie sur le modèle de tri à adopter, en tenant compte de son impact sur la mobilisation de la logistique de collecte et l’infrastructure de recyclage, mais aussi l’adhésion de la population. À cet effet, pour surmonter les coûts importants et les contraintes, une approche plus pragmatique et réaliste peut être adaptée. Celle-ci consiste en un système hybride combinant un tri simplifié avec des points de collecte volontaire.

Ce modèle sera composé de 2 bacs principaux. Un pour les déchets organiques et un autre pour les déchets secs, tels que les différents emballages. 2 autres bacs seraient dédiés au verre et au textile. Des points d’apport volontaire pour les déchets dangereux et inertes seraient également localisés dans les villes et quartiers. Cette approche simplifiée du tri a pour avantage d’être mieux comprise par les citoyens et cible évidement les principaux types de déchets, représentant pas moins de 95% du total des volumes. En somme, ce système hybride de tri sélectif permet l’adéquation entre efficacité environnementale, acceptation sociale et développement économique durable.

Comment mesurer l’impact du tri sélectif sur la réduction des déchets en décharge et la création d’emplois dans les filières de recyclage?

Mesurer l’impact d’un programme de tri sélectif nécessite le développement et l’actualisation d’indicateurs de performance environnementaux, économiques et sociaux à l’échelle macro. Ces indicateurs, multiples et variés, fournissent une vue d’ensemble complète des impacts du tri, et donc du recyclage, sur la gestion globale des déchets, ainsi que sur l’état de l’environnement et l’économie nationale.

Plusieurs indicateurs clés émergent. À titre d’exemple, le taux global de recyclage du pays constitue une mesure fondamentale de l’efficacité des programmes de tri. Parallèlement, le volume total de déchets déviés des décharges témoigne des progrès en gestion des déchets.

Le nombre total d’emplois créés et la contribution au PIB du secteur du recyclage sont également des éléments déterminants pour apprécier l’impact économique du tri. De plus, l’évolution de la capacité nationale de valorisation installée et le taux de dépendance aux matières recyclées sont des indicateurs essentiels pour évaluer la préservation des ressources naturelles.

L’impact économique global du recyclage se mesure par la valeur ajoutée de la filière, les investissements dans les infrastructures et les économies réalisées sur l’importation de matières premières. Les impacts environnementaux sont tout aussi importants et doivent être mesurés et traduits en indicateurs, comme la contribution à l’atteinte des objectifs climatiques, la préservation des ressources stratégiques, et la réduction du foncier dédié aux décharges. Cette vision macro permet de comprendre les transformations systémiques réalisées grâce au tri sélectif à l’échelle nationale.

Des phénomènes météorologiques intenses et dévastateurs, tels que les inondations, se répètent souvent, engendrant des pertes humaines et matérielles. La main de l’homme n’est pas étrangère à ces désastres. C’est le cas des détritus qui obstruent l’écoulement des eaux pluviales. Quel remède?

La propreté de l’environnement urbain est essentielle pour le bien-être des habitants et l’attractivité des villes. Tout comme la collecte et le transport des déchets ménagers, il est impératif pour la commune d’élaborer un programme de balayage qui vise à maintenir cette propreté. Ce programme doit être efficace et tenir compte de plusieurs facteurs pour répondre aux besoins de la population. Tout d’abord, il faudrait évaluer les besoins en balayage. Pour cela, il faut déterminer la longueur totale des artères à balayer.

Prenons l’exemple d’une ville avec une longueur totale d’artères s’élevant à 100 km, une largeur moyenne des artères à balayer de 10 mètres et une fréquence de balayage de trois fois par semaine. Ensuite, il est nécessaire de calculer le volume de travail impliqué. Pour un balayage efficace, il est important d’estimer le temps nécessaire pour nettoyer un kilomètre d’artère.

Supposons qu’un balayeur puisse nettoyer 1 km en 2 heures. Ainsi, pour évaluer le temps de balayage par semaine, nous multiplions le total de kilomètres à balayer par la fréquence de nettoyage: 100 km multiplié par 3 égale 300 km par semaine. En utilisant le temps de 2 heures par kilomètre, nous obtenons un temps total de balayage de 600 heures par semaine.

Dans un monde où la propreté des villes est devenue un enjeu majeur de qualité de vie et d’attractivité, le balayage mécanique apparaît comme une solution innovante qui transforme radicalement la manière dont nous entretenons nos artères et nos espaces publics. Le balayage est, à ce titre, un moyen d’entretenir les rues, les espaces publics, mais aussi les avaloirs et les conduites des eaux pluviales pour éviter le débordement et les inondations.

De nombreux jeunes ramassent du plastique dans les rues, les décharges… Qu’en pensez-vous?

Le secteur informel de la récupération des déchets est un acteur très important dans la gestion de service de déchets solides. Ce secteur informel reste le 1e générateur d’emplois en matière de recyclage employant pas moins de 15.000 personnes, de tous les âges, et bien organisées où chacun a une mission définie.

Ces travailleurs de l’informel participent au recyclage de 80% des matière recyclables, contribuant ainsi à l’amélioration de l’environnement urbain, à l’approvisionnement des nombreuses unités de recyclage et au transfert vers les CET.  Mais cette activité qui n’est pas soumise à une réglementation demeure dangereuse, notamment pour ces personnes qui sont exposés à des risques majeurs.

Dans ce sens, un décret exécutif a été promulgué en janvier 2024 pour réglementer ce secteur. Toutefois, des lacunes sont à noter. Entre autres, la formation, la sécurité sociale et la prise en charge médicale en cas d’accident de ces travailleurs. L’intégration et l’organisation de ce secteur peuvent améliorer les conditions de travail et augmenter la capacité et les volumes de recyclage. Il est donc essentiel d’apporter un soutien global et intégré.

Les récentes initiatives gouvernementales constituent une avancée significative, mais nécessitent d’être renforcées et élargies. Une approche centrée sur le rôle des communes, associée à un accompagnement global et à une protection sociale adéquate, pourrait transformer cette initiative en une stratégie d’intégration durable, bénéfique tant pour les acteurs informels que pour l’économie nationale et locale. En somme, intégrer les récupérateurs qui activent dans l’informel et leur garantir une sécurité et une couverture médicale sont indispensables.

K. D.

 

 

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