La grève des 8 jours a mis en avant l’adhésion populaire inconditionnel à la Révolution

La grève des huit (8) jours qui a eu lieu du 28 janvier au 4 février 1957 fut une étape charnière dans l’histoire de la lutte pour la libération de l’Algérie, sachant que cette action, habilement planifiée, a, incontestablement, démontré l’engagement populaire inconditionnel à la Révolution.

Reflet du génie des artisans de la Révolution et de leur grande habileté en matière de planification, «ce mouvement de grève a sollicité, face à un déséquilibre des forces entre l’Armée de libération nationale et les forces françaises, l’exploitation de toutes les ressources et potentialités disponibles au sein de la société algérienne, a affirmé le moudjahid et membre fondateur de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Said Kebli.

Moins de 2 ans après le déclenchement de la glorieuse Guerre de libération, les dirigeants ont appelé, lors du Congrès de la Soummam le 20 août 1956, toutes les catégories de la société à se structurer pour mobiliser et orienter les énergies au service des objectifs de la Révolution.

Dans son récit des événements de cette période, le moudjahid Kebli a affirmé que «cet appel avait été «massivement» accueilli par les différentes composantes de la société, y compris les commerçants, les paysans et les travailleurs, avec un dénominateur commun, leur détermination forte et inébranlable à combattre la France pour libérer l’Algérie, et leur engagement à consentir tous les sacrifices pour la réalisation de cet objectif».

Les commerçants, témoigne-t-il, et les artisans ont, alors, commencé à se structurer dans différentes villes et quartiers, avant la tenue de la première rencontre au Nadi Eltaraqqi (Cercle du progrès) à la basse Casbah (Alger) dans le plus grand secret, pour préparer la création de leur organisation professionnelle.

Cette coordination efficace, étendue à plusieurs wilayas du pays, a été couronnée par l’annonce officielle de la naissance de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) le 13 septembre 1956, qui a commencé progressivement à mettre en place des sous-fédérations selon les métiers, telles que la Fédération des coiffeurs et la Fédération des commerçants de produits alimentaires, fruits et légumes, dont faisait partie M. Kabli, qui n’avait, à l’époque, que 17 ans (né à Mila en 1940 – inscrit en 1942).

Outre la collecte de fonds au profit de la Révolution, poursuit-il,l’Union a constitué un espace structuré permettant aux commerçants et aux artisans de soutenir la Révolution, notamment par l’approvisionnement direct en produits alimentaires, vêtements et autres. Leur détention d’un registre de commerce leur a également permis l’acquisition de nombreux produits au profit des moudjahidine, sans être inquiétés.

Les commerçants ont même mis leurs boîtes postales à la disposition des moudjahidine pour garantir l’envoi et la réception de leur courrier en toute confidentialité, ajoute M. Kabli, précisant, par ailleurs, que les arrière-boutiques des magasins et des cafés servaient, aussi, de refuge pour tenir des réunions à l’abri des regards des autorités coloniales françaises.

Quelques mois après la création de l’UGCAA, les chefs de la Révolution ont appelé les commerçants à une grève de 8 jours, concomitamment avec l’inscription de la cause algérienne à l’ordre du jour des travaux de l’ONU, dans le cadre du droit des peuples à l’autodétermination, et ce à la demande du groupe arabo-asiatique.

Le débat sur la question algérienne a été programmé, pour la 11e session de l’ONU, lors de la séance du 15 février 1957, ce qui explique le choix du timing de la grève entre fin janvier et début février, pour montrer l’engagement et le ralliement du peuple algérien à sa Révolution armée et anéantir les allégations françaises qui soutenaient qu’il s’agissait simplement d’«actes terroristes isolés auxquels se livrent des jeunes fauteurs de troubles».

Selon M. Kabli qui avait à l’époque un commerce de denrées alimentaires et de fruits et légumes, dans la cité Mahieddine à Alger et connu sous le nom de guerre «Si Ahmed», les préparatifs pour cette grève ont débuté réellement, le 8 janvier 1957 (soit environ 20 jours avant son lancement), le Front de libération nationale (FLN) ayant distribué suffisamment d’argent aux familles algériennes pour s’approvisionner en produits de première nécessité.

L’UGCAA a également distribué des quantités de semoule, de sucre et de café aux Algériens, sans tenir compte de leur niveau de vie, pour qu’ils n’aient pas à sortir de chez eux pendant toute la durée de la grève.

Dans la matinée du 28 janvier 1957, Alger et le reste des villes algériennes «étaient devenues des villes fantômes», a rappelé Kabli, que l’adhésion massive des Algériens avait surpris le colonisateur français qui a recouru à la force pour obliger les commerçants à reprendre leurs activités.

De nombreux commerçants, dit-il, ont même été sortis, de force, de leurs maisons et contraints d’ouvrir leurs magasins, selon l’intervenant, qui a également fait savoir qu’ils ont été menacés de mort, passés à tabac sans compter le saccage et le pillage de leurs commerces par les colons.

 

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