La RSE, un domaine encore en friche

La Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est un nouveau concept, complexe, méconnu, mais néanmoins présent sur le marché algérien.

Lors de la première édition du forum économique «Algeria positif impact» consacré à la RSE qui s’est tenu, mardi à Alger, les intervenants ont signalé que des opérateurs nationaux sont inscrits dans cette démarche, mais sans le savoir, dont Soummam et Benamor.

Un exemple à suivre

Les deux opérateurs, note Sofiane Baba, professeur de management stratégique au Québec, sont pleinement intégrés, sans le savoir, dans ce qu’on appelle «les valeurs partagées» qui est l’un des outils de la RSE. «Grâce à ces valeurs partagées, Soummam contribue à la sécurité alimentaire du pays. Il a importé et distribué gratuitement des vaches laitières à des éleveurs et, en contrepartie, ces derniers lui fournissaient du lait durant cinq ans. C’est un partage de valeur et donc, de la RSE», détaille-t-il.

De même que Benamor, poursuit-il, a initié les agriculteurs de la tomate aux bonnes pratiques, contribuant à quadrupler le rendement de ce produit et à renforcer la transformation industrielle de ce dernier.  «Ce sont des actions à titre privé qui ont soutenu des éleveurs et des agriculteurs tout en renforçant la production nationale. Mais ces opérateurs ne voient pas les choses ainsi. Pour eux, c’est juste une approche win-win alors que c’est de la RSE», fait-il savoir, soulignant que ce genre d’initiative n’est pas promu alors qu’il s’agit d’un exemple à suivre pour que la RSE se déploie.

Bonnes actions…

Sofiane Baba révèle que les opérateurs qui se lancent dans ce genre d’initiative à impact social considèrent ces dernières comme étant de simples bonnes actions à ne pas divulguer au grand public. Le directeur général des laboratoires Merinal, Hasnaoui Tiouririne, confie que son entreprise est dans la RSE depuis plus de 20 ans sans en être consciente.

«Nous contribuons à la création d’entreprises dans la collecte des déchets, nous collaborons avec les APC pour identifier les besoins dans ce domaine et nous comptons d’autres actions dans le secteur sportif, entre autres, mais pour nous, ce sont juste de bonnes actions à ne pas divulguer par discrétion. Si nous connaissions l’enjeu de ces actions en termes de RSE, nous aurions communiqué plutôt sur l’ensemble de ces initiatives», assure-t-il.

Concilier les enjeux économiques et sociétaux

En Algérie, soutient la chercheuse en management, Nedjoua Tamghart, il faut commencer par surmonter les résistances aux changements découlant de la RSE et concilier les enjeux économiques, sociaux et sociétaux par le renforcement, notamment, des valeurs partagées. «Ce qui n’est pas une mince affaire», commente-t-elle. Le représentant du programme des Nations unis pour le développement (PNUD) en Algérie, Abdelkrim Boudra, estime que tant que les initiatives sociales et sociétales ne sont pas visibles sur le marché, la RSE ne prendra pas un véritable envol.

«Dans certains cas, des opérateurs n’affichent pas ces actions, de peur que ça n’entraîne des frais fiscaux. Et puis, ces actions ne sont considérées que comme des activités en parallèle à celles de l’entreprise, alors que la RSE doit être une vision stratégique», dit-il. Certaines entreprises pollueuses, déplore-t-il, s’inscrivent dans cette démarche juste pour redorer leur blason. «C’est une très mauvaise raison pour aller vers la RSE. Cette dernière doit donner du sens à la marque et une valeur ajoutée à l’entreprise et à l’économie nationale», affirme-t-il.

La RSE, c’est aussi l’affaire des associations, des collectivités et des institutions

N’empêche, des jeunes PME s’intéressent de plus en plus à la RSE et font appel au cabinet conseil pour savoir comment s’y prendre et rentabiliser les «bonnes actions», relève Khaoula Sayegh, consultante senior au cabinet de consulting KPMG. La gérante de l’agence PI-Relations, Leila Akli, rapporte que les consommateurs de la nouvelle génération sont aptes à adopter la RSE. «Les jeunes talents et les jeunes consommateurs exigent, aujourd’hui, gent des actions concrètes des entreprises qui prétendent être citoyennes. C’est pour dire que la RSE est devenu un enjeu pour la société également», observe-t-elle.

Pour résumer, renchérit Meriem Bensalma, organisatrice de ce forum placé sous le patronage du ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, des initiatives RSE sont prises par nos opérateurs, mais restent timides, non structurée, conjoncturelles et ne sont pas intégrées dans la stratégie des entreprises. Et de conclure : « La RSE, c’est aussi l’affaire des associations, des collectivités et des institutions».

Farida Belkhiri

 

 

 

 

 

 

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