YOUNÈS GRAR, CONSULTANT ET EXPERT EN NTIC
«Le e-paiement constitue une solution à de nombreux problèmes»

Younès Grar, consultant et expert en NTIC affirme que «le e-paiement constitue une solution à de nombreux problèmes».
Dans cet entretien, l’expert en Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), Younès Grar, explique les causes de la réticence des consommateurs et des commerçants quant au e-paiement. Pour y remédier, il suggère le développement de solutions techniques et l’organisation de campagnes de sensibilisation et d’information.
Entretien réalisé par Karima Dehilès
Quelle est l’utilité du paiement électronique en cette période où les NTIC envahissent tous les aspects de la vie quotidienne?
En premier lieu, il est à souligner que notre pays accuse un retard dans le paiement électronique pour diverses raisons. De ce fait, il est impératif de rattraper le retard et de booster ce type de paiement pour les commerçants et les consommateurs. Cette démarche constitue également un frein pour les transactions via l’argent liquide, réduit ainsi le nombre de billets en circulation et mène à la protection des consommateurs et des commerçants de la fausse monnaie. Je rappelle ici la mesure prise durant la crise sanitaire de désinfecter les billets de banque et les pièces de monnaie qui représentent un vecteur du coronavirus et autres épidémies.
Le e-paiement est aussi un outil capable d’absorber les fonds qui circulent dans le marché informel et de mettre un terme au manque de liquidités dans les postes et les établissements financiers. Retirer les vieux billets détériorés des commerces est l’un des objectifs du e-paiement. Cette mesure aura un impact significatif sur notre économie, ouvrant la voie vers un avenir plus moderne et plus transparent.
Quelles sont les causes de la réticente à l’utilisation du e-paiement?
Il est évident qu’il n’y a pas eu le grand engouement attendu pour ce genre de paiement. Peu de transactions se font électroniquement, et les utilisateurs ne sont pas nombreux, y compris les commerçants. Seulement 50.000 TPE sont opérationnels sur tout le territoire. Un chiffre insignifiant par rapport aux centaines de milliers d’entreprises et de commerçants qui existent. À ce titre, nombreux sont les commerçants qui n’ont pas répondu à l’appel lié à l’utilisation des TPE. Le ministère du Commerce devrait réfléchir à une autre méthode pour encourager et motiver les commerçants à généraliser le e-paiement.
S’agissant des consommateurs, leur refus s’explique par la méfiance ou la hantise d’être arnaqué. Des informations circulent sur les réseaux sociaux, mais aussi parmi la population, relatives à des faits, avérés ou pas, d’escroquerie sur le net. En revanche, des services électroniques sont développés par des entreprises nationales, notamment Sonelgaz, Algérie Télécom, Algérienne des eaux (ADE), pour le paiement des factures, mais les abonnés préfèrent se rendre à leur agence commerciale. Pour des erreurs commises contre 1 client ou 2, l’information se diffuse et les autres ne voudraient pas vivre cette situation.
Un client de Sonelgaz, par exemple, qui a réglé sa facture et par la suite les techniciens viennent lui couper le courant pour non-paiement, ce genre d’incident doit cesser, et la confiance doit être renforcée entre les entreprises et leurs clients en mettant en œuvre des solutions techniques idoines. Un autre facteur empêche le développement de ce type de paiement, en l’occurrence la non-maîtrise des nouvelles technologies par une partie de la population, notamment les personnes âgées qui ont leurs propres habitudes concernant les méthodes d’achat.
Quelles sont les mesures à prendre pour inciter les citoyens à recourir à grande échelle au paiement électronique?
La majorité des Algériens possède un smartphone connecté. Par conséquent, le nouveau système de paiement électronique basé sur l’utilisation du téléphone mobile, DZ Mob Pay, est déjà lancé par certaines banques. Un autre outil pour augmenter le volume des transactions électroniques.
Pour attirer les consommateurs, plusieurs mesures incitatives sont possibles, telles qu’une réduction sur certaines prestations payées électroniquement, comme les timbres de passeport, les factures d’électricité et du gaz, de l’eau, de l’internet, les assurances… Une fois que le client perçoit cette remise en espèces sur son compte, je suis sûr qu’il s’y habituera facilement. Pour les commerçants, le gouvernement doit mettre en œuvre des dispositions pour les encourager, notamment l’exonération des taxes relatives aux transactions pour une période définie.
Faut-il rassurer les commerçants et les consommateurs quant à la sécurisation des transactions électroniques et à la protection des données personnelles?
Dans les pays développés, les espèces ne représentent plus que 2 à 3% du marché des paiements. En Algérie, il serait essentiel de définir des objectifs sur des périodes déterminées. Nous pouvons parvenir progressivement à réduire l’usage des liquidités. La transformation numérique évolue constamment et les mentalités également. Dans quelques années, nos concitoyens seront obligés de suivre les progrès technologiques, et le e-paiement en est un.
Intégrer cette démarche dans les transactions commerciales repose également sur la sensibilisation des citoyens et en les convainquant ainsi de la sécurité du paiement électronique. Les commerçants ont besoin d’accompagnement.
Les Algériens doivent être rassurés sur la sécurité de ces nouvelles pratiques afin de dissiper les craintes et les réticences concernant la protection des données personnelles et des informations financières. Il est essentiel que les citoyens aient confiance dans le système. Nous avons tous, commerçants, consommateurs, entreprises et administrations, intérêt à passer au paiement électronique. Enfin, ce dispositif constitue une solution à de nombreux problèmes.
K. D.