Tebboune rétablit les vérités

Tebboune rétablit les vérités sur la politique étrangère, le Sahel, le Mali, la Tunisie la Palestine et la Syrie dans un entretien au journal L’Opinion.

L’entretien accordé par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au journal français L’Opinion,
publié dans son édition datée de lundi mais dont des extraits avaient été publiés dimanche sur le site du quotidien, a été l’occasion pour le locataire d’El Mouradia d’évoquer, sans détour, toutes les questions dont celles liées à l’actualité internationale.

Une franchise qui semble avoir même surpris le journaliste qui a été reçu «longuement» au siège de la présidence de la République, et qui n’a pas manqué de souligner que «le président Abdelmadjid Tebboune a répondu -souvent sans concession – à toutes les questions». Le style Tebboune a encore fait son effet. De prime abord, le chef de l’État, en réponse à une question relative à un éventuel changement de la diplomatie de l’Algérie pour l’adapter à «l’évolution politique et géopolitique du monde», a tenu à rappeler à son hôte «les deux axes fondamentaux» sur lesquels repose, depuis l’indépendance, la politique étrangère du pays, que sont le «non alignement» et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays».

«Nous sommes une force stabilisatrice en Afrique»

Deux principes qui font que l’Algérie aujourd’hui est un pays qui n’a aucun complexe vis-à-vis de toutes les puissances avec lesquelles elle entretient des relations basées sur le respect et l’intérêt mutuels. Et d’ajouter
que «nous sommes une force stabilisatrice en Afrique». Partant, dira le président Tebboune, «quand certains
politiques français disent que l’Algérie est isolée, cela nous fait bien rire».

Évoquant les relations avec la Chine, il a souligné que les 2 pays sont liés par «une longue amitié», avant
de rappeler que «tous les responsables chinois reconnaissent la bataille qu’a menée l’Algérie pour ramener la
Chine populaire comme membre de l’ONU et de son Conseil de sécurité». De son côté, «Pékin a été le premier
pays à soutenir la guerre de Libération du FLN et à recevoir le gouvernement provisoire de la République algérienne».

Concernant les relations algéro-italiennes, le président de la République a précisé que «contrairement
à l’extrême droite française, nous avons d’excellentes relations avec la droite radicale italienne, d’autant que
nous n’avons aucun contentieux, ni mémoriel ni autre. L’Italie a toujours été un partenaire très fiable». Et de
rappeler pour l’Histoire que «pendant la décennie noire, seul Alitalia continuait à se poser à Alger quand François
Mitterrand avait demandé à son pays et ses partenaires européens de suspendre leurs vols». Le président ajoutera qu’avec l’Italie «on s’aide réciproquement».

«L’Algérien est entière et a du mal à comprendre le double standard»

Interrogé sur la relation souhaitée avec les États Unis sous la présidence Trump, le président de la République a estimé qu’elles étaient «restées bonnes avec tous les différents présidents américains, qu’ils soient démocrates ou républicains». «Lorsque j’ai été élu en 2019, (Donald Trump) m’a envoyé une lettre pour me féliciter quelques heures après les résultats, quand le président (français) Macron a mis 4 jours pour ‘prendre acte’ de mon élection. Nous n’oublierons jamais, non plus, que les États Unis ont introduit la cause algérienne à l’ONU», a-t-il poursuivi, en indiquant que «c’est le seul pays qui a une ville du nom de notre héros national, l’Émir Abdelakader».

Sur la position de l’Algérie vis-à-vis du conflit opposant la Russie à l’Ukraine, le président de la République a relevé «le double standard» adopté par certains pays. «L’Algérie est entière. Elle a du mal à comprendre le double standard. Il faudrait condamner l’intervention en Ukraine, mais pas l’annexion du Golan ou du Sahara occidental», s’est-il étonné. «Quand je suis allé voir Vladimir Poutine en Russie en juin 2023, Emmanuel Macron m’a dit de voir si je pouvais tenter quelque chose pour la paix. Le président russe m’a aussi donné son feu vert. Il était prêt à dialoguer, mais Volodymyr Zelensky n’a pas répondu», a révélé le président Tebboune.

«L’Algérie ne cherche pas à administrer le Mali»

S’agissant de la situation au Sahel, le président de la République a estimé que le retour des coups d’État «était prévisible», car, a-t-il déploré, «les États du Sahel, comme beaucoup d’autres pays africains, n’ont pas réussi à construire des institutions solides et plus résilientes». Concernant le Mali, il a indiqué que «l’Algérie ne cherche pas à administrer le Mali que nous considérons comme un pays frère pour le quel notre main sera toujours tendue.

Et au chef de l’État de rappeler que l’Algérie a permis «la conclusion de l’Accord de paix d’Alger, que le pou
voir malien a dénoncé l’année dernière», et qu’elle «avait un plan de développement pour le nord du pays
qu’elle était prête à financer à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars». De même, dira-t-il, l’Algérie était disponible à rassembler les signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, car, dira le président Tebboune, «il n’y a pas de solution uniquement sécuritaire».

La Tunisie «mérite d’être soutenu»

Le président de la République a exprimé, par ailleurs, son soutien à son homologue tunisien Kaïs Saïed «qui a remis les pendules à l’heure en restaurant le régime présidentiel qu’a connu la Tunisie depuis son indépendance».

«La Tunisie n’a pas de sérieux problèmes en dehors d’un endettement et d’une croissance faible. Nous l’aidons autant que nous le pouvons parce que c’est un excellent voisin qui a subi les bombardements de l’aviation coloniale à cause de son soutien à la guerre d’indépendance algérienne», a-t-il dit. C’est un pays qui «mérite d’être soutenu, le temps de passer cette conjoncture difficile», a-t-il ajouté.

«Notre seule préoccupation, c’est l’instauration d’un État palestinien»

Interrogé pour savoir s’il était prêt à normaliser les relations avec Israël si la relance du processus de paix aboutirait au final à la création d’un État palestinien, le chef de l’État répondra sans ambages en déclarant
que «notre seule préoccupation, c’est l’instauration d’un État palestinien», assurant qu’Alger normalisera ses relations avec Israël «le jour même où il y aura un État palestinien. Ça va dans le sens de l’histoire».

Et de souligner que ses «prédécesseurs, les présidents Chadli et Bouteflika, que Dieu ait leurs âmes, avaient déjà expliqué qu’ils n’avaient aucun problème avec Israël». Il a signalé, dans ce même contexte, que l’Algérie a réussi à faire reconnaître la Palestine par 143 États de l’ONU comme membre à part entière. «On ne va pas faire table rase de tout ce qui a été accompli», a-t-il ajouté.

Concernant la Syrie, le président de la République a rappelé avoir voulu, au Sommet de la Ligue arabe à Alger en 2022, réintroduire la Syrie au sein de l’instance. «Deux pays s’y sont opposés alors qu’ils ont invité le président Bachar al Assad au sommet suivant à Riyad. Il n’y a pas toujours de solidarité dans le monde oriental. Pour le reste, nous avons toujours parlé à l’ex-président syrien tout en étant ferme avec lui. Nous n’avons jamais accepté les massacres contre son peuple», a-t-il poursuivi.

Selma Meziane

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