Les messages du Président Tebboune

Les messages du Président Tebboune dans l’entretien accordé au journal français L’Opinion qui n’a pas fini d’être analysé et décortiqué.

Le contexte dans lequel il a été donné et le choix du média ne peuvent, forcément, que donner lieu à de nombreuses grilles de lecture. Du grain à moudre en l’occurrence pour ceux et celles en quête de matière. Il est vrai aussi que lorsque le président de l’Algérie prend la parole, médias et chancelleries sont tout ouïe. À raison, du reste, puisque les déclarations faites dans cet entretien sont loin d’être anodines. Et pas besoin de tenter de lire entre les lignes, tant, fidèle à son style, le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a été d’une franchise déconcertante, n’éludant aucune question.

Mieux, en homme averti, il a parfaitement maîtrisé son sujet. En homme d’État, il ne pouvait, en effet, ignorer que sa prise de parole n’allait pas laisser indifférent. Il ne s’est pas trompé tant ses réponses aux questions soulevées par l’intervieweur sont pertinentes et ciblées. Les messages qu’il a distillés s’adressaient autant à l’opinion nationale qu’aux partenaires internationaux et pays étrangers avec lesquels l’Algérie entretient des relations. Ainsi, que faut-il retenir au final?

«Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir»

Le 1e point, c’est celui relatif à son avenir politique au-delà de 2029. Le Président a, après cet entretien, définitivement fermé la porte aux éventuelles spéculations qui auraient pu naître dans l’esprit de certains, lui
prêtant des intentions de triturer la loi fondamentale du pays pour briguer un 3e mandat, car à ce jour, il
ne s’était pas exprimé sur la question publiquement. Désormais, la question est clarifiée. «Je n’ai pas l’intention de m’éterniser au pouvoir. Je respecterai la Constitution», a-t-il ainsi affirmé. Il ne peut pas être plus précis. Et au président Tebboune de souligner que «ce second mandat est celui du parachèvement des grands chantiers lancés depuis 2020».

Son ambition, maintes fois déclarée, de «mettre l’Algérie sur les rails», avant de céder la place, a été une nouvelle fois réaffirmée. Se projetant au-delà de l’expiration de son actuel mandat, il fera part de cette volonté légitime pour un Président qui a l’Algérie chevillée au corps, à «laisser des infrastructures nouvelles, de grands chantiers et une réforme du système politique». Conscient aussi que ce projet présidentiel peut être contrarié par des aléas indépendants de sa volonté, il ajoutera que «même si je n’ai pas tout réussi, j’aurais eu le mérite de montrer aux
Algériens que cela était possible. La voie sera tracée. Ce sera aux générations futures de parachever le travail».

La politique étrangère

S’agissant du comment l’Algérie conçoit ses relations avec l’ensemble des pays étrangers, qu’ils soient dans son voisinage maghrébin, euro-méditerranéen ou avec ceux avec lesquels le pays est lié par des partenariats stratégiques approfondis, le Président a tenu à rappeler au préalable «les deux axes fondamentaux» sur lesquels repose, depuis l’indépendance, la politique étrangère du pays, que sont le «non-alignement» et la «non ingérence dans les affaires intérieures des autres pays».

Une fois cette condition sine qua non posée, tout le reste, donne à penser le Président, est du domaine du surmontable. Ainsi, dans ses propos, le Président laisse la nette impression que rien n’est figé et que les différends actuels avec certains pays peuvent être dépassés à l’avenir, pour peu que le point de vue de l’Algérie soit pris en compte.

Interrogé sur sa disposition «à reprendre le dialogue avec Paris», le président de la République a répondu par l’affirmative, à condition qu’il y ait des déclarations politiques fortes de la part du président Macron. Pour ce qui est de la normalisation des relations avec l’entité sioniste, elle demeurera tributaire de l’instauration d’un État
palestinien.

Avec le voisin malien, «la main de l’Algérie demeure tendue». S’agissant de la condamnation de l’intervention en Ukraine, l’Algérie se refuse à cautionner le double standard en vigueur pour ce qui est de cas similaires. Sur le Maroc, l’Algérie est malheureusement contrainte à répondre à des actes hostiles, mais les 2 pays devront, a-t-il dit, «mettre un terme à cette situation un jour».

Selma Meziane

Bouton retour en haut de la page