Paris choisit l’escalade

Quelle mouche a donc piqué Paris et le gouvernement français pour brandir des restrictions de circulation et d’accès au territoire français à l’encontre de ressortissants même quand ils sont titulaires de documents qui les exempteraient des formalités de visas ?
A quel calcul obéit l’annonce du premier ministre français selon laquelle son gouvernement de réexaminer les accords de 1968 entre l’Algérie et la France et objet de surenchère de la part de Paris ?
Une entorse à la pratique diplomatique
Les voix françaises opposées et dénonçant l’acharnement ciblant l’Algérie sont-elles inaudibles auprès des dirigeants français ? L’attitude des officiels français a-t-elle atteint le sommet de l’amateurisme jusqu’à ne pas mesurer que les relations algéro-françaises risqueraient « l’irréparable» dont a parlé le président Tebboune dans l’interview accordée début février au journal l’Opinion ? Ce sont autant d’interrogations nées des dernières déclarations unilatérales et pour le moins irresponsables de la part de dirigeants français.
Cette nouvelle séquence d’escalade dans les relations déjà fortement détériorées entre Alger et Paris a été déclenchée mardi soir quand le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a fait état des « mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire national pour certains dignitaires algériens » avaient été prises. Le même ministre a ajouté qu’il est « prêt à en prendre davantage » si la coopération franco-algérienne « n’est pas reprise ». En plus de constituer une entorse à la pratique diplomatique, ces mots ne révèlent pas moins une volonté de provocation de l’autre côté de la Méditerranée.
Le Gouvernement algérien exprime « sa surprise et son étonnement »
Ce à quoi a réagi le ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines en exprimant « sa surprise et son étonnement face à des mesures de restriction de circulation et d’accès au territoire français prises par le gouvernement français à l’encontre de ressortissants algériens titulaires de documents de voyage spéciaux les exemptant de formalités de visas ». Surpris et étonnement dans la mesure où le Gouvernement algérien « n’a pas été informé comme le commandent les dispositions de l’article 8 de l’accord algéro-français en matière d’exemption réciproque de visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques ou de service », est-il expliqué dans un communiqué du Ministère des Affaires étrangères. Ce dernier a ajouté que les autorités algériennes « n’ont aucune connaissance de pareilles mesures restrictives à l’exception de deux cas précis intervenus sur la période récente ». Tordant le cou à l’argument bancal de l’officiel français, le ministère des Affaires étrangères a apporté la vérité des faits. « Le premier cas, sur demande d’explications algérienne, a fait l’objet d’expressions de regrets de la part des autorités françaises et a été qualifié d’incident malheureux dû à une rupture dans la chaîne de commandement. Le deuxième cas intervenu très récemment fait l’objet actuellement d’une même demande d’explications adressée aux autorités françaises », est-il précisé dans le même texte.
Considérant que « l’annonce de ces mesures dont l’Etat algérien n’a pas été informé s’inscrit dans la longue liste des provocations, des intimidations et des menaces dirigées contre l’Algérie », le ministère des Affaires étrangères a affirmé que ces mesures « sont de nul effet sur notre pays qui n’y cèdera pas », ajoutant que « toute mesure attentatoire à ses intérêts fera l’objet de mesures réciproques, strictes et immédiates ». En guise de conclusion, le MAE a déploré que l’Algérie devient manifestement « l’enjeu de querelles politiques intra françaises où tous les coups bas politiciens sont permis dans le cadre d’une compétition, dont l’extrême droite est l’instigateur, le référent et le donneur d’ordres ». Alger a affirmé que « cette dynamique qui entraîne dans son sillage, non seulement des forces politiques françaises, mais également des membres du gouvernement français, peut avoir des conséquences incalculables sur la relation algéro- française dans toutes ses dimensions ».
Amirouche Yazid