« Notre patrimoine en images », l’œil de Nadir Djama au Bastion 23

« Notre patrimoine en images », l’œil de Nadir Djama au Bastion 23. l’exposition photographique, s’est ouverte lundi dernier, dans le cadre du Mois du patrimoine.
C’est au Centre des arts et de la culture, Bastion 23,que s’est ouverte, lundi dernier, l’exposition photos «Notre patrimoine en images», proposée dans le cadre du Mois du patrimoine. Fruit d’une collaboration entre le Musée public national d’art moderne et contemporain (Mama) et le Bastion 23, Nadir Djama a capté les racines profondes de l’identité nationale.
Un trésor visuel
Les clichés de Djama s’imposent comme un acte à la fois artistique, documentaire et militant. À travers une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur, l’exposition retrace une odyssée patrimoniale où chaque image devient un fragment d’histoire. Le parcours débute avec une série saisissante de photographies d’objets d’artisanat traditionnel comme ces bijoux kabyles en argent ciselé, incrustés de corail rouge, d’ambre et de verre coloré, dont les formes géométriques complexes racontent les goûts esthétiques et les croyances symboliques qui les accompagnent.
Plus loin, des coffres de mariage en bois peint, des outils agricoles anciens, des poteries des Hauts-Plateaux et des ustensiles de cuisine en cuivre martelé sont autant de témoins d’un mode de vie enraciné dans le savoir-faire vernaculaire. Chaque photographie, accompagnée d’un carte replace l’objet dans son contexte géographique et social pour une relecture du patrimoine domestique.
Majestueux paysages du Sahara
Dans les salles dédiées au Grand-Sud, l’exposition prend une dimension quasi spirituelle. Djama y déploie son art de la composition pour capter l’immensité désertique, la monumentalité des reliefs et la magie des lumières sahariennes. Ses clichés du massif de l’Ahaggar, pris au lever du jour, dévoilent des crêtes de basalte émergent de la brume matinale, dessinant des silhouettes presque surnaturelles.
Le mont Tahat, toit de l’Algérie, est saisi dans une lumière rasante qui accentue sa majesté minérale. Le Tassili n’Ajjer, classé au patrimoine mondial de l’Unesco, est présenté à travers une série de photos panoramiques qui restituent la poésie visuelle de ce paysage de grès, sculpté par le vent et le temps. On y voit des arches naturelles, des gorges profondes mais aussi des plateaux lunaires. Mieux qu’une simple collection de clichés, l’exposition est construite comme un récit visuel, une traversée géographique et culturelle. Le photographe ne s’est pas contenté d’illustrer, mais documente, témoigne et interpelle. Son travail, entamé dès les années 1980, se veut un geste de sauvegarde. «Je voulais donner à voir ce que nous risquons d’oublier», confie-t-il lors du vernissage.
«Mon appareil est mon carnet de notes, mon moyen de transmission». À travers les portraits de femmes parées de tenues traditionnelles, les scènes de marché dans les villages, les tapis étendus sur les terrasses, les regards d’enfants dans les oasis du M’zab ou les silhouettes se découpant sur les dunes de Timimoune, Nadir Djama montre un pays multiple, riche et profondément humain.
L’occasion est précieuse de (re)découvrir, à travers le prisme de la photographie, mille et un visages de notre patrimoine. L’exposition est visible jusqu’au 28 mai prochain.
Walid Souahi