AHMED EL HIDOUSSI, PROFESSEUR DE SCIENCES ÉCONOMIQUES À L’UNIVERSITÉ D’ALGER

«Une mesure pour dynamiser la croissance»

Ahmed El Hidoussi, professeur de sciences économiques à l’université d’Alger, souligne que la hausse des salaire est «une mesure pour dynamiser la croissance».

Dans un contexte économique en pleine transformation, l’Algérie s’attelle à renforcer le pouvoir d’achat des citoyens et stimuler l’investissement. Dans cet entretien, le Dr Hidoussi revient sur les augmentations des salaires, la dynamisation du marché intérieur et les retombées positives d’une telle mesure sur le développement économique.

Entretien réalisé par Assia Boucetta

Comment évaluez-vous l’impact de la récente augmentation des salaires sur le niveau de vie des travailleurs?

Cette augmentation a poursuivi des objectifs sociaux et économiques. Sur le plan social, il s’agit des engagements pris par le président de la République pour améliorer le pouvoir d’achat des citoyens. La
mesure a également permis de répondre au classement du pays au niveau international en matière de pouvoir d’achat. Désormais, l’Algérie figure parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur et affiche l’un des meilleurs niveaux de revenu en Afrique.

C’est un point très positif qui répond à des objectifs socio-économiques. En effet, cette dynamique favorise l’attractivité du pays pour les investissements étrangers qui privilégient les marchés caractérisés par un fort pouvoir d’achat et une large population et nous parlons ici d’un marché de 47 millions d’habitants. Par ailleurs,
l’augmentation des salaires vise à dynamiser l’investissement interne en renforçant la de mande intérieure, ce que l’on appelle en économie l’activation ou la stimulation de la demande par l’augmentation de la capacité de consommation.

Cela est particulièrement significatif dans un contexte où la politique de régulation des importations permet à l’État de mieux équilibrer les besoins du marché intérieur avec la production et la consommation locales. Grâce à ce mécanisme, de nombreuses entreprises ont pu s’engager pleinement dans l’activité productive, car il existe une demande réelle accompagnée d’une capacité d’achat notable, en mesure de soutenir cette production. D’un point de vue économique, cet impact est très important. C’est d’ailleurs ce qui explique que nous ayons observé une hausse du taux de croissance qui a atteint 3,8%. Le gouvernement entend poursuivre sur cette même dynamique.

Peut-on dire que la hausse des salaires contribue à renforcer la performance au travail et à encourager les investisseurs?

Il n’est pas possible de parler d’économie sans consommation. Le consommateur est le moteur premier de l’activité économique. En augmentant les salaires, la consommation est naturellement stimulée, ce qui, à son tour,
encourage l’investissement. Cela contribue à améliorer le climat des affaires en Algérie. D’ailleurs, plus de 14.000
projets d’investissements sont enregistrés au près de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement. Cela témoigne de l’intérêt fort que portent les investisseurs pour le marché algérien devenu extrêmement attractif.

Ce qu’il faut, c’est accélérer la cadence de réalisation des projets. On parle de plus de 14.000 projets représentant un volume d’investissement de plus de 45 milliards de dollars. C’est un chiffre extrêmement important. L’entrée en production effective de ces projets aura un impact majeur sur l’économie nationale. Il reste essentiel d’accélérer le rythme de réalisation et de faciliter l’accès au foncier industriel et économique afin de permettre l’aboutissement rapide de ces investissements.

Comment ces améliorations graduelles du pouvoir d’achat soutiennent-elles la stabilité sociale et économique?

Les incitations à destination des investisseurs et l’amélioration progressive des conditions de vie des travailleurs participent à la stabilité sociale et économique. Cela explique pourquoi les autorités vont jusqu’à envisager la création d’un ministère spécifiquement dédié à la qualité de vie. Celle-ci englobe plusieurs dimensions: la santé,
l’éducation, l’augmentation du pouvoir d’achat des travailleurs, entre autres. Tout cela concourt à renforcer la stabilité du pays, qu’il s’agisse de stabilité sociale, alimentaire, hydrique ou politique. C’est un élément fondamental pour assurer la continuité du développement économique et éviter que l’État ne soit accaparé
par des crises sociales ou des perturbations diverses.

Depuis son élection, le président de la République a d’ailleurs œuvré à fermer plusieurs dossiers en suspens qui entravaient la stabilité. Prenons l’exemple de l’éducation: un grand nombre de travailleurs étaient employés
sous des statuts précaires ou temporaires. Cette question est désormais réglée. Dans la Fonction publique, notamment la santé, de nombreux dossiers en attente sont clos. Dans l’enseignement supérieur, plus de
8.000 titulaires de doctorat ont été recrutés après plusieurs années d’attente. La résolution de ces problèmes a pour objectif fondamental de renforcer la stabilité sociale, ce qui contribue mécaniquement à consolider la stabilité économique.

Pensez-vous que l’amélioration des salaires peut encourager les jeunes à intégrer le marché formel du travail et réduire l’attrait du secteur informel?

Je pense qu’une politique d’augmentation salariale, combinée à la création d’un grand nombre de postes convenablement rémunérés, peut encourager les jeunes à rejoindre le marché formel. Lorsque les salaires proposés dans l’économie formelle sont compétitifs par rapport à ceux du secteur informel, en y ajoutant la couverture sociale, la stabilité de l’emploi et la retraite, il devient plus intéressant d’intégrer ce circuit officiel.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes préfèrent l’informel, car il offre des revenus immédiats sans imposition ni cotisations sociales. Mais si le secteur officiel devient plus attrayant sur les plans salarial, social et en termes de
sécurité de l’emploi, naturellement, une majorité de jeunes choisiront de se tourner vers lui. Cela contribuera à réduire le poids de l’économie informelle et à renforcer davantage la stabilité économique et sociale du pays.

Comment évaluez-vous l’évolution du dialogue social, notamment concernant les questions salariales?

Le dialogue social s’est renforcé, notamment à travers la tripartite, qui réunit le gouvernement, les représentants des travailleurs et les employeurs. La concertation est essentielle pour chaque étape du développement économique. Il est indispensable que tous avancent au même rythme, avec la même vision et la même dynamique. Il n’est pas envisageable que chaque acteur évolue à son propre tempo, sans coordination. Un dialogue social actif et harmonieux permet de définir des objectifs communs et de progresser ensemble vers un
but partagé: promouvoir et renforcer l’économie nationale.

A. B.

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