Ksar Ighzer, un modèle de savoir-faire

Ksar Ighzer est un modèle de savoir-faire architectural. Situé à une vingtaine de kilomètres de la ville de Timimoun.

Au bout de chemins sinueux et niché au sommet d’un rocher dominant des oasis et la cité, le ksar d’Ighzer est un reflet de l’ingéniosité humaine. Dans l’aridité du paysage, il témoigne de la volonté des hommes qui ont su dompter une nature ingrate.

LA GROTTE CREUSÉE AU PIED DE LA COLLINE ROCHEUSE

Dans ces lieux, souvent mentionnés parmi les sites touristiques à visiter, les traces des anciens se mêlent auxmurmures du vent du désert dans une symphonie qui ravit les visiteurs, immergés dans un décor fascinant.
La route, qui serpente entre palmeraies et terres cultivées, aboutit dans une oasis de silence et de beauté brute.
Avant même d’arriver à l’ancienne forteresse d’Ighzer, une halte s’impose. La vue de palmiers dattiers et de légumes de saison contraste fortement avec la rugosité du désert environnant. Ces palmeraies sont sources de revenus pour les uns et espace de détente pour d’autres.

Avant d’atteindre le ksar, un détour permet de découvrir la grotte située à droite du chemin. Creusée au pied de la colline rocheuse sur laquelle le ksar est édifié, la grotte s’enfonce sur 80 m dans le grès tendre appelé Tafza.
D’une largeur de 8 m et d’une hauteur de 7 m à l’entrée, elle se rétrécit au fur et à mesure que l’on avance pour se terminer en un étroit boyau.

Fraîche en été et tiède en hiver, elle était un refuge pour les habitants. La palmeraie d’Ighzer, selon un document de l’association locale pour la protection des sites touristiques, est irriguée par le système traditionnel des foggaras, kesria et seguias. 10 foggaras de longueurs variables la desservent. La plus longue s’étire aux confins de ksar Kaddour.

FONDÉ PAR LES TRIBUS BERBÈRES ZÉNÈTES

À l’entrée de la grotte, des vendeurs proposent des produits d’artisanat local, notamment des chechs de toutes couleurs. Les visiteurs peuvent aussi déguster, pour 50 DA, le traditionnel thé à la menthe. De loin, on distingue
dans les rochers des ouvertures en forme de fenêtres qui servaient de greniers pour stocker des dattes, du blé, de l’orge et autres produits essentiels. «Une sorte de chambre froide», explique notre guide, Kader Chouli qui n’a jamais mis les pieds dans une école mais parle un français impeccable. Pour les habitants, fiers de leur patrimoine, le site est l’une des plus anciennes concentrations humaines dans la région.

Fondé par les tribus berbères zénètes, le ksar, avec des murs dépassant 30 cm d’épaisseur, a été conçu il y a dix
siècles pour résister aux attaques extérieures et aux caprices du climat. Il n’est pas étonnant que la topographie du lieu, avec ses ruelles étroites et ses remparts, ait été conçue pour se défendre et résister.

UN LABYRINTHE ARCHITECTURAL

Sur place, l’accès au ksar se fait par un dédale de passages sinueux, un véritable labyrinthe qui mène à La Casbah en bas. Les ruelles étroites, souvent surplombées de voûtes en palmier, protègent contre la chaleur intense. Le vent chaud y pénètre difficilement. Tout a été pensé pour rendre la vie possible dans cet environnement
hostile: les bâtiments sont faits de matériaux locaux (gypse, palmier et pierre) qui assurent une meilleure régulation thermique. Au sommet, une tour d’observation domine les quatre points cardinaux.

De cet endroit stratégique, les habitants pouvaient surveiller les horizons lointains pour se préparer à d’éventuelles invasions. «La sécurité était une priorité, et la conception de cette forteresse illustre parfaitement l’ingéniosité de ses bâtisseurs», explique notre guide, qui effectuait parfois un voyage à dos de chameau jusqu’à
Béchar en 25 jours. La nature fascine toujours, et le visiteur n’est pas au bout de son émerveillement
devant l’entrée de la grotte qui ressemble à la carte géographique de l’Algérie.

UN MONDE À PART

En flânant dans le ksar, on découvre un petit monde à part. Chaque coin raconte une histoire. Les traces de la mosquée avec ses arcades de soutènement a vu défiler des générations de croyants. Pas loin, c’est Dar El Kadi où les habitants réglaient leurs litiges commerciaux. Non loin de là, la Rabat, une esplanade menant à la mosquée,
symbolise l’harmonie entre les fonctions religieuse et sociale, et le Maqam, sépulture d’un saint local, rappelle l’attachement à la foi. On saisit vite l’importance du ksar dans la vie quotidienne de ses habitants : un lieu de défense, mais aussi de commerce, de culte et de rencontre.

Ce qui frappe dans le ksar d’Ighzer, c’est la façon dont l’architecture s’adapte à l’environnement. Les maisons, accrochées les unes aux autres, sont construites en toub, un mélange de pisé, d’argile, de sable et de pierres
qui régulent la chaleur en été et protège contre les intempéries en hiver. Les toitures en troncs de palmier,  typiques des constructions sahariennes, offrent une isolation naturelle et permettent de mieux supporter les variations extrêmes du climat.

«LES ANCIENS SAVAIENT BÂTIR POUR DURER»

«Les anciens savaient bâtir pour durer: les terrasses sont recouvertes d’une couche de chaux et de sable pour les protéger des pluies, et les chéneaux, en forme de kadous, évacuent l’eau de pluie. Ces techniques ancestrales, encore visibles, font du ksar un modèle de résilience face à l’aridité du désert», explique notre guide.

En visitant le ksar d’Ighzer, le voyageur découvre un site touristique, mais plonge dans une époque où chaque pierre, chaque ruelle, chaque construction avait un but précis: résister aux intempéries et aux envahisseurs.

La mémoire collective imprègne l’endroit qui est aussi un modèle de savoir-faire. D’Ighzer se dresse fièrement
un témoin du passé, mais toujours vivant.

Samira Belabed

 

Ksar Ighzer

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