Le droit à l’autodétermination ne se négocie pas

Pour le Sahara occidental, le droit à l’autodétermination ne se négocie pas. Ce droit appartient exclusivement au peuple sahraoui.

Face au silence des chancelleries occidentales, une lutte continue avec une résilience rare: celle du peuple sahraoui. Face à l’occupation du Sahara occidental par le Makhzen et l’inaction, voire la complicité, de nombreuses puissances occidentales, les Sahraouis continuent de se battre pour une chose simple, évidente, mais constamment bafouée: le droit à l’autodétermination.

«Le droit à l’autodétermination appartient exclusivement au peuple sahraoui»

Alors que les diplomaties marchandent les principes et que les intérêts géopolitiques prennent le pas sur la justice, des voix s’élèvent, lucides et inflexibles. Parmi elles, celle d’Isabel Lourenço, spécialiste du Sahara occidental et chercheuse au Centre d’études africaines de l’Université de Porto. Dans son analyse, Isabel Lourenço remet les pendules à l’heure sur ce conflit que certains voudraient enterrer.

«Le droit international est clair comme de l’eau de roche: le droit à l’autodétermination appartient exclusivement au peuple sahraoui. Aucun État, ni le Maroc, ni la France, ni l’Espagne, ni les États Unis, n’a le droit de proposer ou d’imposer une solution en son nom propre», a-t-elle souligné avec fermeté. Ce rappel fondamental survient, poursuit-elle, «alors que certains États occidentaux, en dépit des textes onusiens, soutiennent des propositions d’autonomie qui ne sont que des tentatives de légitimer une occupation». Pour Mme Lourenço, «ces tentatives ne sont acceptables que dans un seul cadre: celui de l’expression libre du peuple sahraoui».

«Les grandes puissances continuent de fermer les yeux»

«L’autonomie peut en effet être une option lors des urnes, en sus de l’indépendance et d’autres options, mais seulement si elle est choisie librement et démocratiquement par le peuple sahraoui à travers un référendum transparent et supervisé par l’ONU. Toute autre option constituerait une violation de la Charte des Nations unies et de la résolution 1514, qui garantit le droit des peuples coloniaux à déterminer librement leur propre destin», précise-t-elle. Mais ce que l’on constate aujourd’hui, déplore-t-elle, «c’est une réalité autrement plus sombre, à savoir la complicité des grandes puissances et l’escalade de la répression».

«Alors que le Maroc intensifie la répression dans les territoires occupés, poursuit le transfert des colons pour modifier la démographie de la région et intensifie les opérations militaires contre la population civile, les grandes
puissances continuent de fermer les yeux», dénonce la chercheuse. Une situation qui, selon elle, illustre «la pire forme de deux poids, deux mesures: des gouvernements prêchent le droit international ailleurs tout en approuvant ou en autorisant le colonialisme ouvert au Sahara occidental».

«La résistance sahraouie reste inébranlable»

Pourtant, au milieu de cette injustice flagrante, «la résistance sahraouie reste inébranlable». La reprise des
hostilités après l’arrêt du cessez-le-feu n’a pas surpris les observateurs attentifs, à l’image de Mme Lourenço
pour qui «l’arrêt du cessez-le-feu a simplement ramené le conflit à son état naturel : une lutte armée de libé
ration, menée dans le cadre du droit international». Et comme l’a également rappelé l’activiste sahraoui Malainin Lakhal, «le Sahara occidental n’est plus un conflit oublié. C’est devenu un test fondamental de la crédibilité des institutions internationales et de l’avenir même d’un ordre mondial censé être fondé sur le droit et non sur la force».

Mme Lourenço revient ainsi dans son analyse sur cette lutte inflexible qu’elle qualifie d’«une bataille qui dépasse les frontières du Sahara occidental, une interpellation globale». «La lutte au Sahara occidental va au-delà du sort d’un peuple. Il s’agit de défendre un principe fondamental, c’est le peuple et non les rois et les présidents qui déterminent son avenir. Il s’agit de résister à un système international cynique qui échange les droits de l’homme contre le trafic d’armes et les contrats pétroliers», explique-t-elle, avant de conclure avec une vérité qu’aucune manœuvre diplomatique ne pourra effacer:

«Il n’y aura pas de véritable paix tant que le peuple sahraoui n’exercera pas son droit à l’autodétermination. Toute solution n’est légitime que si elle est choisie librement et démocratiquement par le peuple sahraoui, et non imposée par la force. Jusqu’à présent, tout accord ne fera que prolonger la violence coloniale que l’histoire jugera tôt ou tard».

Assia Boucetta

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