Un gâchis

En six mois à la tête du ministère de l’Intérieur, force est de souligner que Bruno Retailleau sera parvenu, ou presque, à faire ce qu’aucun de ses prédécesseurs au palais Beauvau, où ses collègues au Quai d’Orsay, où même le locataire de l’Elysée, n’ont réussi. A savoir  détériorer les relations algéro-françaises au point que la crainte d’une rupture définitive est évoquée.

«C’est la crise la plus grave, la plus importante entre la France et l’Algérie depuis l’indépendance», a observé l’historien Benjamin Stora qui a rappelé qu’«il y avait eu une crise très grave aussi en 1971, lorsque le président Houari Boumédiène avait nationalisé les hydrocarbures. Mais cette fois-ci, la crise est beaucoup plus importante».

Des signaux contradictoires

Et même s’il aurait été illusoire de croire qu’une relation entre les deux pays, au regard de leur passé et leur histoire commune, aurait pu se nouer et évoluer tel un long fleuve tranquille, force aussi de souligner que l’Algérie et la France sont depuis toujours parvenus à entretenir leurs  relations, quand bien même déséquilibrées par moments, en préservant les liens et leurs intérêts mutuels. De refondation à renouvellement, le partenariat entre les deux pays à franchi des étapes qui témoignent surtout de la volonté de l’Algérie d’instaurer une relation fondée sur le principe gagnant-gagnant et d’égal à égal. Ainsi, en 2022, le président Tebboune et son homologue français Macron ont signé à Alger la «Déclaration d’Alger pour un partenariat renouvelé entre l’Algérie et la France».

Lors de sa visite, le 6 avril dernier, le ministre français des Affaires étrangères a exprimé,à l’issue de l’audience que lui a accordée le président de la République, la volonté de la partie française de «reconstruire un partenariat d’égal à égal, serein et apaisé avec l’Algérie». Pour autant, par les agissements d’un seul homme, celui en charge de l’Intérieur en l’occurrence, la France donne des signaux contradictoires à Alger.

Machination

En effet, on ne peut pas se dire être en quête d’un apaisement et de l’établissement d’une relation refondée, et en même temps multiplier les actes hostiles. Reprocher aux autorités algériennes de prendre des mesures dans le cadre de la réciprocité relève d’une forme de mauvaise foi qui, assurément, n’est pas pour instaurer ce climat de confiance essentiel à l’ouverture d’une nouvelle page entre les deux pays. Alger, n’a-t-on eu de cesse de le rappeler, n’est pas disposé à accepter qu’on lui torde le bras, et s’il s’est refusé à engager un bras de fer, il n’en reste pas moins qu’il en droit de prendre ses décisions en toute souveraineté, préservant ses intérêts et ceux de son personnel exerçant dans ses représentations diplomatiques en France ou sous d’autres cieux.

Aussi, l’Algérie n’a pas manqué, par la voix du secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires étrangères chargé de la Communauté nationale à l’étranger, Sofiane Chaïb, de rappeler que «la crise et la tension actuelle est la résultante directe de cette machination et de cette théâtralisation de cette affaire créée de toutes pièces par un ministre de l’Intérieur qui l’a conçue en réchauffant une affaire datant de plus de huit mois, liée à un supposé enlèvement de cette personne (Amir Boukhors, dit Amir DZ) et qui a été malheureusement utilisée comme le levain d’une nouvelle manœuvre pour torpiller la relation bilatérale et la dynamique ascendante qui a été voulue par les deux chefs d’Etat». Aussi, tant que l’Elysée laissera Bruno  Retailleau faire à sa guise, lui qui s’est fait le porte-voix d’une ligne de fermeté face à l’Algérie, il est permis de craindre que l’apaisement et la normalisation de la relation, que le président Tebboune avait appelé de ses vœux ne seront pas de sitôt.

Nadia Kerraz

 

 

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