Industrie pharmaceutique, la production atteint un seuil remarquable

L’industrie pharmaceutique, la production nationale atteint un seuil remarquable avec une couverture estimée à 76,8%.

Peu de pays africains peuvent en dire autant. Ce taux englobe aussi bien les produits destinés aux officines que ceux utilisés dans les hôpitaux, y compris pour les pathologies lourdes ou chroniques.

La performance de l’Algérie dans l’industrie pharmaceutique

Ce résultat n’est pas le fruit du hasard, il s’inscrit dans une démarche structurée, appuyée par une volonté politique affir­mée. À commencer par la créa­tion d’un ministère de l’industrie pharmaceutique, à la mise en place d’un cadre régle­mentaire incitatif, en passant par la promotion des exportations et le soutien à la production locale, l’Algérie a clairement affiché son ambition. Il s’agit de réduire sa dépendance vis-à-vis de l’importation et s’imposer comme un acteur crédible sur le marché régional.

Le chemin parcouru est significatif, comme en témoigne la période de la Covid 19. Pendant cette crise sanitaire, le pays a pu éviter les pénuries grâce à ses capacités locales. Un fait marquant dans cette dynamique de développe­ment de ce secteur, pour la première fois, un anticoagulant biologique a été fabriqué locale­ment à partir de cellules vivantes.

Jusque-là, ce médicament était exclusive­ment importé. D’autres laboratoires on lancé des versions biosimilaires de ce traitement essentiel. Certains acteurs se sont particulière­ment distingués. Le laboratoire Frater Razes, par exemple, a produit la quasi-totalité des médicaments utilisés dans le protocole de trai­tement contre la Covid 19. Aujourd’hui, il pro­pose plus de 130 références couvrant plusieurs grandes familles thérapeutiques, dont celles liées aux maladies cardiovasculaires ou au cancer.

9 labo­ratoires algériens veulent élargir leur champ d’activité

Derrière cette performance, il y a aussi une dynamique de recherche animée par des compétences locales, souvent en lien avec des chercheurs étrangers. Un incubateur a même vu le jour pour porter des projets internatio­naux, avec l’objectif d’intégrer plus de 100 chercheurs dans les années à venir. Dans cette logique de diversification économique, 9 labo­ratoires algériens ont exprimé leur volonté d’élargir leur champ d’activité avec une forte intégration des matières premières locales. Leurs produits sont déjà présents dans une dizaine de pays africains et plusieurs pays arabes. Mais l’objectif est plus ambitieux encore, à savoir élargir cette présence à au moins 20 pays d’Afrique, une dizaine de pays arabes et entamer l’ouverture vers l’Europe.

Le groupe Saidal, longtemps centré sur les médicaments génériques, amorce dans ce sens une nouvelle phase. Il développe, désormais, des traitements plus spécialisés, notamment contre le cancer et le diabète, en plus des vac­cins et des médicaments de base. Plus de 130 produits sont actuellement en phase de déve­loppement, et plusieurs dizaines devraient être enregistrés d’ici à la fin de l’année.

L’attrait du marché algérien ne se limite pas aux acteurs nationaux. Des géants mondiaux de l’industrie pharmaceutique continuent d’investir. C’est le cas de Sanofi, implanté en Algérie depuis 30 ans, dont 70% de ses médicaments sont fabri­qués localement. L’entreprise ambitionne de faire du pays une plateforme industrielle tour­née vers l’Afrique.

Fabrication locale de médicaments anticancéreux 

Parmi les avancées les plus notables, on peut également citer le laboratoire Biopharm qui s’est lancé dans la fabrication locale de médicaments anticancéreux. Jusque-là impor­tés pour plusieurs centaines de millions d’euros chaque année, ces traitements sont désor­mais produits sur place, avec une capacité annuelle de 20 millions de comprimés.

Le pro­jet est porté par de jeunes chercheurs algé­riens, dans un centre de recherche flambant neuf. Pour accompagner ce développement, une faculté de pharmacie a été ouverte, avec à la clé des partenariats avec des entreprises. Ces passerelles devraient renforcer l’écosystème local, en assurant une meilleure articula­tion entre formation, innovation et production. Concernant les médicaments anticancéreux fabriqués localement, 14 projets d’investissement ont été lancés, dont certains sont déjà entrés en exploitation en 2025.

Pour ce qui est de la production d’insuline, 4 unités de production ont commercialisé leurs premiers lots depuis 2024, avec une capacité couvrant le double des besoins nationaux. L’Algérie n’entend pas s’arrêter là. Les autori­tés visent une montée en gamme, aussi bien en termes de qualité que de volume, avec l’ambition de passer à moyen terme de 30 à plus de 150 produits exportés, d’autant plus que le potentiel humain, logistique et financier est là.

Vers la révision des conditions d’agrément et de tarification

Il reste désormais à transformer cet élan en véritable puissance pharmaceutique régionale, d’où la dernière mesure prise par le ministre de l’Industrie pharmaceutique. Ouacim Kouidri avait annoncé l’octroi d’autorisations défini­tives d’une durée de 5 ans aux établisse­ments pharmaceutiques répondant aux exi­gences réglementaires. Cette décision vient mettre fin aux autorisations provisoires renou­velées annuellement.

Le département de Kouidri entend, égale­ment, procéder à la révision des conditions d’agrément et de tarification des établisse­ments et des produits, en fonction des normes de fabrication, ainsi que la modification des modalités d’enregistrement et d’homologation des médicaments et des dispositifs médicaux. Les laboratoires ont, ainsi, devant eux une période transitoire pour la réalisation des études de bioéquivalence concernant certaines catégories de médicaments. Le but est d’orien-ter leur investissement vers la fabrication de dispositifs médicaux dont 98% sont encore importés.

Assia Boucetta

Industrie pharmaceutique

 

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