Aziz Fares, la passion de la radio

Aziz Fares, la passion de la radio. Bien des années après, on reconnaît instantanément sa voix. Effet d’accoutumance parce que, pendant plus de 20 ans, son timbre était familier sur la chaîne III?

L’homme vit ,depuis 1996, à Montréal, au Canada, une «ville gigantesque où il y a des rues de…25 km», dit-il. Quand il a quitté, en 1993, le pays auquel il reste attaché en ne ratant presque rien de l’actualité, la corporation des journalistes, les hommes de culture dont beaucoup étaient ses amis étaient ouvertement menacés et certains furent assassinés.

Le producteur de «Bled Music» une émission phare de l’époque, un autre Aziz, Smati, de son nom, fut grièvement blessé du côté de Cheraga.

«Le changement est dans la nature des choses»

Comme dans une autre vie, Fares, dont l’oncle Abderahmane était le président de l’ exécutif  provisoire qui a géré la période transitoire qui a suivi la signature des Accords d’Evian, le neveu le romancier Nabil Fares et le frère Tewfik réalisateur du film «Hors-la-loi» a connu toute cette époque qui , rappelle-t-il, est différente de celle que nous vivons.

Pour Fares «le changement est dans la nature des choses»  et il ne s’apitoie pas sur le passé. Selon lui, «il y avait l’enthousiasme de l’après-guerre, une concurrence avec les radios étrangères qui stimulait». Connaissant bien la ligne éditoriale du média où je travaillais, je n’ai jamais été victime de la censure», ajoute-t-il.

Oui, il a côtoyé Leila Boutaleb, Farida Mammeri, Benamara, Rachid Graba, Tarik, le reporter, Abdelah Benyekhlef qui passait et repassait «et si tu n’existais pas» de Joe Dassin. Des noms, des visages qui émergent du brouillard de la mémoire.

De passage à Alger, il a animé, samedi dernier, à la fondation Ahmed et Rabah Asselah, plutôt
qu’une conférence, une causerie où l’on est venu davantage pour échanger que suivre un docte exposé.

Le thème central a été nos relations avec les technologies, les nouveaux médias et ce temps où l ‘on ne recherche pas l ‘information. C’est elle qui vient, nous inonde désoriente et aggrave le sentiment de passivité.

Un sujet à la fois bateau et brûlant

Les premières avancent plus rapidement au point de craindre une déshumanisation. «On doit tirer profit des possibilités inouïes que nous offrent ces inventions qui bousculent le temps et les hommes mais on doit aussi  s’adapter et intégrer ces outils à notre mode de pensée», affirme-t-il. Cela a davantage à voir avec la philosophie où les questions sont plus importantes que les réponses.

Fares, féru de traditions mystiques, a publié des livres est resté un homme de radio. Il produit toujours 2 heures d’émission sur Radio VM, une radio catholique à Montréal  où il parle d’Islam, d’humanisme et de  spiritualité. Fatalement, il aborde son métier qui a changé. «Désormais, raconte-t-il, je peux travailler de chez moi. Plus besoin de me déplacer sauf quand j’ai envie de rencontrer un invité. Sinon 90% de mon travail c’est à la maison. «Un sujet emmenant l’autre, il ne croit pas à l’existence d’une communauté au Canada. «En dehors d’événements comme une victoire de l’équipe nationale car le football, voyez-vous,  lance-t-il, touche nos instincts, remue les fibres.»

Lui qui avait débuté à la Chaîne III en 1967 s’est chargé d’animer des émissions de variétés et de divertissement. Plus tard, il se voit confier des émissions plus élaborées comme Radio Clip et surtout, à partir de septembre 1990 «Pouvoirs». À El Aurassi, dans un contexte d’euphorie médiatique, il recevait tous ceux politiques, sportifs ou artistes qui faisaient l’actualité. La radio qui vous écoute, disait-il, sur les ondes de la III. Il n’a pas changé  vraiment. Il faut apprendre à écouter l’autre et soi-même. Cela reste son slogan et son credo.

R.Hammoudi

Bouton retour en haut de la page