Politique de production, Saidal en locomotive

Dans le cadre de la politique de production pharmaceutique, Saidal est la locomotive en Algérie.

Loin d’être une simple entreprise pharmaceutique, Saidal incarne, aujourd’hui, un projet national, celui de la souveraineté sanitaire et de l’indépendance économique du pays. Créé en 1982, dans un contexte de volonté politique forte d’industrialisation, le groupe Saidal s’est très tôt vu confier une mission stratégique, produire localement des médicaments essentiels pour réduire la dépendance aux importations. Plus de quatre décennies plus tard, l’entreprise publique reste un pilier de la politique pharmaceutique de l’État.

Vers une autonomie dans les matières premières

Avec un portefeuille de plus de 200 produits, allant des antibiotiques aux traitements chroniques, elle couvre une part significative des besoins du marché national. Mais c’est surtout depuis la crise sanitaire mondiale provoquée
par la Covid 19 que la question de la souveraineté pharmaceutique a pris une ampleur nouvelle. Pour les autorités, la pandémie a révélé les failles d’un système trop dépendant de l’étranger pour l’approvisionnement
en matières premières et en produits finis. C’est dans ce contexte que Saidal joue actuellement un rôle de premier plan.

Début 2025, le groupe a annoncé une initiative ambitieuse, à savoir augmenter significativement sa production de matières premières pharmaceutiques. Cette stratégie s’inscrit dans le cadre du nouveau plan national de développement du secteur pharmaceutique qui vise à porter la production locale à 70% des besoins du pays d’ici à 2030. Pour ce faire, l’entreprise compte relancer plusieurs unités de synthèse chimique, moderniser ses installations et investir dans la recherche-développement. L’industrie pharmaceutique n’est pas seulement un enjeu de santé publique.

C’est un levier économique majeur. Avec plus de 1,5 milliard de dollars dépensés chaque année en importations de médicaments, l’Algérie a fait le choix stratégique d’en faire un axe prioritaire de sa politique industrielle. Le groupe Saidal, fort de son statut public et de son maillage territorial (avec plusieurs unités de production à Constantine, El Harrach, Médéa, ou encore Annaba), est au cœur de ce dispositif. Son rôle dépasse, désormais, celui de simple producteur. Il devient moteur de transfert de technologies, partenaire des universités, employeur
pour des milliers d’ingénieurs et de techniciens. Cependant, les défis sont nombreux.

Développer une capacité d’exportation

Face à une concurrence étrangère, Saidal se réinvente. Une dynamique a été amorcée avec des partenariats des laboratoires nationaux et étrangers. À plus long terme, la stratégie algérienne s’inscrit également dans une ambition continentale. Le rôle de Saidal dans ce projet est essentiel: développer une capacité d’exportation qui dépasse les frontières nationales pour faire de l’Algérie un acteur incontournable de la santé en Afrique.

À l’heure où la souveraineté est redevenue un mot-clé dans les politiques publiques du monde entier, Saidal cristallise les espoirs et les responsabilités. Si la route reste semée d’embûches en matière de logistique, de financement ou de cadre réglementaire, la volonté politique, elle, ne fait plus de doute. Dans les allées silencieuses de ses usines, au milieu des flacons, des granules et des plans de relance, se dessine un tournant. Celui d’un pays qui choisit de produire pour se soigner, mais aussi pour grandir, de manière indépendante, résolument souveraine.

Un chiffre d’affaires de 35 milliards DA en 2025

Dans un contexte où l’industrie pharmaceutique nationale cherche à consolider sa souveraineté et à répondre aux besoins croissants du marché algérien, le groupe public Saidal affiche des ambitions claires, à savoir porter son chiffre d’affaires à 35 milliards DA dès 2025. Un objectif qui traduit une dynamique de croissance accélérée, soutenue par une stratégie d’innovation et de diversification des produits. Le chiffre d’affaires, qui s’élevait à 12
milliards DA en 2023, a doublé pour atteindre 24 milliards DA en 2024. Pour l’année prochaine, le groupe table sur une progression de plus de 45%.

À l’origine de cette évolution prometteuse, l’introduction progressive de médicaments biotechnologiques
à forte valeur ajoutée. Une nouvelle étape s’amorce, notamment à travers l’unité de production de Constantine, appelée à jouer un rôle central dans la fabrication de traitements innovants contre le cancer et l’hémophilie. Il
convient de savoir que la biotechnologie représente l’avenir de l’industrie pharmaceutique, et Saidal s’y engage avec sérieux, sans oublier la montée en compétence des équipes nationales et les efforts conjoints avec des experts étrangers. Mais l’innovation ne se limite pas aux traitements de pointe.

Mise sur le marché de 135 produits

En parallèle, Saidal mise sur l’élargissement de sa gamme de médicaments génériques. Un plan de développement prévoit la mise sur le marché de 135 produits, dont 35 sont déjà en phase finale d’enregistrement, après avoir passé les essais préliminaires avec succès. D’ici à la fin de l’année, entre 60 et 70
nouveaux médicaments devraient ainsi voir le jour.

Par ailleurs, le lancement de la commercialisation des stylos d’insuline fabriqués localement est imminent.
Ce produit stratégique pour des milliers de patients diabétiques marque une avancée majeure pour le secteur pharmaceutique algérien. Aujourd’hui, l’Algérie couvre près de 77% de ses besoins en médicaments grâce à la production locale.

De même pour les efforts consentis pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la sécurité sanitaire du pays. En misant à la fois sur l’innovation, la production locale et la montée en gamme, Saidal s’inscrit dans une logique de développement industriel durable. Un pari ambitieux, certes, mais désormais porté par des résultats concrets et une vision affirmée.

Samira Sidhoum

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