LYAS RAHMANI, SOUS-DIRECTEUR 0L’INSPECTION DU TRAVAIL
«Le secteur du travail affiche des indicateurs très encourageants et prometteurs»

Lyas Rahmani, sous-directeur à l’inspection de travail, affirme que «le secteur du travail affiche des indicateurs très encourageants et prometteurs».
Lyes Rahmani, sous-directeur de contrôle des conditions de travail à l’Inspection générale du travail, auprès du ministère du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale, dresse un bilan sans détour des avancées enregistrées ces dernières années dans le secteur de l’emploi, du travail et de la sécurité sociale.
Malgré une conjoncture mondiale difficile, l’Algérie affiche des résultats notables en matière d’insertion professionnelle, de revalorisation des salaires et d’élargissement de la couverture sociale. Dans cet entretien, ce même responsable revient sur les réformes engagées, les défis persistants en matière de santé au travail, ainsi que sur la transformation numérique à l’œuvre au sein de l’administration. A noter que l’inspection du travail constitue une des plus importance instance laque veille au respect de la réglementation inhérente au monde du travail.
Selon des chiffres avancés récemment par le ministre du travail, les services des inspections du travail ont enregistré 10.378 procès-verbaux d’infraction et procédé à l’envoi de 98.764 avertissements pour non-respect des conditions de travail.
Quels sont les principaux progrès réalisés dans le secteur du travail et de l’emploi en Algérie au cours des cinq dernières années, notamment en lien avec la période post-Covid?
L’événement du 1e mai constitue une occasion importante pour dresser un bilan global des avancées et des réalisations concrètes accomplies jusqu’à présent. Et il faut le dire clairement qu’elles sont nombreuses et significatives. Nous venons de traverser cinq années marquées par une véritable révolution économique, et cela a naturellement eu un impact, qu’il soit positif ou négatif, sur le secteur du travail, de l’emploi et de la sécurité sociale.
Ces secteurs sont directement influencés par l’évolution de l’économie, les progrès industriels et la dynamique du monde des affaires. Aujourd’hui, plus encore que le simple développement économique, c’est l’ensemble du tissu entrepreneurial et économique national qui montre une vitalité réelle. Le secteur du travail en particulier affiche des indicateurs très encourageants et prometteuses. Je peux en citer plusieurs exemples concrets. Nous restons dans une phase post-Covid qui, pour beaucoup de pays, a été extrêmement difficile. Même les nations les plus avancées ont connu de lourdes conséquences économiques, avec des répercussions sociales et professionnelles.
Mais contrairement aux idées reçues, l’Algérie a su faire face à cette période avec une gestion rigoureuse, efficace et pragmatique. Cette approche nous a permis de réaliser des avancées inédites, certaines jamais atteintes depuis l’indépendance. Sur ces cinq années, les salaires ont été augmentés de 47 %, et une nouvelle revalorisation de 53 % est prévue, portant ainsi l’augmentation totale à 100 %. En parallèle, un demi-million de travailleurs en situation de pré-emploi ont été intégrés dans des postes permanents.
Le salaire national minimum garanti (SNMG) a été relevé de 18.000 à 20.000 dinars et l’impôt sur le revenu (IRG) a été supprimé pour les salaires inférieurs à 30.000 dinars. À cela s’ajoutera, les pensions de retraite qui ont également été revalorisées de manière notable, avec des hausses comprises entre 10 et 15 % sur la même période. Tous ces chiffres traduisent des données nationales claires et mesurables et depuis 2021, tous les indicateurs du secteur du travail sont au vert.
Les bilans que nous dressons aujourd’hui sont extrêmement prometteurs. Je prendrai un exemple précis : en 2024, 430.000 insertions professionnelles ont été enregistrées dans le secteur de l’emploi en Algérie. Parmi celles-ci, 82 % concernent le secteur privé, ce qui démontre la vigueur de l’économie nationale. C’est pratiquement un demi-million d’emplois créés. Cela reflète une dynamique économique réelle: il y a des offres, il y a une demande, et il y a des réponses concrètes en matière d’emploi.
Dans cette même dynamique, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNAS) a elle aussi connu une évolution remarquable, avec une hausse de 57 % de ses recettes sur 5 ans. La Caisse de sécurité sociale pour les non-salariés (CASNOS), a elle aussi enregistré une augmentation de 11 % en 2024. Elle compte aujourd’hui 1 119 000 cotisants, ayant franchi pour la première fois la barre du million en 2023. C’est une progression sans précédent depuis sa création.
Toutes ces performances que vous évoquez ont-elles permit d’améliorer les prestations des caisses de la sécurité sociale et surtout assurer l’équilibre à la caisse nationale des retraites?
Mais évidemment, il y a des répercussions sur les retraites. Le système de sécurité sociale est un système ouvert, où il y a de l’input et de l’output, c’est-à-dire des recettes et des dépenses. Et c’est un système autonome basé sur cet équilibre. Donc, plus les recettes augmentent, plus cela se reflète positivement sur la qualité de la prise en charge et des prestations offertes par les caisses de sécurité sociale. Et cela va jusqu’à inclure parfois des prestations au profit de personnes non assurées, qui ne sont pas affiliées au système. Je pense notamment aux malades atteints de cancer qui ne sont ni assurés sociaux ni ayants droit.
La sécurité sociale a tout de même pris en charge, en 2024, plus de 2 000 cas . Ces personnes ne cotisent pas, mais sont malgré tout couvertes. Il faut bien comprendre que la sécurité sociale est un système financier. Ce sont des caisses, qui fonctionnent ensemble dans une logique d’équilibre. Et si aujourd’hui nous enregistrons des hausses importantes et positives, parfois même historiques, c’est parce qu’il y a une dynamique économique forte. La création d’entreprises est en plein essor.
Aussi, le monde de l’entreprise se porte bien, et ça, c’est aussi grâce aux nombreuses mesures d’aide et d’accompagnement mises en place par le gouvernement, sous l’impulsion du Président de la République. Tout cela a fortement soutenu le tissu économique, et les effets se font ressentir immédiatement à travers tous les indicateurs du ministère du Travail.
Qu’en est il des conditions du travail et parle-t-on encore de travail précaire?
Les conditions de travail sont en nette amélioration. Comme on le répète souvent, le risque zéro n’existe pas, mais les défis, ou plutôt les challenges, consistent à accompagner les entreprises dans cette amélioration continue. Et cette amélioration, sur le terrain, ne peut se faire qu’avec la volonté conjointe de l’employeur et du travailleur. Mais cette volonté doit être portée, soutenue par un engagement politique fort. Or aujourd’hui, cet engagement politique est là, plus que jamais.
Tous les organismes relevant du ministère du Travail et de la Sécurité sociale, y compris l’Inspection générale du travail, interviennent activement auprès des deux partenaires sociaux à savoir les employeurs et les travailleurs. Ceci pour qu’ils œuvrent ensemble à l’amélioration des conditions de travail, à la protection de la santé et de la sécurité des travailleurs. C’est un intérêt commun, à la fois social et économique.
Aujourd’hui, nous parlons plus de travail précaire. Absolument pas! Les secteurs se structurent et se renforcent. Certes nous sommes sorties d’une période très difficile. Le monde du travail a connu un véritable ouragan avant 2019. Mais aujourd’hui, tous les secteurs sont redevenus actifs, ils agissent, ils travaillent intensément pour résoudre les problématiques, une à une.
Cela dit, les défis demeurent. Par exemple, dans le domaine de la santé et de la sécurité au travail, nous sommes constamment confrontés à de nouveaux enjeux comme l’apparition de nouveaux risques liés aux évolutions technologiques, aux nouveaux processus de travail… Nous devons donc toujours agir en amont, de manière proactive, pour anticiper ces risques et accompagner les partenaires dans l’amélioration durable des conditions de travail.
Comment la numérisation a-t-elle transformé le travail de l’inspection du travail?
Le ministère du Travail est aujourd’hui l’un des départements les plus avancés en matière de numérisation. Nous proposons actuellement 127 prestations numériques directement accessibles au citoyen, et le secteur est numérisé à plus de 90 %. Concernant l’Inspection générale du travail, elle suit également ce processus de numérisation, qui est crucial. Ces dernières années, nous avons bénéficié de l’acquisition d’un data center, ce qui nous a permis d’accélérer la digitalisation.
Nous sommes en train de numériser l’ensemble de nos structures déconcentrées. Ce processus continue, bien sûr, et s’améliore progressivement. À l’avenir, de nombreuses opérations de contrôle seront possibles de manière digitale, notamment en ce qui concerne les salaires ou les relations de travail, qu’elles soient individuelles ou collectives. Cependant, en ce qui concerne les conditions de travail, la santé et la sécurité au travail, cela nécessite toujours une présence physique. Il faut un constat direct, visuel, une inspection sur le terrain, pour voir dans quelles conditions réelles le travailleur exerce son activité. Cela ne peut pas être remplacé par un outil numérique.
W. O. H.