AMINE BENNACEF, EXPERT EN ENTREPRISES ET EN TIC
«Les caravanes du Fintech sont une réponse pragmatique aux réalités algériennes»

Amine Bennacef, expert en entreprises et en TIC, estime ue «les caravanes du Fintech sont une réponse pragmatique aux réalités algériennes».
Dans cet entretien, l’expert en entreprises et en TIC, co-fondateur de l’entreprise i2B, Amine Bennacef, indique que les solutions Fintech sont prêtes à être généralisées en Algérie, pour peu que les consommateurs, comme les entreprises, soient formés et informés sur ces outils. La culture du e-paiement fait défaut, selon lui, tandis que les habitudes de paiement par cash dominent. Il a salué, par la même occasion, le lancement des caravanes dédiées à la Fintech qui seront, selon lui, d’un grand apport pour changer les mentalités.
Entretien réalisé par Farida Belkhiri
Quelle est votre appréciation des outils de paiement électronique en Algérie, qu’ils soient dédiés aux entreprises ou aux consommateurs?
Depuis le 1e janvier 2025, la législation impose aux commerçants d’équiper leurs points de vente de Terminaux de paiement électronique (TPE). Cette mesure marque une étape-clé dans la volonté de généraliser le paiement électronique dans les transactions commerciales. Le nombre de TPE a plus que doublé, passant de 37.561 en 2021 à plus de 73.600 au début de cette année.
Le volume des transactions est en hausse, démontrant une adoption progressive de cet outil. Par ailleurs, pour soutenir davantage cette opération, le gouvernement a instauré des exonérations de droits de douane et de TVA sur les kits de montage de TPE, exprimant ainsi une réelle volonté de moderniser l’écosystème des paiements.
Désormais, en fait, les TPE sont obligatoires pour les commerçants domiciliés dans une banque ou à Algérie Poste. N’empêche que parfois, leur activation et leur utilisation restent parfois limitées, et ce, en raison de certaines réticences: crainte d’un contrôle fiscal accru ou préférence culturelle pour le paiement en espèces. Pour les consommateurs, l’accessibilité aux outils d’e-paiement s’est nettement améliorée. Les moyens disponibles incluent les Cartes interbancaires (CIB, Edahabia), les paiements mobiles via QR code ou transferts P2P, ainsi que des plateformes en ligne opérationnelles 24h/24.
Le système de paiement électronique algérien est désormais encadré par une législation et des normes techniques supervisées par le Groupement d’intérêt économique monétique (GIE Monétique), garantissant sécurité et fiabilité. Le cadre juridique évolue pour intégrer les innovations : monnaie numérique, banques digitales, fintechs. Cela traduit une volonté d’alignement progressif sur les standards internationaux.
Pour résumer, je dirais que les outils de paiement électronique progressent grâce à un cadre légal renforcé, à des incitations publiques et à une meilleure disponibilité. L’adoption reste, toutefois, freinée par des habitudes culturelles, des résistances fiscales et par une certaine méfiance. L’accessibilité pour les consommateurs est en nette hausse, et les dispositifs actuels sont conformes aux normes en vigueur, ce qui offre un socle solide pour une généralisation à moyen terme.
Le chemin reste long, toutefois…
Malgré une familiarité croissante avec les services numériques, l’usage du paiement électronique reste encore limité. Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer ce phénomène. La multiplication des moyens de paiement soulève des enjeux de sécurité complexes. La confiance est un élément déterminant. Toute perception de risque, piratage, perte de données, peut bloquer le passage à l’acte. Nous notons encore, en outre, un manque d’informations et de culture numérique. Des citoyens, comme les personnes âgées, les petites entreprises et les habitants des zones rurales manquent d’accompagnement dans cette démarche. Une pédagogie claire sur les avantages, les usages et la simplicité des paiements électroniques fait encore défaut.
Enfin, il est difficile de pousser les consommateurs et les entreprises à se défaire des habitudes liées au paiement en espèces. Malgré la progression des paiements dématérialisés, l’espèce reste majoritaire, notamment dans les transactions de proximité. Cette préférence s’inscrit dans une logique culturelle où le cash est perçu comme simple, rapide et sans intermédiaire. Il faut dire aussi que nombre de commerçants évitent volontairement les outils électroniques qui permettent de tracer chaque transaction.
Le paiement électronique impose une transparence financière qui rebute ceux qui préfèrent une gestion plus souple de leur fiscalité. Le retard dans l’adoption du paiement électronique découle, de ce fait, de la méfiance sécuritaire, d’un déficit en éducation numérique, de persistance d’habitudes culturelles et de réticence envers la traçabilité financière. Ces freins sont profonds, mais pas insurmontables.
A votre avis, que faut-il faire pour que les entreprises et les consommateurs optent plus pour l’e-paiement que pour le cash ?
Accélérer l’adoption du paiement électronique demande une approche globale mêlant technologie, pédagogie et adaptation culturelle. Il faut renforcer la sécurité et simplifier l’usage et l’expérience utilisateur via des interfaces ergonomiques et des paiements sans contact, garantir des transactions fiables grâce à un chiffrement avancé. Les plateformes de paiement doivent automatiser la comptabilité, simplifier la facturation et renforcer la lisibilité des flux financiers. Il s’agira aussi d’accélérer les paiements et de réduire les coûts, de minimiser les délais de traitement et de proposer des commissions acceptables pour inciter les professionnels à passer au numérique. Il est nécessaire d’informer et de former les usagers.
Des campagnes ciblées doivent vulgariser les avantages et la sécurité du paiement électronique. La pédagogie est la clé pour transformer les pratiques. Adapter aussi des solutions aux réalités locales. Il est indispensable de tenir compte des spécificités sociales, culturelles et économiques dans la conception des outils pour maximiser leur acceptation. Favoriser également l’inclusion numérique. Les services doivent rester accessibles aux personnes en situation de handicap ou qui sont éloignées des systèmes bancaires traditionnels et, pour finir, respecter le choix en termes de paiement. La transition ne peut être imposée brutalement. Le paiement électronique doit coexister avec l’espèce dans une logique d’évolution progressive.
Il y aura bientôt le lancement de caravanes pour démocratiser l’accès aux solutions numériques et financières, dont l’e-paiement. Que pensez-vous de cette initiative ?
Le lancement prochain de caravanes itinérantes visant à promouvoir les outils numériques, y compris le paiement électronique, constitue une réponse concrète et adaptée aux défis identifiés. Ces caravanes peuvent former les citoyens à travers des démonstrations pratiques, expliquer les démarches pour créer un compte ou utiliser une application, valoriser et promouvoir les start-up locales qui développent des solutions numériques et rassurer sur la sécurité des transactions par une pédagogie directe et concrète.
C’est dire que cette initiative itinérante est une réponse pragmatique aux réalités algériennes. En combinant proximité, inclusion et pédagogie, elles peuvent accélérer l’adoption des solutions numériques, en particulier du paiement électronique. Pour réussir, ces caravanes devront s’inscrire dans la durée, être soutenues institutionnellement et s’adapter aux besoins de chaque territoire.
F. B.