Le lancement du guichet unique attendu avec impatience

Le lancement du guichet unique est attendu avec impatience. Prévu pour le 1e juin, le guichet unique est censé faciliter les démarches administratives liées à l’investissement.

La lenteur observé dans la mise en place du guichet unique a eu un impact sur l’attractivité des investissements, affirment les opérateurs économiques et experts, qui rappellent l’importance de la simplification des procédures administratives. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné l’activation effective du guichet unique. Ce qui traduit clairement une urgence économique.

«C’est le logiciel qui vous dit si vous êtes éligible ou non»

Sur le terrain, toutefois, les dossiers d’investissement continuent à prendre beaucoup trop de temps avant d’être traités, en raison des contraintes bureaucra­tiques qui demeurent très présentes dans certaines admi­nistrations. Prévu pour le 1e juin, le guichet unique est censé faciliter les démarches administratives liées à l’investissement. Le vice-président de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC), Moncef Bouderbala, dit attendre le lance­ment de ce mécanisme. Et pour cause: «Les lenteurs administratives persistent et continuent de freiner l’attractivité du pays pour les inves­tisseurs».

L’espoir demeure de voir cette nouvelle démarche contribuer à un traitement plus rapide et transpa­rent des dossiers. Pour lui, l’un des grands atouts du guichet unique rési­de dans sa numérisation complète. «Une fois la demande déposée, c’est un logiciel qui l’examine sur la base de critères objectifs et prééta­blis. Plus besoin de passer devant une commission ou d’attendre une décision administrative», relève-t-il. Et d’ajouter: «C’est le logiciel qui vous dit si vous êtes éligible ou non à l’obtention du terrain, sur la base de votre dossier».

Un nouveau document sur la diversification de l’économie

Pour le président de l’Association des céramistes algériens, cette automatisation per­met non seulement de sécuriser les transactions, mais aussi d’offrir une réponse rapide, équitable et déper­sonnalisée. En clair, «l’administration ne sait pas qui vous êtes. Un numéro vous est attribué pour votre demande, et si vous êtes éligible, vous êtes automatiquement accepté. La réponse est générée par le logi­ciel selon des critères prédéfinis à savoir la surface, la nature du projet, le montant de l’investissement, etc.». Une numérisation qui devrait, ainsi, garantir à la fois l’équité d’accès et la rapidité de traitement. «Ce qu’on souhaite, c’est que tout soit applicable rapidement pour garantir les mêmes conditions d’accès à tous les investisseurs, sans interférence humaine», insiste-t-il.

En parallèle, des propositions ont été faites pour organiser les activités industrielles par zones géographiques. «Nous avions suggéré, par exemple, que Bordj Bou Arreridj se spécialise dans l’électroménager afin d’optimiser les synergies industrielles. Cela permettrait une meilleure intégration horizontale des filières», explique le vice-précisent de la CAPC, souli­gnant qu’un nouveau document sur la diversification de l’économie est en cours d’élaboration, en concerta­tion avec d’anciens ministres et experts. «Il sera transmis aux plus hautes autorités du pays».

Les entreprises algériennes ne peuvent créer de filiales à l’étranger

Dans ce sillage, Bouderbala évoque le contexte international de l’investissement, où les plateformes bancaires orientent les capitaux vers les zones les plus avantageuses. «Pour l’électronique, c’est l’Inde ou le Vietnam. Pour l’agropastoral, le Brésil ou l’Argentine. Ce sont les banques qui dirigent les investisseurs », précise-t-il. Dans ce contexte mondial très compétitif, l’Algérie cherche à se positionner comme une destination attractive. Cependant, malgré la volonté politique affichée, des obs­tacles subsistent sur le terrain. «Un investisseur étranger peut venir, ouvrir un compte bancaire, investir dans une usine et créer de l’emploi. Tout est prévu dans le code des investissements», fait-il savoir. Mais l’inverse est plus complexe.

Ainsi, explique-t-il, un investisseur algé­rien souhaitant créer une filiale à l’étranger pour distribuer ses propres produits se heurte à des res­trictions. «Il ne peut pas transférer ses capitaux légalement depuis l’Algérie. Ce qui peut nuire à la stratégie d’expansion des entreprises nationales à l’international, alors même qu’elles visent à accompagner la politique d’exportation du pays», affirme-t-il.

Pour relancer durablement l’économie, Bouderbala estime nécessaire d’instaurer une véritable culture économique autour de la création, mais aussi de la reprise et de la liquidation d’entreprise. «Nous ne sommes pas encore entrés dans cette dynamique, qui est pourtant essentielle à la vitalité d’un tissu entrepreneurial», conclut-il.

Résistance au changement

Pour Nazim Sini, enseignant agrégé en économie, spécialiste des questions internationales, on est face à la résistance au changement. «Nous avons, ainsi, beau prendre des décisions fortes pour l’économie du pays, mais force est de constater qu’elles ne sont pas appliquées immédiatement sur le terrain», déplore-t-il. Ce décalage entre décisions politiques et réalité opérationnelle s’explique, selon lui, par un problème structurel plus profond.

«Il y a un problème de transposition opérationnelle des décisions politiques de haut niveau. Et ça s’explique aussi parce qu’il faut mettre en banc l’ensemble de l’administration qui est en charge de ces dossiers-là de traitement de l’investissement», précise-t-il. Pourtant, «dans une économie mondiale en perpétuelle mutation, le facteur temps devient essentiel», insiste t-il. Et, face à cette dynamique, l’Algérie ne peut rester à la traîne. Il était important, dit-il, pour le président de la République de rappeler la nécessi­té pour le pays de s’inscrire dans cette mondialisation et dans cette chaîne de valeurs.

«C’est une ques­tion de mentalité. Dans notre pays, le véritable changement doit être culturel, avant d’être économique, avant d’être technologique ou finan­cier», fait-il encore remarquer. Car, selon Sini, les moyens matériels existent. «Ce qui manque, c’est une véritable adhésion des administra­tions à cette nouvelle dynamique», précise-t-il. La solution? «Il faut accompagner les agents publics en charge de l’investissement à ce qu’ils puissent prendre ce train en marche de la modernisation des administrations», suggère-t-il.

«Travailler de manière coordonnée et synchronisé

Le guichet unique constituera ainsi une rupture dans les pratiques clas­siques. «Avant, l’ensemble des démarches des investisseurs étaient totalement éclatées. Et, la plupart des agences en charge de l’investissement travaillaient en solo. Là, pour la 1e fois, on leur demande de travailler de manière coordonnée et synchronisée», sou­ligne-t-il, notant que cette transition ne peut réussir sans accompagne­ment. «Cela passe par de la forma­tion, par de l’accompagnement, en donnant du sens à cette nouvelle méthode de travail, à cette réorgani­sation aussi du service public, qui doit être au profit et au service de l’investisseur», soutient Sini.

Le message est, de l’avis de l’économiste, clair, l’administration doit cesser d’être un obstacle pour deve­nir un levier. «C’est à elle d’ériger des ponts entre les investisseurs et l’économie nationale», insiste-t-il. Et pour que ce changement soit concret, des actes doivent suivre. «Il faudrait que l’on puisse être capable de créer son entreprise en 24 heures et non pas en 10 jours. Il faudrait que l’on puisse être capable d’ouvrir un compte bancaire professionnel en 48 heures et non pas en 15 jours», insis­te-t-il.

Cette transparence accrue ne va, toutefois, pas sans frottement. Et, c’est là, dit-il, où on parle de «réti­cence parce que c’est aussi plus de transparence, moins d’opacité dans le traitement des sujets». Pour l’expert, il faut mettre en place ce qu’on appelle des indicateurs clés de per­formance pour atteindre l’objectif escompté et transformer les déclara­tions en résultats tangibles.

Assia Boucetta

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