L’huile d’olive algérienne brille à l’international

L’huile d’olive algérienne brille à l’international. L’Algérie est en train de gravir les échelons sur la scène oléicole internationale.

C’est le constat du professeur Khodir Madani, enseignant en sciences alimentaires à l’Université de Bejaïa. Pour lui, l’huile d’olive algérienne portée par la qualité de ses terroirs, un savoir-faire ancestral et l’émergence de marques ambitieuses séduit de plus en plus.

Un savoir-faire ancestral enrichi par des procédés modernes

Selon Madani, des marques comme «Baghlia» ou «Dahbia» commen­cent à s’illustrer dans des concours oléicoles de renom, tels que l’Athena International Olive Oil Competition en Grèce ou le Geneva International Olive Oil Award en Suisse. Des per­formances qui témoignent du poten­tiel encore sous-exploité de la filière nationale. Selon le Pr Madani, cette reconnaissance internationale repose sur des fondations solides: un terroir favorable, notamment en Kabylie et dans les Bibans qui offre des condi­tions climatiques et pédologiques idéales pour la culture de l’olivier.

À cela s’ajoute des variétés locales emblématiques, comme la Chemlal ou la Sigoise, appréciées pour leur douceur, leur richesse aromatique et leur faible acidité ainsi qu’un savoir-faire ancestral aujourd’hui enrichi par des procédés modernes tels que la trituration à froid, la filtration maîtrisée ou l’embouteillage en verre. «Certaines exploitations ont même franchi un cap supplémentai­re en se tournant vers l’agriculture biologique qui respecte des normes strictes de production», fait-il remarquer. Pour l’universitaire, cette évolution traduit l’émergence d’un marketing identitaire, valorisant le lien entre santé, authenticité et ter­roir. L’enseignant qualifie le poten­tiel de l’oléiculture de considérable, bien que partiellement valorisé à ce jour.

«En 2022, le pays comptait plus de 440.000 hectares d’oliveraies, soit une progression de 34 % par rapport à 2012. Un programme d’expansion en cours pourrait faire grimper cette superficie à 900.000 hectares, notamment à travers l’extension vers les Hauts Plateaux et les régions du Sud», poursuit-il. Et de rappeler que le verger national recense environ 6 millions d’oliviers, dont 5 millions en production, avec un rendement moyen estimé à 23 kg par arbre. La production annuelle oscille entre 80.000 et 120.000 tonnes d’huile, dont 99 % est consommée localement.

Exportations timides mais prometteuses 

L’universitaire a noté que si les exportations restent modestes, elles enregistrent une progression réguliè­re. « En 2021, l’Algérie a exporté 600 000 litres d’huile, générant 2 millions de dollars de revenus. Les autorités visent 5 millions de dollars d’ici 2024, un objectif réaliste à condition d’intensifier les efforts de structuration », tempère-t-il. Il a fait observer que la consommation inté­rieure est estimée à environ 6 litres en moyenne par habitant et par an, avec des pics régionaux pouvant atteindre 11 litres en Kabylie. «Près de 41 % des Algériens consomment régulièrement de l’huile d’olive, motivés avant tout par ses bienfaits pour la santé (66 %) et ses qualités gustatives (38%)», explique-t-il.

Sur le plan international, l’universitaire précise que la consomma­tion d’huile d’olive atteint 3,23 mil­lions de tonnes en 2021-2022, en progression constante depuis les années 1990. Pourtant, elle ne «représente encore que 2 % de la consommation globale d’huiles végétales», domi­née par l’huile de palme (35 %), de soja (29 %) et de colza (14 %). Or, selon lui, le marché traverse actuel­lement une forte période de tension, due à la baisse des récoltes dans les pays leaders comme l’Espagne et l’Italie. Résultat: une flambée des prix.

En septembre 2024, l’huile d’olive extra vierge atteignait 7,22 €/kg en Espagne, 9,13 €/kg en Italie et 7,53 €/kg en Tunisie (sour­ce: Poolred). Une fenêtre d’opportunité pour l’Algérie, selon le pro­fesseur Madani, notamment dans le segment des huiles premium. Pour que l’huile d’olive algérienne s’impose à l’international, plusieurs leviers doivent être consolidés, notamment en matière de structura­tion de la filière, modernisation des huileries, formation des producteurs, recherche et innovation, valorisation du produit. Ainsi, l’universitaire a recommandé la création de coopéra­tives, mise en place de labels de qua­lité (bio, IGP, AOP), amélioration des normes d’hygiène, certification, emballages adaptés aux marchés haut de gamme.

De la formation 

Il insiste sur la formation des producteurs à la taille, à la récolte au bon stade de maturation, lutte contre les maladies et optimisation de la tri­turation. Il recommande aussi la création de pôles technologiques et de centres de recherche spécialisés. L’universitaire insiste sur le déve­loppement de marques fortes avec un packaging premium, (verre, desi­gn soigné) notamment destinées à la communauté algérienne à l’étranger.

Il n’a pas man­qué de mettre l’accent sur la partici­pation active à des salons profes­sionnels, mobilisation des ambas­sades comme relais économiques et adaptation aux normes des marchés cibles (UE, Canada, Asie, pays du Golfe). «Alors que les exportations espagnoles vers les États Unis ont explosé, atteignant 8,81 €/kg au premier semestre 2024, l’Algérie a une carte à jouer à condition de miser résolument sur la qualité, la traçabilité et une présence soutenue sur les marchés internationaux», conclut-il.

Une perspective qui plait à Hakim Alilèche, propriétaire de l’huile d’olive Dahbia, dont le seg­ment bio a décroché, dernièrement, la médaille d’or au prestigieux concours international EVO IOOC, organisé en Italie. «L’Algérie dispo­se d’un potentiel exceptionnel pour devenir un acteur majeur dans le bassin méditerranéen. Nous avons les terres, le climat, le savoir-faire, et de plus en plus de producteurs enga­gés dans une logique de qualité», souligne-t-il.

La certification de l’huile d’olive algérienne

Selon Alilèche, l’entrée en production des nouvelles plantations pourrait aboutir à l’émergence d’une filière compétitive et durable. «Si nous relevons ce défi collective­ment, notre produit pourra occuper une place de choix sur les marchés étrangers», soutient-il. Mais pour cela Alilèche insiste sur la produc­tion d’une huile d’olive extra vierge de très haute qualité, «sans aucun défaut organoleptique, et répondant aux standards les plus stricts fixés par le Conseil Oléicole International».

Évoquant son expérience, il souligne que l’huile d’olive Dahbia provient de ses propres vergers avec exclusivement une agriculture biolo­gique. «Cette autonomie nous per­met de garantir une traçabilité par­faite et une qualité constante, du champ à la bouteille. De plus, nous avons obtenu une double certifica­tion biologique internationale: la certification Ecocert pour les normes européennes (AB et NOP) et la certification USDA pour le mar­ché américain», précise-t-il.

Hamiche A.

huile d'olive algérienne

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