Signature de plusieurs accords de partenariat algéro-italien

Plusieurs accords de partenariat algéro-italien sont signés mercredi à Romeà l’issue de la 5e session du Sommet intergouvernemental. 

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, accompagné d’une délégation ministérielle de poids, a conduit les discussions et la signature d’une 20ne d’ac­cords et mémorandums d’en­tente couvrant une gamme impressionnante de secteurs. Cette séquence diplomatique, orchestrée au palais Chigi avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, démontre la volonté commune de dessi­ner un partenariat multiforme et orienté vers l’avenir.

Les secteurs de coopération algéro-italienne

Les accords rubriqués symbolisent d’abord l’ouverture de nouveaux créneaux sectoriels. L’agriculture, la pêche maritime, la transformation agroalimentaire, mais aussi l’aquaculture et l’élevage de pois­sons figurent ainsi parmi les domaines privilégiés, répondant aux défis majeurs de sécurité alimentaire auxquels sont confrontées les deux rives de la Méditerranée. À ces conventions s’ajoute un protocole d’accord signé entre Sonatrach et le géant italien ENI, étoffant davantage le volet énergétique, pierre angulaire des relations algéro-italiennes.

À ce titre, les 2 compagnies s’engagent ainsi à consolider leur coopé­ration pour la valorisation des res­sources énergétiques algériennes, grâce à de nouveaux contrats d’hydrocarbures visant l’augmentation de la production de gaz, ce qui permettra la prorogation des contrats d’approvisionnement en gaz pour l’exportation vers l’Italie.

Concernant le développement des éner­gies renouvelables et la transition éner­gétique, SONATRACH et ENI s’engagent aussi à renforcer leur collaboration dans ce domaine notamment, à travers la définition de nouvelles initiatives. Il convient d’y voir un prolongement logique de l’axe gazier, incarné depuis des décennies par le gazoduc transméditerranéen, et qui place encore aujourd’hui l’Italie comme principal importa­teur du gaz algérien, absorbant à elle seule plus du quart des exportations nationales dans ce secteur stratégique.

D’autres signatures témoignent d’un souci d’élargir les champs d’interaction, à travers la reconnaissance mutuelle des permis de conduire qui facilitera la mobilité citoyenne, tandis que la copro­duction cinématographique augure d’un dialogue renouvelé dans le domaine cul­turel, trop longtemps marginalisé dans les dynamiques euro-méditerranéennes. L’accent est également mis sur les télécommunications, le soutien aux per­sonnes en situation de handicap- signe d’un partenariat à visage plus humain et inclusif – ainsi que sur la lutte contre les incendies, enjeu d’actualité aggravé par les défis climatiques partagés.

Un mémorandum spécifique entre Invitalia et AAPI

Un mémorandum spécifique unit l’Agence italienne pour l’attraction des investisse­ments et le développement des entre­prises (Invitalia) et l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), avec l’ambition de stimuler l’arrivée de capitaux, la création d’entreprises mixtes et, in fine, la diversifi­cation d’une économie encore tributaire des hydrocarbures. Côté sécurité, la signature d’un accord de coopération dans la lutte contre le terrorisme, dou­blée d’une déclaration commune dans le secteur de la défense, s’inscrit dans le prolongement d’un dialogue stratégique amorcé il y a plus de vingt ans et conso­lidé à chaque nouvelle étape politique.

Cet élan de coopération trouve son écho lors du forum d’affaires organisé en marge du sommet, où plus de 400 opé­rateurs économiques – pour la plupart italiens- ont multiplié les rencontres avec la partie algérienne. Rome et Alger semblent désormais déterminés à dépas­ser la simple relation marchande pour bâtir une plateforme industrielle, logis­tique et technologique partagée.

Une relation de confiance

Les flux commerciaux, déjà en nette progression avec près de 15 milliards de dollars échangés sur les premiers mois de 2025, valident la place de Rome comme tout premier partenaire de l’Algérie, relayant la France au second plan, et illustrent la complémentarité grandissante de deux économies jusqu’ici souvent concurrentes en Méditerranée. Au fil du temps, l’axe Alger-Rome a su se doter d’un ancrage historique solide, de l’antiquité romaine à l’engagement de la diplomatie italien­ne durant la guerre de libération natio­nale, en passant par la signature du Traité d’Amitié en 2003.

Aujourd’hui, cette relation de confiance se traduit par un dialogue politique d’une rare densité dans le monde arabe, et une articulation assumée avec le «modèle Mattei», dédié à la sécurité énergétique mais aussi à la transition vers les énergies renouve­lables- enjeu cardinal pour notre pays comme pour l’Europe. Si les conver­gences actuelles témoignent d’un choix stratégique réciproque, force est de constater que ce partenariat ne s’inscrit ni dans la dépendance, ni dans l’urgen-ce, mais dans une construction graduelle fondée sur des intérêts partagés, ceux d’une stabilité régionale et d’une pros­périté inclusive.

De larges pers­pectives au partenariat stratégique et exemplaire

Dans un contexte d’incertitude géopolitique au sud de la Méditerranée, l’accent mis sur la coor­dination anti-terroriste, la formation professionnelle et le développement du tissu industriel vient rappeler que la pro­fondeur d’un partenariat se mesure aussi à sa capacité d’anticiper ensemble l’avenir, dans le respect des spécificités et des ambitions de chaque partie.

Sur le plan bilatéral, le président Tebboune se montre particulièrement optimiste quant à l’avenir des relations entre l’Algérie et l’Italie. Il souligne que les résultats du sommet, matérialisés aussi bien par la signature d’accords sectoriels que par les conclusions du Forum d’affaires algéro-italien, «ouvrent de larges pers­pectives au partenariat stratégique et exemplaire entre l’Algérie et l’Italie, reflétant la profondeur des relations his­toriques et des liens d’amitié enracinés entre les 2 pays».

En somme, la visite à Rome du président Tebboune, la mobilisation record d’acteurs écono­miques, la densité des accords parafés et leur spectre d’application laissent entre­voir la maturation d’un partenariat dont la stabilité et la confiance constituent les lignes de force. Si les défis restent mul­tiples, le dialogue algéro-italien offre aujourd’hui un contrepoint méditerra­néen constructif, capable d’inspirer d’autres axes de coopération dans une région trop souvent en proie à la frag­mentation.

Lyes Mechti

 

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