Signature de plusieurs accords de partenariat algéro-italien

Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, accompagné d’une délégation ministérielle de poids, a conduit les discussions et la signature d’une 20ne d’accords et mémorandums d’entente couvrant une gamme impressionnante de secteurs. Cette séquence diplomatique, orchestrée au palais Chigi avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, démontre la volonté commune de dessiner un partenariat multiforme et orienté vers l’avenir.
Les secteurs de coopération algéro-italienne
Les accords rubriqués symbolisent d’abord l’ouverture de nouveaux créneaux sectoriels. L’agriculture, la pêche maritime, la transformation agroalimentaire, mais aussi l’aquaculture et l’élevage de poissons figurent ainsi parmi les domaines privilégiés, répondant aux défis majeurs de sécurité alimentaire auxquels sont confrontées les deux rives de la Méditerranée. À ces conventions s’ajoute un protocole d’accord signé entre Sonatrach et le géant italien ENI, étoffant davantage le volet énergétique, pierre angulaire des relations algéro-italiennes.
À ce titre, les 2 compagnies s’engagent ainsi à consolider leur coopération pour la valorisation des ressources énergétiques algériennes, grâce à de nouveaux contrats d’hydrocarbures visant l’augmentation de la production de gaz, ce qui permettra la prorogation des contrats d’approvisionnement en gaz pour l’exportation vers l’Italie.
Concernant le développement des énergies renouvelables et la transition énergétique, SONATRACH et ENI s’engagent aussi à renforcer leur collaboration dans ce domaine notamment, à travers la définition de nouvelles initiatives. Il convient d’y voir un prolongement logique de l’axe gazier, incarné depuis des décennies par le gazoduc transméditerranéen, et qui place encore aujourd’hui l’Italie comme principal importateur du gaz algérien, absorbant à elle seule plus du quart des exportations nationales dans ce secteur stratégique.
D’autres signatures témoignent d’un souci d’élargir les champs d’interaction, à travers la reconnaissance mutuelle des permis de conduire qui facilitera la mobilité citoyenne, tandis que la coproduction cinématographique augure d’un dialogue renouvelé dans le domaine culturel, trop longtemps marginalisé dans les dynamiques euro-méditerranéennes. L’accent est également mis sur les télécommunications, le soutien aux personnes en situation de handicap- signe d’un partenariat à visage plus humain et inclusif – ainsi que sur la lutte contre les incendies, enjeu d’actualité aggravé par les défis climatiques partagés.
Un mémorandum spécifique entre Invitalia et AAPI
Un mémorandum spécifique unit l’Agence italienne pour l’attraction des investissements et le développement des entreprises (Invitalia) et l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI), avec l’ambition de stimuler l’arrivée de capitaux, la création d’entreprises mixtes et, in fine, la diversification d’une économie encore tributaire des hydrocarbures. Côté sécurité, la signature d’un accord de coopération dans la lutte contre le terrorisme, doublée d’une déclaration commune dans le secteur de la défense, s’inscrit dans le prolongement d’un dialogue stratégique amorcé il y a plus de vingt ans et consolidé à chaque nouvelle étape politique.
Cet élan de coopération trouve son écho lors du forum d’affaires organisé en marge du sommet, où plus de 400 opérateurs économiques – pour la plupart italiens- ont multiplié les rencontres avec la partie algérienne. Rome et Alger semblent désormais déterminés à dépasser la simple relation marchande pour bâtir une plateforme industrielle, logistique et technologique partagée.
Une relation de confiance
Les flux commerciaux, déjà en nette progression avec près de 15 milliards de dollars échangés sur les premiers mois de 2025, valident la place de Rome comme tout premier partenaire de l’Algérie, relayant la France au second plan, et illustrent la complémentarité grandissante de deux économies jusqu’ici souvent concurrentes en Méditerranée. Au fil du temps, l’axe Alger-Rome a su se doter d’un ancrage historique solide, de l’antiquité romaine à l’engagement de la diplomatie italienne durant la guerre de libération nationale, en passant par la signature du Traité d’Amitié en 2003.
Aujourd’hui, cette relation de confiance se traduit par un dialogue politique d’une rare densité dans le monde arabe, et une articulation assumée avec le «modèle Mattei», dédié à la sécurité énergétique mais aussi à la transition vers les énergies renouvelables- enjeu cardinal pour notre pays comme pour l’Europe. Si les convergences actuelles témoignent d’un choix stratégique réciproque, force est de constater que ce partenariat ne s’inscrit ni dans la dépendance, ni dans l’urgen-ce, mais dans une construction graduelle fondée sur des intérêts partagés, ceux d’une stabilité régionale et d’une prospérité inclusive.
De larges perspectives au partenariat stratégique et exemplaire
Dans un contexte d’incertitude géopolitique au sud de la Méditerranée, l’accent mis sur la coordination anti-terroriste, la formation professionnelle et le développement du tissu industriel vient rappeler que la profondeur d’un partenariat se mesure aussi à sa capacité d’anticiper ensemble l’avenir, dans le respect des spécificités et des ambitions de chaque partie.
Sur le plan bilatéral, le président Tebboune se montre particulièrement optimiste quant à l’avenir des relations entre l’Algérie et l’Italie. Il souligne que les résultats du sommet, matérialisés aussi bien par la signature d’accords sectoriels que par les conclusions du Forum d’affaires algéro-italien, «ouvrent de larges perspectives au partenariat stratégique et exemplaire entre l’Algérie et l’Italie, reflétant la profondeur des relations historiques et des liens d’amitié enracinés entre les 2 pays».
En somme, la visite à Rome du président Tebboune, la mobilisation record d’acteurs économiques, la densité des accords parafés et leur spectre d’application laissent entrevoir la maturation d’un partenariat dont la stabilité et la confiance constituent les lignes de force. Si les défis restent multiples, le dialogue algéro-italien offre aujourd’hui un contrepoint méditerranéen constructif, capable d’inspirer d’autres axes de coopération dans une région trop souvent en proie à la fragmentation.
Lyes Mechti