73 % des émigrés envisagent d’acquérir un bien immobilier en Algérie

73 % des émigrés envisagent d’acquérir un bien immobilier en Algérie, selon les résultats d’une enquête menée auprès de la communauté algérienne à l’étranger.

Les résultats de cette enquête apportent des précisions sur ses habitudes au retour au pays mais aussi sur ses attentes à long terme. Cette étude, initiée par Nazim Sini, enseignant universitaire, organisateur de la conférence
Algérie 2030 et président du conseil scientifique de la Commission d’Organisation et de Surveillance des Opérations de Bourse (COSOB), s’appuie sur un échantillon de plus de 1.200 personnes.

Dépense moyenne avoisinant 2.350 euros lors d’un séjour en Algérie

Les concernés ont été interrogés, entre mai et juin 2025, à la sortie de 4 consulats d’Algérie en France (Lille, Paris, Lyon et Marseille). Parmi les enseignements-clés, la durée moyenne du séjour en Algérie est estimée à environ 22 jours, pour une dépense moyenne avoisinant 2.350 euros. Les ménages concer­nés se composent de 4 individus. En matière de transport, 71 % des répon­dants ont déclaré voyager par avion, majoritairement via Air Algérie qui a regagné en attractivité. 82 % des per­sonnes interrogées déclarent venir pour des raisons fami­liales et 48 % ont opté pour des locations meublées sai­sonnières de type Airbnb.

L’enquête offre ainsi des perspectives pour com­prendre la dynamique socio-économique de notre diaspora lorsqu’elle se rend en Algérie. Le document complet de 63 pages est mis à la disposition des professionnels du touris­me, chercheurs, responsables des différents secteurs, du ministère des Affaires étran­gères et des entrepreneurs. Il faut savoir que 48 % des répondants séjournent dans un logement de location sai­sonnière, souvent en pré­voyant des visites culturelles ou des activités durant leur passage.

89% jugent les prix dans les hôtels trop élevés

Plus significatif, ce chiffre de 73 % des personnes interrogées qui envisagent d’acquérir un bien immobilier en Algérie. Sur un autre plan, 92 % estiment que l’expérience passager doit être amélio­rée s’agissant des formalités, temps d’attente à l’embarquement et retrait des bagages. De leur côté, 89 % jugent que les prix pratiqués dans les hôtels des grandes villes sont trop élevés et 58 % expriment des difficultés pour louer un véhicule sur place. Le docu­ment fait, par ailleurs, ressor­tir qu’Oran reste la 2e ville de destination préférée après Alger.

Selon Nazim Sini, il serait pertinent d’étendre cette étude à d’autres pays où réside notre communauté nationale, afin de mieux cerner ses attentes et aspirations. Une vision par­tagée par plusieurs experts de la diaspora, qui appellent à renforcer les ponts entre les compétences algériennes éta­blies à l’étranger et les insti­tutions nationales. Ce désir de retour au pays dépasse ainsi le cadre estival car de nom­breux sont les Algériens éta­blis à l’étranger rêvent de renouer durablement avec leur terre d’origine pour y investir, contribuer à son développement ou y vivre.

Ils rêvent de construire le futur de l’Algérie 

Les capacités qui existent en Algérie sont souvent sous exploités, comme le rappelle Mohamed Sassi, expert en géopolitique et en gestion financière installé aux États Unis. Sassi insiste sur la nécessité de renforcer les politiques d’accompagnement et de valorisation du potentiel national. La révi­sion de certains textes de lois pourrait contribuer à absor­ber, affirme t-il, «toute l’économie informelle et la réinté­grer dans le circuit formel».

Une dynamique qui pourrait également encourager de nombreux Algériens de l’étranger à investir dans des secteurs fortement impactés par l’informel. «Celui-ci représenterait près de 40 % de la valeur du commerce. Ce chiffre représente des impôts qui ne rentrent pas dans les caisses de l’État. C’est aussi de l’épargne qui dort sous le lit, thésaurisée. Elle perd de sa valeur avec l’inflation mondiale», explique t-il. N’empêche, Mohamed Sassi dit être très optimiste.

«J’ai espoir que l’Algérie puisse résorber ses problèmes éco­nomiques. Ils ne sont pas insurmontables. Nous dispo­sons de ressources naturelles et d’un territoire immense qui permet une véritable diversi­fication, et auxquels les Algériens de l’étranger sont prêts à contribuer», souligne-t-il. Il insiste sur le potentiel de la communauté algérienne à l’étranger aux États Unis. «Rien qu’entre l’État de New York et le Massachusetts, on recense une cinquantaine de titulaires de doctorat (PhD) algériens formés par l’Algérie. Certains sont rentrés, mais n’ont pas pu s’intégrer. Ces derniers n’attendent qu’un cadre juri­dique et social attractif pour revenir au pays et contribuer à son essor».

Suggestion de création d’une nouvelle organisation fédératrice

Sassi insiste dans ce sens sur l’importance d’un cadre clair pour permettre à ces profils formés à l’étranger de revenir contribuer au déve­loppement du pays. «Former un doctorant aux États Unis coûte en moyenne un demi-million de dollars. Ce n’est pas rien. Il faut que la dette morale et sociale soit recon­nue et encadrée», précise-t-il, rappelant qu’«il y a 2 ans, une loi avait été évoquée pour interdire l’accès à certains postes aux binationaux. Heureusement, le président de la République a mis fin à cette volonté de discrimina­tion entre les Algériens vivant dans le pays et ceux établis à l’étranger. L’Algérie ne pour­ra pas avancer sans ses com­pétences».

Sassi appelle à créer un cadre propice, mêlant reconnaissance et attractivité pour les Algériens de l’étranger. «Il faut libérer les initiatives et reconstruire un pont entre les 2 rives», plaide-t-il. Il regrette la dispa­rition de l’Amicale des Algériens en Europe, qui avait permis à de nombreux étudiants formés en Europe de revenir et d’aider leur pays. Il suggère la création d’une nouvelle organisation fédératrice. Pour lui, «ce n’est pas seulement une ques­tion d’association, c’est un véritable réveil qu’il faut amorcer pour renforcer les liens entre les Algériens à l’intérieur ou à l’extérieur du pays».

Assia Boucetta

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