Changement climatique: La Méditerranée face au réchauffement

Avec le changement climatique, la Méditerranée est face à des températures de plus en plus élevées.

Le bassin méditerranéen subit de plein fouet les effets du changement climatique. L’élévation rapide des températures, combinée à une mer quasi fermée, accentue le réchauffement des eaux, perturbant gravement les écosystèmes marins et côtiers.

La Méditerranée, «c’est un petit jacuzzi»

Ces bouleversements impactent directement les activités humaines comme la pêche, le tourisme ou l’urbanisme, plaçant la région face à un défi d’adaptation urgent et inédit. Contacté par nos soins, le Directeur du Plan bleu du Programme des nations unies pour l’environnement (PNUE), Robin Degron, alerte sur l’urgence climatique en Méditerranée et les défis immenses qui se posent à ses écosystèmes, ses économies et ses habitants. À l’heure où les températures s’envolent, où les ressources en eau se raréfient et où les équilibres naturels sont bouleversés, la Méditerranée apparaît comme un épicentre du changement climatique, a-t-il fait observer.

«C’est un petit jacuzzi», résume Degron pour décrire la spécificité de la Méditerranée. «C’est une mer presque fermée, peu brassée par des courants marins, et soumise à une forte exposition solaire», a-t-il dit ajoutant que la chaleur qui s’y accumule entraîne une éléva­tion rapide et durable des températures de l’eau. «Certains sous-bassins comme la mer Adriatique, la mer Egée ou le Golfe du Lyon en subissent déjà les conséquences visibles», a-t-il précisé. D’après ses explications, la hausse des températures affecte directement la faune et la flore marines.

Il a cité l’exemple de la Posidoniaoceanica, plante endémique de Méditerranée, qui commence à avoir des fleuraisons dès 27 °C et dépérit au-delà de 29 °C. La grande nacre (Pinnanobilis), un mollusque emblématique mais sédentaire, ne peut fuir la chaleur et connaît des dépérisse­ments massifs. En outre, Degron souligne que l’appauvrissement en oxygène des eaux chaudes affecte la survie des poissons, contri­buant à la baisse des stocks halieutiques. Et si certaines espèces tropicales colonisent la Méditerranée via le canal de Suez comme c’est le cas du poisson-lion ou du crabe bleu, cette «tropicalisation» modifie profondément les équilibres biologiques.

Les effets négatifs sur les activités économiques

Les effets ne se limitent pas à l’environnement. Ils touchent directement les activités humaines. «La pêche est en première ligne», souligne Robin Degron, touchée à la fois par la surpêche et le réchauffement des eaux. Le tourisme balnéaire, pilier économique de nom­breuses régions méditerranéennes, est l’autre secteur vulnérable. Avec la montée du niveau de la mer et l’érosion des plages, les stations côtières voient leur attractivité menacée.

Lorsque les vagues de chaleur s’intensifient, la vie devient étouffante dans les villes côtières, souvent mal adaptées à ces nouvelles condi­tions climatiques. «On commence à voir concrètement des impacts du réchauffement climatique sur les rivages méditerranéens», a-t-il insisté avant d’ajouter qu’«il y a une influence sur la plage. Une influence sur la pêche, une influence sur le tourisme, une influence évidemment sur la vie dans les villes méditerranéennes qui sont souvent côtières, dans lesquelles il devient maintenant très étouffant de vivre».

La mobilisation s’organise 

Le Directeur du Plan bleu a fait observer que le changement climatique est une tendance de fond sur laquelle on ne peut pas lutter. «Le bassin méditerranéen est très exposé, mais il est très peu émetteur de gaz à effet de serre. Même en diminuant les émissions du bassin, cela ne va pas y changer les conditions de vie», soutient-il, soulignant que «le bassin est emporté dans une tendance séculaire, à l’augmentation, au changement de la température».

Selon Degron, la Méditerranée «est dans un siècle qui sera forcément de plus en plus chaud». Et d’ajouter: «D’ici la fin du siècle, la température moyenne de la Méditerranée et de toute la région méditerranéenne augmentera de plus 5 degrés par rapport à 1900. C’est beau­coup comparativement à la tendance mondiale qui est plutôt autour de plus 3 degrés à la fin de ce siècle».

Face à cette réalité, l’adaptation devient une priorité absolue. Cela passe par des actions concrètes, entre autres, reverdir les villes, créer des îlots de fraîcheur, réduire la consommation d’eau, recycler les eaux usées, ou encore recourir à la désalinisation malgré les impacts environnementaux de cette techno­logie. La bonne nouvelle annoncée par le Directeur du Plan bleu, c’est que la mobilisa­tion régionale s’organise. «Une Stratégie Méditerranéenne de développement durable 2026-2035 est en cours d’élaboration, coor­donnée par le Plan bleu», a-t-il dit soulignant que l’objectif étant de «faire de l’adaptation au changement climatique un objectif prioritaire commun à tous les pays du bassin méditerra­néen».

À travers son ouvrage «Climat, envi­ronnement, santé en Méditerranée. Alerte rouge sur la grande bleue», Robin Degron veut sensibiliser les décideurs, les chercheurs et les citoyens quant à la gravité de la situation. «Il faut protéger la vie des Méditerranéens et leur biodiversité», insiste-t-il, convaincu que seule une réaction coordonnée et durable pourra per­mettre de surmonter les défis à venir.

Wassila Ould Hamouda

Méditerranée face au réchauffement

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