Experts et syndicats: Un taux en baisse mais des signaux encourageants

Les experts et syndicats estiment qu’il s’agit d’un taux en baisse mais des signaux encourageants au BAC 2025, dimanche à Alger.
Le taux national de réussite en baisse notable par rapport à l’année dernière a suscité des réactions mitigées au sein de la communauté éducative. Cependant, les spécialistes de l’éducation invitent à ne pas s’arrêter à cette seule donnée chiffrée.
Une édition du BAC «paradoxalement positive»
Pour le pédagogue Youssef Ramdani, il s’agit d’une édition «paradoxalement positive» à plusieurs égards. Et pour cause: le nombre de présents à l’examen a fortement augmenté, passant de 544.385 en 2024 à 771.637 en 2025, soit plus de 227.000 candidats supplémentaires présents en salle d’examen.
À cela s’ajoute une hausse du nombre de lauréats, avec 367.122 admis cette année contre 317.250 l’an passé. «Ces données montrent une implication plus grande des élèves et des familles dans le processus éducatif», analyse Ramdani, tout en appelant à un travail sérieux sur les 49% d’échecs en registrés, qu’il estime devoir être compris et traités avec l’ensemble des acteurs de la communauté éducative.
L’un des constats les plus frappants cette année, juge Ramdani, est le recul des résultats dans les filières littéraires et économiques, notamment les séries Lettres et philosophie, Langues étrangères, Gestion et économie ou encore Sciences expérimentales. Selon lui, ce sont les conséquences du recours excessif des élèves à des propositions. S’ajoute à cela une désaffection précoce de nombreux élèves pour les cours en présentiel, souvent remplacés par des cours particuliers, au détriment du programme scolaire officiel. Ces pratiques fragilisent,
selon lui, les élèves qui ne terminent toujours pas le programme officiel et arrivent mal préparés à l’examen final.
Lest filières scientifiques confortées
«À l’inverse, les filières scientifiques tirent leur épingle du jeu, avec des taux de réussite en nette progression», estime le même analyste. Cette performance est attribuée à la politique de l’État algérien qui encourage
activement l’orientation vers ces spécialités scientifiques. Cela se reflète, dit-il, dans les résultats impressionnants de certains établissements. Le Lycée des Mathématiques a enregistré, à titre d’exemple, un taux de réussite de 100% pour la 2e année consécutive. Cette tendance conforte une orientation stratégique de l’État algérien vers les sciences et les technologies.
Le ministère de l’Enseignement supérieur prévoit d’orienter 65% des nouveaux bacheliers vers les filières scientifiques et techniques, avec la création de 600 nouveaux parcours spécialisés, notamment en intelligence artificielle, cybersécurité, mathématiques appliquées et ingénierie.
«Les chiffres seuls ne disent pas tout»
Pour Zoubir Rouina, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), «les chiffres seuls ne disent pas tout».
Ces résultats «ne peuvent être analysés sans tenir compte de facteurs qualitatifs et contextuels». Il met en avant l’écart de niveau entre les établissements scolaires, ce qui fausse, selon lui, toute tentative de comparaison
linéaire entre les taux de réussite. Rouina estime qu’une évaluation profonde serait nécessaire, pour statuer sur les lacunes du système éducatif, en vue d’aller vers une réforme adaptée aux besoins réels du secteur.
Le SG du CLA soutient que «les efforts de l’État pour renforcer l’enseignement scientifique, valoriser les filières
d’excellence et améliorer la qualité de la formation sont palpables». Toutefois, il avance que «des déséquilibres structurels persistent, pouvant freiner le processus, notamment dans l’accompagnement des élèves en
difficulté, la formation continue des enseignants et la réduction des inégalités territoriales».
Appuyant les déclarations du SG du CLA, Boualem Amoura, secrétaire général du SATEF, note que «les statistiques doivent être analysées et évaluées en profondeur». Il révèle des indicateurs encourageants dans certaines filières, une participation plus forte des élèves et une volonté politique de structurer l’avenir autour de la science et du savoir.
Samira Azzegag